‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 102 sur 160 · Rohde, Psyché i, 347-348, 352; 2- édit., II, 60 sqq · texte numérisé non relu

Rohde, Psyché i, 347-348, 352; 2- édit., II, 60 sqq

la légende d'Héraclès est venue de Test de la Grèce centrale, où le héros était adoré comme un dieu, pour se répandre en d'autres pays où elle s'est mêlée à des légendes héroïques locales, comme chez les Dorîens. E. Meyer voit dans l'abaissement et Télévation d'Héraklès les traces d'un drame naturaliste : l'hypothèse convient pour la descente aux enfers et le bûcher final, mais on peut hésiter à regarder comme dérivés du mythe naturaliste les récits relatifs aux servitudes d'Héraklès, récits que l'on retrouve sous forme de contes.

Comme à Héraklès, on peut attribuer à la plupart des demi-dieux de la Grèce une origine ou divine, ou humaine. Plusieurs des héros homériques ont été d'abord des dieux locaux, en Béotie, en Attique, en Argolide, en Laconie, rarement chez les Ioniens. L'existence d'un Zeus Agamemnon nous montre qu'un ancien dieu local nommé Agamemnon était confondu avec Zeus; il avait un culte à Sparte, à Mycènes et à Chéronée. Dans cette dernière ville son sceptre était le symbole du culte, il avait son prêtre spécial dans la maison duquel on le gardait et on lui offrait des sacrifices. Clytemnestre, Cassandre et Alexandra, qui plus tard se confondit avec elle, sont unies à ce culte d'Agamemnon. Cette Alexandra était une ancienne déesse protectrice des villes et des hommes qui avait des sanctuaires à Amyclées et à Leuctres. Avec plus d'évidence encore, Hélène nous apparaît comme une déesse laconienne, probablement une déesse des arbres (BevScÎTiç) ; les jeunes filles Spartiates faisaient vœu dans le chant d'hyménée d'attacher une couronne de lotus à son platane sacré et de l'oindre d'une huile contenue dans un flacon d'argent. Ménélas était l'objet d'un culte sylvestre de la même espèce. Hélène avait un sanctuaire à Sparte, où on l'adorait surtout comme protectrice des jeunes filles. A cette fonction se rattache l'histoire racontée par Hérodote, qui veut qu'Hélène ait été une enfant fort laide avant de devenir la plus belle femme de Sparte, et aussi la fête des Heleneia, pendant laquelle les jeunes filles Spartiates entraient dans le temple sur un chariot d'osier. La légende du rapt d'Hélène ne se présente pas seulement sous la forme homérique ; dans une autre version elle est enlevée par Thésée pendant un sacrifice dans le sanctuaire d'Artémis dp6{a.

Le culte de Diomède était très répandu, surtout dans les colonies de la basse Italie. On lui sacrifiait des chevaux, et dans Ylliade il est inséparable de cet animal. Le vol de chevaux, l'acte typique de son histoire, est un véritable thème mythologique qui ramène du héros au dieu. On considérait déjà dans l'antiquité comme une divinité le Diomède de Thrace qui jetait à ses étalons furieux les étrangers; c'était un roi de l'hiver ou de la tempête, dont les chevaux étaient les vagues déchaînées qui venaient se briser sur les côtes. Depuis Welcker, quelques mythologues ont considéré le fils de Thétis comme un dieu de l'eau, le héros contre qui la violence des eaux ne peut rien, Achille aux pieds légers, dont le nom ressemble tant à celui du fleuve Achéloûs. De fait Achille a été adoré sur les côtes comme maître de la mer, par exemple sur les côtes du Péloponnèse et plus tard surtout le long de la mer Noire. Il avait un temple et un

oracle à Leucé, petite île située aux bouches du Danube, où les marins et les naufragés venaient le consulter. Achille se manifestait au navigateur dans les songes; il apparaissait assis sur le mât et indiquait la bonne route pour entrer au port.

Cette transformation de vieilles divinités en héros épiques s'accomplit de deux façons suivant Usener. On peut remarquer d'abord que, quand les familles nobles et guerrières font remonter leur origine jusqu'aux dieux, ces dieux tendent à devenir eux-mêmes des héros et des chevaliers. La poésie épique, qui préfère les figures concrètes et terrestres, les représente d'une façon aussi humaine que possible. En second lieu, il est clair qu'un grand nombre de ces figures légendaires sont des dieux détrônés, et dans la mesure où ils ne se changent point en divinités plus élevées, ils sont exposés à perdre leur caractère divin et à poursuivre leur vie sous d'autres formes, soit comme démons et esprits malins, soit comme héros humains, d'épopées ou de contes. On trouve dans ïOdyssée une foule de dieux de cette sorte.

D'autre part, il faut tenir compte de ce que les Grecs étaient portés à accorder les honneurs divins à des personnages fameux et à les considérer comme des divinités. Cette habitude de faire des héros persiste pendant toute l'histoire grecque; rappelons seulement la déification d'Harmodius et d'Aristogiton. Ces favoris du peuple et des dieux jouissaient de l'immortalité divine, c'est-à-dire non seulement de la continuation de l'existence après la mort, mais d'une vie supérieure, joyeuse et heureuse. Ils y arrivaient en général par un enlèvement, par une translation soudaine, qui les transportait après leur mort ou même pendant leur vie, dans une contrée bénie, les Champs Élysées, les Iles Fortunées, les campagnes voisines de l'Océan, etc., contrée cependant distincte en général de la résidence des dieux.

Tant de causes différentes agissant en même temps, nous ne pouvons nous étonner de voir les mots de héros, demi-dieu, fils des dieux, devenir assez vagues. La poésie épique dessina les figures des héros. On les adorait dans les cultes chthoniens. Mainte légende locale, maint rite persista dans cette religion vivante. Les causes de développement du culte des héros sont historiques et Deneken a sans doute raison de croire qu'il date en bonne partie du vn®, du vui*, au plus tôt du ix* siècle. Alors se trouvèrent réunies toutes les conditions qui pouvaient favoriser son développement : la décadence de plusieurs anciens cultes divins, le besoin de rattacher aux dieux les héros éponymes, la formation d'épopées généalogiques destinées à célébrer les grands, le passage des soins donnés aux morts au culte des morts, surtout la fixation du peuple, définitive seulement alors, et grâce à laquelle purent naître des cultes locaux comme le sont généralement ceux des héros grecs. Mais nous croyons, avec Ed. Meyer*, que la cause principale a été l'influence de l'épopée qui a héroïsé tant d'êtres divins

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