‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 17 sur 160 · XXX INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

totémisme vivant. Il faudrait rechercher maintenant si tous les phénomènes religieux participent à la nature de ces phénomènes extrêmes ou s'ils en procèdent. Un psychologue comme M. Ribot* a pu écrire que les pratiques rituelles étaient « une création spontanée dérivant de la nature des choses » et, plus loin, que « l'expression rituelle a un caractère social », qu'ccelle est l'œuvre spontanée d'une collectivité, d'un groupe ». En d'autres termes, les rites, et nous étendrions volontiers la proposition aux mythes, sont le produit d'états affectifs de groupes et ne se comprennent que comme tels. Cette juxtaposition des mots spontané et social est à retenir, car cette spontanéité apparente n'est pas étrangère à l'autorité coercitive des phénomènes sociaux, témoin notre loi de 1864 sur les grèves, qui reconnaît la grève comme légale quand elle éclate spontanément, sans préméditation; ici la loi s'incline devant la brutale révélation du fait social qui brise légalement Tordre établi, parce qu'il manifeste un état social plus intense, et partant plus légitime, que celui qui s'est incarné dans la réglementation flétrie. Or, quand nous parlons de convention sociale, il ne s'agit pas de contrat social librement consenti, mais toujours jusqu'à un certain point d'une semblable spontanéité. A vrai dire, un pareil mot cache simplement l'ignorance où nous sommes du mécanisme des raisonnements et des sentiments qui préparent l'explosion de l'acte social. Mais les états de groupes et les conventions dont nous parlons sont-ils les faits religieux par excellence ou simplement une classe de faits religieux, les retrouve-t-on toujours à quelque degré dans toutes les institutions? sont-ils la forme première de tous les sentiments religieux? On sera tenté de répondre immédiatement par l'affirmative si l'on ne considère que l'histoire des religions anciennes ou primitives, seules étudiées dans ce manuel; l'éloignement où elles nous apparaissent efface les individus dans les masses unanimes. Mais si l'on étudie les phénomènes religieux sur le vif et dans une religion qu'on partage jusqu'à un certain point, on sera conduit naturellement à faire la part plus belle à l'initiative des individus. On aura tort, au moins en partie, car nous sommes évidemment mauvais juges de notre propre singularité.

Les phénomènes religieux sont donc, au moins pour une bonne part, des phénomènes sociaux. Nous pouvons faire un pas de plus

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