INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE XLV
il est vrai que, souvent, par choc en retour, les concepts des âges récents sont devenus aussi des personnes. — C'est par un semblable enchevêtrement de mjrthes desséchés et de fragments philosophiques que se sont formés les systèmes de théologie. Quelle que soit la résistance des vieilles formules, la part des nouvelles grandit toujours; elles finissent par l'emporter, soit par infiltration lente, soit par les brusques à-coups des révolutions religieuses. Ainsi la religion suit, à sa manière, la marche de l'évolution intellectuelle. Les formes du raisonnement individuel se substituent progressivement aux formes de la pensée collective à mesure que les individus sont plus enclins à prendre conscience de celle-ci.
Mais cette substitution est-elle jamais complète? Il convient encore de se demander ce que les dogmes ont de proprement religieux, outre la convention qui les définit comme tels et la nature particulière de leur objet. Or, d'une part, la théologie est enfermée, sans issue possible, entre la liberté théorique de ses spéculations et l'immutabilité fondamentale du dogme. La raison n'en est pas que le dogme est astreint à ne varier que lentement, parce que la philosophie tarde à parvenir aux esprits moyens et que ceux-ci sont longs à raisonner; mais c'est surtout qu'un acte de foi collectif est imposé aux exégètes, comme aux autres, et leur rogne les ailes. La théologie s'éloigne par là de la philosophie et de la science laïques. D'autre part, les abstractions théologiques ont par rapport à la philosophie le même caractère pratique que la mythologie par rapport à l'art. Ce sont des connaissances utiles; les êtres métaphysiques qu'elles définissent sont des providences, présentes et agissantes, qu'on veut bien concevoir pour les mieux capter; il s'agit toujours de pouvoir, le leur et celui que les hommes peuvent s'arroger sur elles, en tout cas de droits et d'espoirs humains. On peut même dire qu'il en est des dogmes comme des idées, apparenmient abstraites, de nombre et de direction que nous voyons paraître dès l'origine; elles ont la même objectivité, la même efficacité mystique que les figures concrètes des mythes; les nombres sont naturellement doués de pouvoirs magiques. Il n'y a pas de pensée religieuse qui ne soit à quelque degré mystique.
Toutes les images, toutes les notions d'être et de qualité auxquelles s'attache la croyance religieuse sont dominées par la notion de sacré. Nous l'appelons ainsi pour lui donner un nom qui soit usuel, sans nous dissimuler que le mot sacré est déjà trop particulier pour ne pas fausser un peu notre pensée. On trouvera dans le