‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 21 sur 160 · XXXVI INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

gieux où la condition initiale des êtres est affectée à divers degrés. Elle attire donc sans cesse l'attention. Dans l'ensemble de l'histoire des religions, cette préoccupation se montre dominante et tyrannique. Elle n'est pas secondaire, mais centrale. Le système religieux tout entier a trait à la condition présente et future des individus et de la société. Il n'est pas d'acte religieux, sacrifice, prière, vœu, qui ne la modifie sensiblement. Les rites la déterminent ou la changent; les mythes la décrivent et la définissent ; les institutions morphologiques l'encadrent. D s'agit toujours de rang social ou de place relative, conventionnelle. — Nous sommes donc en droit de dire que les phénomènes religieux sont des phénomènes sociaux, et, si nous nous rappelons à quel point l'individu s'y efface, que ce sont des phénomènes sociaux par excellence.

Si les faits religieux sont des faits sociaux et si, de même, la religion est, prise d'un certain point de vue, un fait social, ils ont la même objectivité et la même continuité que les autres faits sociaux. Nous sommes ramenés ainsi à cette continuité de la religion que nous avions refusé de considérer tout d'abord, mais en la comprenant d'une façon nouvelle. Le fait social, rite, représentation collective, ou forme de groupement, subsiste indépendamment des faits particuliers qui le révèlent, le rite en dehors de sa pratique, le mythe en dehors de ses variantes; somme toute, la religion domine les phénomènes religieux.

De ces considérations nous devons tirer des conclusions pratiques. Tout d'abord les faits sociaux ne nous sont que très imparfaitement connus par les exemples qui nous en sont donnés et les relations particulières dont ils sont l'objet. Il faut considérer ces relations comme des transcriptions imparfaites et variables. Nous avons dit en effet qu'ils échappent en bonne partie à la conscience individuelle : l'individu se trompe sur ses véritables raisons d'agir et n'est pas maître de ses gestes; il subit la poussée sociale, et le plus souvent ne s'en rend pas compte; dès qu'il s'efforce d'avoir une intelligence claire du fait social auquel il participe, il le fausse. Or, nous ne sommes jamais en présence que de versions de faits sociaux qui, dans une certaine mesure, sont individuelles; les moins individuelles, à savoir les textes de lois, les préceptes rituels, les règles administratives, sont nécessairement incomplètes, car elles nous laissent dans l'ignorance de tout ce qu'elles impliquent ou provoquent d'émotions, de besoins, de désirs. D'autre part, les faits

Page 1