‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 13 sur 160 · INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE XXI

formes de la continuité, transmission et tradition, force d*expansion et force d'inertie, entrent souvent en conflit, quand, par exemple, la propagande d'une doctrine se heurte à des croyances ou à des habitudes invétérées.

La religion une fois résolue, restent les religions. Mais celles-ci ne sont pas des grandeurs comparables entre lesquelles puisse se diviser exactement la somme de la religion. On appelle religion l'ensemble des manifestations religieuses de la vie soit d'un peuple, soit d'une société spécialement formée à fin de religion, c'est-à-dire, à proprement parler, d'une église. On entend parler de religion romaine, de religion grecque ou assyrienne; ce sont des religions de peuples. Le bouddhisme, l'islamisme, le christianisme sont, ou semblent être, des religions d'églises. Ces dernières sont des systèmes d'institutions, d*actes et de pensées qui paraissent à peu près définis et consciemment ordonnés ; ce sont des doctrines, comprenant des croyances et des règles d'action, admises par des sociétés qui se qualifient par l'adhésion de leurs membres à ces doctrines : on est chrétien parce qu'on fait profession de christianisme. Les premières sont également des systèmes, comme on pourra s'en rendre compte en lisant particulièrement les chapitres relatifs aux religions grecque et romaine, mais des systèmes fort lâches, fort vagues et dont l'unité, pour réelle qu'elle soit, est toute théorique : on n'a jamais essayé, en Grèce, de faire un véritable corps des cultes de cités, de phratries, de confréries, de familles qui composent la religion grecque; à Rome, les éléments éparpillés de la religion sont réunis par le lien purement administratif que constitue la surveillance des pontifes et. autres collèges officiels. C'est par exception que, comme chez les Juifs, les croyances et les pratiques d'un peuple ont pu s'unifier et se codifier comme celles d'une église. Dans l'un et dans l'autre cas, le mot religion désigne des choses assez différentes. M. Chantepie de la Saussaye nous met en garde contre toute tentation de les assimiler; la division qu'il adopte, à la fois géographique et ethnographique, a l'avantage de ne pas donner une consistance factice à chacune des séries de faits qu'elle distingue et de respecter leur diversité.

Quand on veut étudier les faits religieux en tenant compte de leur groupement historique, il faut considérer concurremment au moins nos deux types de formation. Les hommes sont en effet très loin de se répartir exactement en sociétés religieuses dont les pratiques et les croyances forment des systèmes suffisamment cohérents et arrêtés.

XXil INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

On observe même partout des croisements, des superpositions d'églises et de doctrines, propres à dérouter des esprits trop imbus de la rigidité de notre organisation occidentale. En Annam, par exemple, le bouddhisme s'allie harmonieusement aux religions chinoises et au vieux démonisme local. Même mélange en Chine et au Japon; les Japonais sont indistinctement shintoïstes et bouddhistes : les enfants sont présentés au temple shinto, mais l'enterrement est accompagné des cérémonies bouddhiques de la secte à laquelle, par tradition de famille ou pour toute autre raison, se rattachait le défunt. Même, au Japon, l'esprit de conciliation est si fort qu'il a triomphé du commencement de persécution que la révolution de 1868 avait inauguré contre le bouddhisme. On appartient donc à la fois à deux ou plusieurs sociétés; on puise à deux ou à plusieurs doctrines sans se soucier de leurs contradictions; la synthèse se fait comme elle peut. Le fait est peut-être, dans les cas cités, plus frappant qu'ailleurs, mais il est en réalité universel. Les paganismes grec et romain, avec leurs cultes de sociétés secrètes, leurs églises étrangères, leurs mystères, sont de pareils alliages. Les religions les plus homogènes n'en sont pas exemptes; ainsi l'Islam, sans tenir compte de ses accointances chrétiennes ou juives, incorpore dans ses doctrines mystiques des restes de religions éteintes.

La formation de doctrines et d'églises, si elle est un fait important, n'est donc pas un fait essentiel, ce n'est pas en tous cas un fait général, car il y a des sociétés sans systèmes fixes de croyance et de pratique, de même qu'il y a des doctrines et des systèmes sans église qui leur corresponde. Une histoire des doctrines et des églises ne serait donc pas l'histoire totale de la vie religieuse, mais l'exposé d'un de ses aspects. Enfin nous ne sommes jamais en présence que de religions composites. Les éléments du mélange sont au moins les cultes particuliers des petits groupes qui sont compris dans la grande société; ce sont toujours les formes de religion qui s'y superposent dans le temps et souvent les églises qui s'y rencontrent. L'activité religieuse se présente donc en général sous des formes très flottantes et très indéfinies; l'histoire des religions, religions de peuples ou d'églises, ne peut être qu'un cadre commode pour une histoire plus complexe. Au surplus, on connaît une masse considérable de faits, pratiques individuelles ou rites de fêtes, mythes et croyances diverses qui n'appartiennent, en apparence, à aucun système, même tribal ou national : ce sont les superstitions , les faits de folk-lore, qui sont

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