CHAPITRE IV LES JAPONAIS
Par le D' Edm. Bucklby (de Chicago).
13. Histoire et doctrine. — 14. Le culte, § 13. — Histoire et doctrine.
Les Japonais descendent de deux tribus mongoles parentes, qui partirent de la Corée pour envahir le Japon. L'une aborda h Kyouschou, probablement au II* siècle avant notre ère; l'autre avait occupé Jzoumo ilopuis plusieurs centaines d'années. La seconde bande d'envnbis.sci)rs stminit et absorba la première. Les habitants primitifs, les Ainos, furent refoulûs vers le nord, où ils achèvent de disparaître dans Tîle île Viso. \h u'oni presque pas eu d'influence sur les envahisseurs mongols, car le,-^ protluits du métissage disparaissaient dès la troisième génération. Les manquérants colonisèrent aussi les îles Souchou. pepuis le début du nr .siècle, la civilisation chinoise se répandit peu à peu au Japon; k' LoinJdhiiinic y fut
1. BiBUOGRAPRiE. — Les aociens ouvrages de Raempfer, SieboliJ> de Roiîny, Pfizmaier et Hoffmann ont été dépassés par les traductions et les mémoirL's de B.-H. rtif^nibef' lain, B. Satow, P. Brinkley, etc., qu'on trouvera dans les Trarisnciiann of the Asiaiîc Society of Japan, et par les travaux de Kempermann et du ]>' Florent qin ont éié publiés dans les MUlheilungen der denlschen Gesellschafl fur Nutur- und l'êikerkundi* Ostasiens {enlTe autres, du dernier, JapanwcAc Mythologie^ Nikongi, Zfilalter rlvr Gtitfer^ 1901}. Ces ouvrages nous donnent des matériaux suffisants pour une éluck du âhiniolsme. Une livraison des Transactions parue au mois d'août 181)5 coniienl La bibliographie de la question. — E. Satowa publié dans la Weslmimier fieview de juillet 1878 un article sur la mythologie japonaise; voir E. Buckley, The Shinto panthi^on {New Worldf déc 1896); — OccultJapan, par P. Lowell, 1895, traite dr Texlase dcts pa^^ï^édés; -^ PhalUeism in Japon par E. Buckley, 1895 (University of Chicm^o Pr^ss), truite du phallisme; J. Schedel, PhalluscuUus im Japan, 1896. — La seule hi£^u>ire complùle «les religions japonaises est celle du D' W.-El. Griffls (1895). — Lafcadio lïearn n ptiblié une série d'essais substantiels et savoureux : Glimpses of wifamiiiftr Jtipnu, 2 voU, 18M; KokorOj 1896; on trouvera dans ce livre la première expUcaticin dc^n myiliuâ dn Sutano et Okuninuschi, — Voir aussi G. Munzinger, Die Japaner, WaHderujtgen durch dat geistige und religidse Leben des japanischen Volkes, 1898.
introduit après le vi« siècle et en peu de temps il absorba le Shinto, la vieille religion. La conversion fut encore accélérée à partir du ix" siècle par rinfluence de la secte intermédiaire, appelée Ryobou, qui regardait les divinités Shinto comme des manifestations du Bouddha éternel. Cette secte a dominé au Japon jusqu'en 1700; plus tard la renaissance du confucianisme, tel qu'il était enseigné par le Chinois Tchou-Hi, excita les savants indigènes à étudier leurs propres traditions nationales : ce mouvement réussit au point qu'en 1868 le Mikado remplaça le Shogun au pouvoir et le Shinto le bouddhisme comme religion d'État. On renonça au syncrétisme des Ryobou, les temples où des cérémonies bouddhistes avaient eu lieu furent « purifiés », quelques prêtres se marièrent et devinrent shintoïstes.
Le Kojiki, le livre des vieilles histoires, contient les documents les plus anciens et les plus sûrs que nous possédions sur les dieux du Shinto. Le livre contient des légendes qui circulaient dans les familles nobles et impériales; en 712 après J.-C, on fit un choix et une édition de ces histoires avec la préoccupation de fonder sur la tradition les droits de l'empereur. Le Mhongi, qui ne fut pourtant rédigé que peu d'années plus tard, a bien moins de valeur en raison de l'influence chinoise visible non seulement dans son style, mais encore dans son contenu. La mythologie pittoresque et l'indécence naïve du Kojiki étaient bien différentes du formalisme chinois du Shou-King. D'après le Kojiki le ciel et la terre était au commencement; ensuite naquirent trois divinités, puis deux, puis deux encore une fois et enfin cinq couples. Les noms de ces douze dieux montrent qu'ils personnifient des abstractions. Deux ou trois d'entre eux seulement avaient un culte et ceux-là même ne sont plus adorés depuis longtemps. Ce. catalogue de dieux devait servir de base aux croyances populaires. Le professeur Rume de l'Université de Tokîo a essayé vainement de prouver que le premier de ces dieux, t le seigneur placé au milieu du ciel », était la même divinité que le Tien chinois et qu'il était à l'origine le dieu unique des Japonais. Le dernier des couples mentionnés, formés par Izanagi et Izanami, a survécu dans le mythe et dans le culte. Ils agitèrent l'océan avec une lance couverte de pierreries (un phallus); l'eau qui tombait goutte à goutte de la pointe forma la première petite île d'Onagoro, qui est censée représenter un énorme phallus. Le couple se mit ensuite à courir autour d'un pilier céleste (encore un phallus) et procréa le reste des îles japonaises ainsi que d'innombrables autres divinités. Après la mort de son épouse, Izanagi lui rend visite aux enfers. Tandis qu'il se purifie de la souillure ainsi contractée, il fait sortir de son œil gauche la déesse du soleil, Amaterasou, de son œil droit le dieu de la lune, et de son nez Sonsano, le dieu de la pluie et de la tempête. Sousano désole le pays (inondations), là-dessus Amaterasou se retire dans une caverne, ce qui amène sur terre des ténèbres épaisses (l'obscurité de la saison des pluies). Puis Sousano tue la déesse nourricière du Tsouyn, ou de la terre, et de son corps naissent les céréales (pluies fertilisantes). Enfin il abat le dragon à huit têtes et de la queue du monstre
se fait une épée fameuse (l'eau éteint le feu qui a pourtant servi à forger l'épée). Son successeur, Okouninoushi, le dieu de la lune de la tribu Izoumo, fait amitié avec un lièvre, est mis à mort et rappelé à la vie (les phases de la lune); enfin il tue lui-même ses quatre-vingts frères (les étoiles). Sarouta-hiko, d'abord dieu du tonnerre, devint plus tard le dieu des rues, et un dieu phallique. Les fonctions du dieu primitif de la terre furent partagées dans la suite entre des divinités différentes, — Waka no Tama ou esprits séparés, — parmi lesquelles la déesse nourricière dont nous avons parlé plus haut est la plus importante. On trouve dans tout le pays d'innombrables sanctuaires minuscules consacrés à cette divinité; elle y est adorée sous le nom d'/nan. Jimmou-Tenno, le premier roi mortel des Japonais, faisait remonter sa généalogie jusqu'à Amaterasou; le petitfils de la déesse était descendu du ciel (la Corée) dans l'île de Kyouschou. D'autre part Sousano, l'adversaire vaincu d'Amaterasou, est le père du chef Izoumo qui est un autre vaincu (on identifie celui-ci avec Okouninouchi). Après avoir cédé au Mikado l'empire de la terre, le fils de Sousano devint le roi des « Invisibles », c'est-à-dire de toutes les choses bonnes ou mauvaises qui sont cachées au maître de la terre. Plus tard, pendant la lutte avec le bouddhisme, on l'adora aussi comme dieu du monde futur. Notons que de même que le Mikado, plusieurs familles princières et sacerdotales faisaient remonter leur origine à des personnages du drame mythique. Ainsi le culte des ancêtres et celui des héros se greffaient comme en Chine sur un culte originel de la nature, qui, pour cette raison même, dans la plupart des cas, est rentré dans l'ombre.
A cet endroit le Kojiki abandonne le mythe de la nature pour passer à la légende; nous trouvons pourtant encore des mythes, même dans les chapitres suivants de l'ouvrage. Une foule d'autres divinités de la nature se rencontrent dans le Kojiki et ailleurs.
Le culte du feu survit dans les feux de joie qu'on allume en novembre dans les cours des temples, dans le renouvellement du foyer des temples le soir du nouvel an, et enfin dans la coutume du passage par le feu qui, d'ailleurs, est devenue une ordalie destinée à faire la preuve de la pureté des mœurs.
Les amulettes sexuelles ont la vertu de rendre la grossesse supportable, l'accouchement facile, et d'assurer la guérison de toutes les maladies des organes de la génération. Le phallus joue aussi un rôle dans le mythe eosmologique comme nous l'avons déjà dit plus haut. Il sert de symbole au dieu des rues. Il est le dieu protecteur des courtisanes et en conséquence se trouve généralement sur la tablette Kami des maisons de débauche. On considère comme des symboles et on adore dans les sanctuaires des pierres couvertes de signes étranges.
Le sakaki toujours vert (Cleyera japonica) est considéré comme un arbre saoré, souvent on l'entoure d'un lien de paille et d'une haie, on lui apporte à manger et à boire. U passe pour le symbole ou la résidence des divinités et il sM dans les purifications. Mais on connaît encore d'autres cu'bres, où les dieux sont censés habiter et qui par suite sont objets d'adoration.
Le culte des animaux est également représenté. Le coq est consacre à la déesse du soleil; le renard, adoré peut-être à l'origine pour lui-même et qui passait pour avoir le don des métamorphoses, est l'animal sacré de la déesse de la terre; le rat est consacré au dieu de la richesse. On voit souvent près d'un temple un cheval albinos que les pèlerins nourrissent. Le (( chien céleste » et le « chien coréen » que Ton rencontre souvent des deux côtés de l'entrée des temples ont la même signification que les tigres qui se trouvent aux portes des temples chinois. Dans la province d'Izoumo on garde des serpents desséchés pour se protéger du feu et des inondations; on les tue cérémoniellement. Enfin il faut mentionner une classe de diablotins malfaisants [Oni); les esprits de la nature (Tengou) sont inoffensifs.
Le culte des ancêtres est à la fois un culte privé et un culte public (fête des lanternes). Le bouddhisme exerça son contrôle du xi* au xix* siècle sur le culte des ancêtres comme sur celui des héros et sur les cérémonies funéraires (même celles des prêtres du Shinto). Le culte domestique est loin d'avoir la même importance qu'en Chine. — Le dieu protecteur d'un lieu ou d'une tribu est le représentant d'Okouninouchi ; c'est à lui qu'on présente les enfants nouveau-nés, et les voyageurs doivent se procurer une amulette provenant de son sanctuaire. Sous le nom de Kasouga San on comprend quatre dieux; le nom vient de leur ancien temple; les dieux étaient les ancêtres du prêtre qui y officiait au vui* siècle de notre ère; ses successeurs ayant atteint par la suite une grande puissance, la renommée de leurs dieux s'était fort étendue.
Le culte des héros est très développé. Soukouna-kiko, mentionné dans le Kojiki, est une divinité civilisatrice, on l'adore comme dieu de la médecine. Sous le nom de Tenjin Sama on adore maintenant comme dieu de la calligraphie le célèbre ministre et savant Michizane, dont la mort en l'an 903 de notre ère, après un exil injuste, avait été accompagnée de présages funestes. L'empereur Ojin (300 après J.-C.) a été élevé à la dignité et au rang de dieu de la guerre sous le nom de Hachi-Man-San; et le grand schogoun Ljeijasou (1616 après J.-C) jouit depuis sa mort des honneurs divins sous le nom de Toschogou. Mais souvent on a réuni le culte d'un ancêtre illustre à celui d'une divinité de la nature. C'est le cas de la famille impériale et sacerdotale des Sengi, dont l'origine remonte à Amaterasou et à Sousano. Le chef vivant de cette famille était considéré comme un dieu avant la révolution de 1868; le représentant de Sousano portait le nom A'Ikigami ou dieu vivant.
A côté de ces divinités s'en trouvent une quantité d'autres de rang inférieur, en tout environ huit cents myriades. Les Japonais appellent ces êtres, corps célestes, pierres, plantes, animaux, hommes, indistinctement du nom de Kami : ce mot signifie simplement supérieur et, d'après Motoori (qui vivait au xvni* siècle), « on l'emploie pour désigner tout ce qui se distingue par une puissance extraordinaire; et ce caractère s'applique aussi bien aux choses qui méritent d'être adorées qu'à d'autres qui sont mauvaises et dont il faut redouter les propriétés malfaisantes. »
Les Japonais appellent leur religion populaire Shinto (c'est un mol chinois) ou Kami no Michi, le chemin de Kami (pour le distinguer de celLii de Bouddha et de Confucius). Nous avons vu que cette religion se compose d'un culte de la nature, d'un culte des ancêtres et d'uti culte des héros, indépendants entre eux à Torigine. Aujourd'hui on ne peut guère les distinguer : quelques-unes des divinités naturelles, nous l'avons vu, ont été anthropomorphisées ; d'autres ont été assimilées au^t ancêtres.
Dans les prédications, fort rares, des prêtres shintoïstes cette doctrine de Kami fournit pour la vie ordinaire une règle qui repose sur le principe de l'exemple. Pour le reste le Japonais doit obéir au Mikado et suivre ensuite les inspirations de son coeur; comme le cœur est bon naturellement, ii ne pourra jamais donner que de bons conseils. L'utilité, la nécessité d'une loi morale est bonne pour les Chinois, car ce peuple, paraît-il, u a pas cette disposition naturelle au bien. Avant l'introduction du bouddhisme, les Japonais croyaient, comme la plupart des barbares, à une vie future, sans cependant allier à cette croyance la moindre idée de sanction-
§ 14. — Le culte.
Le Yengishiki ou code du cérémonial fut compilé en l'an 927 de notre ère de sources bien plus anciennes; c'est un véritable trésor de rites barbares typiques; il y en a 27 en tout. Ils ne contiennent pas de véritables prièresdemandes, mais la liturgie indique les motifs qui font offrir le sacrifice; c'est notamment la reconnaissance d'une grâce temporelle. (( Parce que vous bénissez,... je vous apporte ce sacrifice. » La liturgie de Vobarai m\ exceptionnelle : elle ne parle pas de fins terrestres. C'est d'ailleurs le rituel le plus estimé; le texte énumère différents péchés et ajoute que lorsque le grand-prêtre prononce une certaine prière, accomplît un certain rite et offre un certain sacrifice, le Kami du ciel et de la terre l'en tend, et le Kami des cascades, celui de la mer, etc., emportent les péchés, La prière se borne à supplier tous les Kami d'accueillir ce qui reste des ofTrandes rituelles : le rite consiste à couper en petites bandes étroites un roseau et des branches que l'on disperse; les offrandes sont jetées dans te cour d'eau le plus voisin.
Les principales solennités religieuses ont lieu du 1" au 3 janvier, au nouvel an ; le 4 février, prière pour la récolte; le 15 juin, fête des divinités parentes de la famille impériale ; le 15 septembre, fête des prémices \ te 23 novembre, fête de la moisson, et enfin, le 30 juin et le 31 décembre, fête de la grande purification, dates auxquelles on ht Xobaral. On célèbre de temps en temps la cérémonie dite kagoura, cérémonie expiatoire en l'honneur d'un dieu quelconque, qui se compose d'oblations d'aliments avec accompagnement de musique et de danses. Il y a des fêtes locales (celles de Tokio et Kioto sont les plus brillantes), dans lesquelles une longue file de voitures ornées d'images, de symboles, etc., traverse pro-
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cessionnellement la ville. Les sacrifices quotidiens, comme les sacrifices occasionnels, consistent surtout en riz, poissons, gibier, bière, fruits, légumes et eau. Jadis dans les grandes occasions on offrait des vêtements de soie et de chanvre, des vases, etc.
Les prêtres du Shinto peuvent se marier et il leur est toujours permis de changer de profession. Leurs fonctions sont généralement héréditaires; les prêtres des grands temples font remonter leur origine jusqu'à la divinité particulière du temple ou tout au moins à ses premiers grands prêtres. Ils ne portent de costume particulier que pendant le service divin. Les prêtresses sont presque toutes des filles de prêtres, non encore nubiles ; leurs fonctions se bornent à exécuter les danses mimétiques et à assister les sacrificateurs.
Les temples semblent avoir appartenu d'abord au culte des ancêtres, plus tard le culte de la nature s'en empara ; à Torigine il se célébrait en plein air. Le mot Miya ou maison sublime désigne indifféremment un temple et un palais, de même que Kami s'appUque à la fois aux dieux et aux priaces. Le temple est une maison et présente encore aujourd'hui une image assez complète de l'habitation barbare. Près du sanctuaire se trouve une salle pour les fidèles, une citerne avec de l'eau bénite où Ton se lave les mains avant l'office, quelques chapelles consacrées à d'autres divinités, un hangar pour les offrandes, une plate-forme pour les danses, une écurie pour le cheval sacré, une galerie avec balustrades et différentes clôtures. Les temples sont tous tournés vers l'orient, excepté celui d'Okouninoushi, qui regarde l'ouest. Le temple d'Amaterasou (Ise) et le temple d'Okouninoushi (Izoumo) sont la Mecque et la Jérusalem du Shinto. Le sanctuaire se compose toujours de deux chambres. La pièce intérieure est fermée et contient « le représentant des âmes », c'est-à-dire une épée, un miroir, un objet de parure en pierre [Magatama] ou d'autres objets; on considère cette pièce comme la demeure de la divinité et pour cette raison on y place souvent un oreiller. L'antichambre ouverte est destinée au Gohei (oblation supérieure). C'est précisément le Gohei, et non pas une idole, qui est le symbole de la divinité. On fabrique le Gohei avec des bandes de papier blanc attachées à une perche. Le Gohei lui-même représente l'offrande de toile qu'on suspendait à l'origine au sakaki ; aujourd'hui-c'est un signe d'absolue soumission à la divinité {haraibei, offrande de purification) ou un symbole de la divinité. Dans le dernier cas on le considère comme la résidence de la divinité {shintai, « corps de dieu ») : celle-ci est amenée par les invocations qui précèdent la cérémonie à descendre et à s'incorporer au Gohei (h'ami oroshi).
Toutes les familles japonaises possèdent une tablette sacrée, Aamt, excepté celles qui appartiennent à l'une des deux sectes bouddhistes bigotes. Sur cette tablette sont placées plusieurs petites armoires : l'une contient généralement une amulette en papier, symbole d'une divinité préférée, en général d'Amaterasou, une autre renferme un Gohei, une troisième de toutes petites images de Daikokou et d'Yebisou, dieux du bonheur du Shinto. Ces deux divinités ne sont jamais figurées en dehors du
coite domestique ; c'est une exception qu'il faut sans doute expliquer par linfluence du bouddhisme. Le 2, le 15 et le 28 de chaque mois on dépose sur la tablette un sacrifice d'aliments, de bière, de saké; on allume aussi chaque soir la lampe qui y est placée. On représente les ancêtres par de petits tableaux de bois à la manière chinoise ; mais cet usage a été absorbé par le bouddhisme et n'appartient plus proprement aux rites du Shinto.
Aucun Japonais ne peut espérer être heureux et réussir dans la vie s'il n'a pas visité au moins une fois les grands sanctuaires du pays. Ces pèlerinages se font en corps, ce sont des voyages d'agrément et toutes les villes où se trouvent des temples sont remplies de lieux de plaisir.
n est facile d'expliquer les mythes phalliques, autrement assez obscurs, du Kojiki par le culte des symboles sexuels. On le trouvait partout avant 1872; l'influence étrangère réussit alors à provoquer un décret de suppression ; il subsiste cependant encore aujourd'hui dans des localités écartées. Ces « pierres féminines et masculines », Inyoseki, sont naturelles ou artificielles, mais dans ces deux cas leur forme est toujours réaliste et jamais conventionnelle. On en trouve de toutes grandeurs, depuis le rocher (il y a même toute une île, Onogoro) jusqu'au caillou. Les phallus « naturels » sont bien plus estimés que les phallus artificiels et d'un usage plus ancien. Il n'y a pas de symboles féminins artificiels, mais on fabrique des phallus de pierre, d'argile, de bois et de fer. Les femmes stériles ou malades offrent au phallus, comme symboles votifs, des coquilles (il en est de deux sortes). La pêche et la fève sont symboles féminins, le champignon et le groin du porc sont masculins. On trouve les plus grands exemplaires, parfois isolés, mais en général accouplés ; ils sont placés dans de petites armoires, sous des hangars, ou en plein air. On leur offre les sacrifices ordinaires d'aliments et de boisson. On se sert des plus petits dans le culte domestique ou comme offrandes votives.
Au Japon nous ne trouvons rien qui ressemble au Feng-Shoui chinois et qui ait pu par conséquent gêner la marche du progrès. On rencontre cependant différentes pratiques magiques. On place des amulettes en papier sur la tablette consacrée au Kami, on en colle sur les murs, on en porte sur soi pour se protéger contre tel ou tel mal. On pratique Tenvoûlement; des images analogues à celles de l'envoûtement sont employées dans la purification prescrite par le rituel de TObarai. Le riz et le sel, le Gohei et le Saké sont employés dans les purifications ordinaires. On se servait d'incantations magiques. L'erreur n'était pas permise dans la récitation des formules rituelles.
Les méthodes de divination étaient nombreuses; la méthode chinoise de l'écaillé de tortue remplaça au viii'' siècle de notre ère le système primitif, qui consistait à observer les fentes de l'omoplate rôtie d'un cerf. La « divination des rues » consistait à recueillir les paroles d'un passant. On interprétait les rêves; la première flèche tirée dans un combat donnait des signes. La divination était en général le but de l'extase. Pour se préparer à cet état divin, il fallait vivre dans des forêts solitaires, se baigner et jeûner. Quand l'orchestre, composé de huit personnes, a joué pendant assez
longtemps, le médium prend un Gohei dans ses mains, se met à trembler spnsmodiquement, tombe en convulsions et finit par être agité d'un frérais.^ement continu. Un aide alors l'interroge; le médium répond comme s'il était un Kami.
Jadis on conservait le cadavre pendant huit jours dans une cabane de deuil; pendant ce temps on lui apportait à boire et à manger et on entretenait un feu à l'extérieur ; les pleureurs exécutaient des danses lentes, accompagnées de musique et de gémissements. On enterrait le cadavre pendant la nuit, la tête tournée vers le nord. Les tertres funéraires montrent, comme le Kojiki, qu'on inhumait avec le mort des vivres, des ustensiles de ménage, ses chevaux et ses serviteurs (ceux-ci étaient enterrés vifs); û partir du i" siècle de notre ère on remplaça le cheval et le serviteur par des modèles en argile de grandeur naturelle. Les funérailles selon le Shinto, restaurées en ces dernières années, comprennent les cérémonies suivantes : l*" 011 enferme l'âme du défunt dans une toute petite armoire en bois, « la maiison de l'âme », qui doit être placée sur la tablette Kami; 2* on invoque Tame devenue maintenant un Kami; 3° on enterre le cadavre. Les néees- ^Méiè de la pureté rituelle font élever près de la cabane de deuil une cabane di^ l'enfantement et une cabane nuptiale; elles exigent que la femme mange et dorme à l'écart de la famille pendant les règles.
Les couleurs sacrées sont le rouge et le blanc, le nombre sacré est 8. La comljinaison dans les cérémonies de 8 et de 16 avec le 4 du compas prouve que 1 était à l'origine le nombre fondamental.