‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 52 sur 160 · gypten, p. 392 sqq · texte numérisé non relu

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instruits dans la parole divine des rituels; souvent on les considérait comme des sorciers, parce que le dieu Thot, « lecteur des dieux », était aussi le grand magicien. Ils pouvaient en effet, avec des formules bien récitées, satisfaire et enchaîner les dieux, faire des miracles sur terre et dans le ciel. Encore sous le moyen empire, l'élément laïque garda sa place éminente dans le culte, bien que le service des temples fût déjà fort compliqué; c'est seulement sous le nouvel empire que le sacerdoce professionnel se développa puissamment et atteignit une influence telle qu^elle put devenir, en fin de compte, funeste à l'État. On ne peut suivre d'ailleurs cette évolution que dans ses lignes générales. L'organisation des communautés sacerdotales dans les temples des dieux se généralisa, et par là s'augmenta le nombre des prêtres : comme les temples s'enrichissaient et augmentaient leurs biens-fonds, on dut les doter d'une forte administration. Jadis les grands de l'État revêtaient incidemment les fonctions sacerdotales; maintenant les prêtres professionnels pénétrèrent en masse dans les fonctions administratives d'État et ceux d'Amon-Râ commencèrent à jouer un rôle politique. Dans le sacerdoce du nouvel empire on distingue plusieurs classes de grades. Les prêtres d'Amon-Rè, par exemple, étaient divisés en cinq classes : le prophète ou « esclave du dieu » de première, deuxième, troisième classes, le « père divin » et le « pur » (ouâb); nous ne savons comment se répartissaient les fonctions sacerdotales entre ces différentes catégories de prêtres. L'élément laïque, sous le nouvel empire, n'était vraisemblablement représenté que par des femmes, qui servaient les dieux, et surtout Amon-Râ, dans les temples et dans les processions solennelles, comme musiciennes.

Le costume officiel des prêtres, d'après les recherches d'Erman, a relativement peu varié dans le cours des siècles. Dès les temps anciens, les plus importants des grands-prêtres avaient sans doute déjà des insignes particuliers ; cependant les prêtres portaient en général le costume ordinaire. Mais sous le moyen et le nouvel empire, nous voyons les prêtres conserver, au contraire de la foule profane, l'ancien et simple vêtement depuis longtemps proscrit par la mode; en général les prêtres avaient la tête rasée.

On ne peut définir qu'en gros les fonctions des prêtres. Ils devaient servir le dieu d'après le rituel, ordonner et conduire les fêtes et les processions, dresser et présenter les offrandes ; aussi avaient-ils naturellement l'administration et le profit des biens et des revenus du temple. Ils expliquaient les présages et les songes. Le roi en personne est le grand-prêtre de tous les dieux du pays : partout les tableaux des temples nous montrent le roi dans des positions rituelles immuables, faisant fonction de prêtre devant les images des dieux.

Le rituel du service journalier des temples ne nous est connu que d*une façon insufiisante par les livres rituels conservés, assez cependant pour que nous puissions voir que tout y était minutieusement réglé; on y mentionnait jusqu'aux plus petits détails des mouvements de l'officiant, les formules et prières qui accompagnent chaque acte. Pour la toilette

quotidienne du dieu et la purification de sa demeure, le prêtre avait à exécuter, à Abydos, trente-six cérémonies distinctes ; à Ttiëbes le rituel était encore plus compliqué, il prescrivait environ soixante cérémonies ^ Le dieu, habitant du temple, devait avoir chaque jour sa nourriture; mets et boissons étaient quotidiennement déposés sur la table d'offrandes; de même qu'à la table du roi les fleurs ne manquaient pas, on les prodiguait dans les temples pour réjouir le cœur du dieu. Aux grands jours de fête, qui sans doute donnaient lieu à de grandes réjouissances populaires, la barque du dieu était portée en procession solennelle par les prêtres.; et Ton jouait, avec accompagnement de musique et de chants, des épisodes dramatiques des mythes sacrés. Les processions pouvaient devenir un véritable voyage du dieu sur le Nil : ainsi la déesse Hâthor de Dendérah rendait une fois par an visite à Horus dans Edfou. Pour chaque acte du culte, des rites sont indiqués avec plus ou moins de détails dans les textes ou les tableaux ; nous ne pouvons cependant les comprendre tous. Quand on posait la première pierre d'un temple, il y avait, comme Lefébure Ta démontré, un sacrifice humain ^ : les âmes des victimes devenaient ainsi les gardiennes de la construction. Cette coutume fut abolie au temps des Ramessides, mais le roi et le prêtre devaient à cette occasion exécuter une série de cérémonies, dont nous avons le détail. La consécration d'un obélisque nécessitait aussi tout un cérémonial dont on peut suivre la marche à l'aide des monuments figurés.

Les revenus du temple, destinés à nourrir le dieu et ses prêtres, consistaient sans doute à l'origine en dons volontaires des fidèles ; mais peu à peu les dieux sont devenus propriétaires fonciers, grâce aux fondations du roi et probablement aussi des particuliers ; il semble que, sous le nouvel empire, l'État ait pris presque entièrement la place des donateurs volontaires. Les offrandes des rois à leur dieu favori Amon-Râ étaient colossales, et l'État s'engagea ainsi sur une pente dangereuse, au bout de laquelle il devait se briser.

Les jours de fête étaient très nombreux : en dehors des fêtes communes, chaque temple avait ses jours fériés propres qui se rapportaient à des événements mythiques de la vie du dieu : chaque sanctuaire avait ainsi son calendrier. D'ailleurs les prétextes abondaient : l'inondation du Nil, le retour des saisons, les jours anniversaires de la naissance et de l'avènement du roi, etc. Hérodote (II, 62) a décrit en détail la fête des lampes de la déesse Neith, à Sais; ces fêtes des lampes semblent avoir été fréquentes; nous les trouvons mentionnées dès le moyen empire.

La piété des Égyptiens ne se limitait pas à la participation aux fêtes officielles où ils pouvaient adorer le dieu. Leurs sentiments religieux s'exprimaient bien plus personnellement dans la vie de chaque jour. Chez eux, ils possédaient une petite image de leurs dieux favoris ou des déesses de

1. *Le rituel d*Âbydos et le rituel thébain d'Amon, dont les textes sont le plus souvent identiques, ont été publiés et traduits par A. Moret, Le Rituel du culte divin journalier en Egypte, Paris, 1902.

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