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tournait pas vers la Moira, qui ne recevait du reste pas de culte, mais il proclamait sa dépendance à Fégard des dieux; comme disent des vers célèbres, les choses sont sur les genoux des dieux, et tous les hommes ont besoin des dieux '. Qu'on ne conclue pas de ces paroles qu'une sorte de piété intérieure était une disposition fondamentale chez les héros homériques. L'homme élevait ses regards vers les dieux avec une certaine terreur de la puissance supérieure, avec un sentiment résigné de sa faiblesse; il avait du reste peu de raisons de compter beaucoup sur leur faveur; c'est pourquoi les exemples d'une véritable confiance dans les dieux sont rares. Hector, Ménélas, Télémaque, montrèrent quelquefois une pareille confiance* : au contraire, Ulysse se plaint qu'Athéné elle-même l'ait abandonné à son destin*. Mais on ne peut dire que les sentiments pieux donnaient de la force aux personnages homériques et de Télévation à leur vie intellectuelle, ni que les rapports avec les dieux étaient le principal de la vie. Sans doute on regardait comme odieuse cette insouciance des dieux qu'affichaient les Cyclopes *, mais les rapports avec les divinités étaient en général trop extérieurs pour avoir une réelle importance dans la vie morale. En constatant chez Homère ce peu d'élévation de la piété et cette situation secondaire des dieux, nous devons observer que le poète ne sentait pas ces imperfections, parce qu'il ne donnait à la divinité qu'un rôle très modeste. Les personnages homériques avaient besoin de leurs dieux et en attendaient de puissants secours, mais ils ne leur offraient pas une âme inquiète d'aspirations inassouvies et de questions insolubles. En cela se montre le calme intellectuel que respirent les épopées homériques. Les besoins de l'esprit n'étaient pas éveillés encore, le désaccord intérieur n'était pas encore né, et c'est pourquoi l'on ne sentait pas encore l'insuffisance (( des dieux bienheureux ».
Nous n'avons pas à nous occuper ici des realia homériques ni de la psychologie; il faut seulement que nous regardions d'un peu plus près ridée qu'on se faisait de la mort. Chez Homère, la mort jetait une ombre morne sur la vie. La grande différence réelle entre les dieux bienheureux, immortels, et les hommes, c'est que ces derniers meurent (&tXoi pporoi, ppoTol xxîx(5vTeç), et que leurs générations passent comme le feuillage des arbres *.
On trouve dans Homère des idées fort disparates sur lau-delà et sur la vie d'outre-tombe. Il faut se contenter de les distinguer et ne pas essayer d'y découvrir une évolution, ni même de mettre en rapport les différents séjours des morts connus par Homère. Nous avons d'abord le Tartare, où résident Kronos et les Titans, « les dieux souterrains »; puis la demeure ou le royaume de Hadès, nom sous lequel on désigne ordinairement le
1. 6eûv iv -jfouvaai xetrau //., XX, 435; Tcaviec dàOsûv yatsouv' àvOpcdicoi, Od*, III, 48 ; cf. Od., XVIl, 601, etc.