‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 16 sur 160 · INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE XXIX

lyse psychologique de tous ces faits laisse toujours des résidus faciles à déceler. Eût-on réussi à démonter pièce à pièce tous les rouages des représentations et des rites magiques et religieux, nous nous demanderions encore pourquoi les uns sont magiques, les autres religieux, et pourquoi les uns et les autres sont rangés dans la classe unique que composent ces deux espèces. Nous supposons, bien entendu, que le mythe n'est pas suffisamment défini comme religieux par la présence des dieux, la prière par Tinvocation et le sacrifice par Toblation. Ce sont ces résidus irréductibles qui contiennent les raisons profondes de la religiosité des faits. Ainsi, pour saint Augustin, la moralité ne prenait de valeur religieuse qu'avec la grâce. Il suffit de rappeler à quelles controverses cette notion de la grâce a donné lieu, pour montrer combien elle est flottante, contradictoire et combien elle répugne aux catégories rigides de notre entendement individuel. Il faut donc faire appel, pour comprendre scientifiquement les faits religieux, à une psychologie, à une logique qui rendent rationnel ce qui paraît irrationnel à notre psychologie et à notre logique usuelles. Les faits dont il s'agit ne sont religieux que parce qu'ils sont sociaux et, comme tels, d'une nature spéciale. Supposons en effet que, par impossible, on puisse tout réduire en phénomènes individuels, on trouvera toujours au bout de l'analyse ce minimum de convention sociale qu'est un langage. Car on ne peut pas concevoir, sans l'existence d'un langage rudimentaire, ou d'un système de signes conventionnels qui tiennent lieu de langage, les plus élémentaires des croyances animistes, à plus forte raison les mythes et les rites.

Parmi les faits religieux, il y en a qui sont d'une grandeur singulière; ce sont des états de foules, semblables à ceux qui nous fournissent habituellement l'image la plus sensible du fait social. L'histoire du christianisme au moyen âge, qui n'est pas comprise dans ce livre, celle des sectes musulmanes, celle des cultes bacchiques en Grèce, nous fournissent des exemples de véritables épidémies religieuses, de mysticisme contagieux, de conversions en masse. Ces états de groupes, devenus rares, même sous une forme atténuée, partout où, par division du travail, s'est introduite dans la religion une spécialisation parfaite des pouvoirs et des fonctions, sont normaux dans toutes les sociétés où le culte implique la participation effective et complète des fidèles, où tous les assistants sont à la fois officiants, acteurs et spectateurs, dans tous les pays de sociétés secrètes ou de

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