‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 19 sur 160 · XXXIV INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

aux personnalités collectives {Genius populi romani, Genius muni-cipum municipii); elle exprimait également bien la relation d'un dieu à la chose qu'il patronne {Marti Cosidio... genio valli). Quant aux genii des hommes, on peut dire qu'ils sont, de tous les esprits, les plus abstraits et les plus dépourvus de particularités ; leur individualité est si pâle qu'ils se confondent les uns dans les autres. En somme, les individus d'un même groupe religieux, ayant une même initiation, se ressemblent par la possession d'une &me commune ou d'âmes semblables.

La condition religieuse de l'individu résulte immédiatement de la possession d'une ou de plusieurs de ces âmes impersonnelles. En d'autres termes, sa personnalité se définit, au regard de la religion, par l'ensemble de ses relations religieuses et autres, ou, si l'on veut, par la somme de ses âmes, âmes collectives. Nous nous gardons de préjuger que, même en religion, la notion de personne ne comprenne pas d'autres éléments ; mais l'important est qu'elle ait été, fût-ce partiellement, représentée de cette façon. La conscience du moi a dû certainement en être profondément altérée, car les liens dont nous parlons sont, à coup sûr, non seulement conçus, mais sentis. L'individu totémique vit de la même vie que ses associés ; il y a entre eux une harmonie parfaite ; ils sont réglés de telle sorte qu'ils vibrent à l'unisson. Mais alors, avec la dissémination des âmes impersonnelles à travers les groupes, la personnalité s'évapore, la conscience s'éparpille, la volonté se disperse et les mobiles se multiplient. Il est probable que l'individu se sent confusément plusieurs, même en dehors des états d'extase ou de possession qui marquent les crises de l'activité religieuse. Au reste, si la psychologie des primitifs ne doit pas nous apprendre que les cas, chez nous pathologiques, de dédoublement du moi sont de règle chez eux, tout ce que nous savons de leur vie mentale nous montre quelle est la confusion de leur conscience. Cette dissolution des consciences individuelles dans une sorte de conscience sociale est inséparable selon nous de la religion. L'homme religieux ne se sent jamais qu'un entre plusieurs; on pourrait dire que la conscience religieuse est l'inconscience de soi.

Nous entrons ici en contradiction avec la théorie usuelle de l'animisme. On admet généralement que le primitif s'est représenté les êtres sur le modèle que sa conscience lui donnait de sa propre existence et que, partant, il leur a donné des âmes semblables à la sienne. A cette théorie individualiste, qui fait procéder toute représentation

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