‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 30 sur 160 · XLVI INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XLVI INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

chapitre sur la religion romaine d'intéressantes définitions de différents termes, qui correspondent, en latin, à certains de ses aspects. Le qodesch hébreu, le tabou et le mana océaniens sont des équivalents inégalement exacts du sacré romain. Mais la notion de sacré est universelle. Son importance a déjà été parfaitement mise en lumière par Robertson Smith, dans la deuxième édition de sa Religion of the Sémites, et les pages qu'il lui a consacrées sont encore le meilleur travail dont elle ait été l'objet. Nous voulons dire ici que cette idée n'est pas seulement universelle, mais qu'elle est centrale *, qu'elle est la condition .même de la pensée religieuse et ce qu'il y a de plus spécial dans la religion.

Le sacré est le séparé, l'interdit ; les choses sacrées sont protégées par des interdictions rituelles; elles sont tabouées. Entre elles et les choses profanes, une barrière se dresse qui s'avance ou recule suivant les cas, mais ne s'abaisse jamais; quiconque saute la barrière, le fait à ses risques et périls, en devenant sacré; la brutalité de ce changement d'état a des suites prévues, dont la crainte fait respecter les interdictions. Toutefois celles-ci ne sont que relatives; les choses sacrées sont relativement accessibles à certaines classes d'hommes, dans certaines conditions; pour tout homme, quel qu'il soit, il y a des choses qui sont plus, d'autres qui sont moins sacrées. Enfin parmi les choses sacrées il y en a qui sont considérées comme pures, d'autres comme impures; le contact des unes purifie, celui des autres souille. Le sacré est donc susceptible de différences qu'on peut appeler, faute d'autres termes, quantitatives et qualitatives.

Mais à cela ne se réduit pas l'idée de sacré. C'est l'idée d'une sorte de milieu où l'on entre et d'où l'on sort, dans les rites d'entrée et de sortie du sacrifice, par exemple. C'est aussi celle d'une qualité d'où résulte une force effective. Derrière les barrières du sacré s'abrite le monde des mythes, des esprits, des pouvoirs et des toutes-puissances métaphysiques, objets de croyance. C'est également dans le sacré, temps sacré, espace sacré, que s'accomplissent les actes efficaces que sont les rites.

L'idée de sacré nous apparaît sous deux aspects assez différents, suivant que nous la considérons dans la magie ou dans la religion. L'idée d'interdictions obligatoirement observées est moins puissante

1. Les poinls qui sont touchés ici ont été spécialement étudiés par M. Mauss et par moi dans un travail qui doit paraître avec le tome VII de V Année Sociologique^ peu de temps après la publication de ce volume.

Page 1