‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 101 sur 205 · NOMINATION, REVENUS ET FORMATION DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

NOMINATION, REVENUS ET FORMATION DU CLERGÉ

2^Le choix des évêques ne se faisait pas toujours régulièrement, ce qui entraîna de grands dommages : en théorie ce choix devait être fait par le clergé et le peuple, reconnu par le roi, et confirmé par le métropolitain. La situation politique des évoques amena les Carolingiens à entraver déjà le choix; la plupart se contentaient d'une recommandation, mais Charles le Chauve nommait simplement les évoques ou envoyait un clerc de sa cour se faire sacrer par le métropolitain. On alla même plus loin dans le x^ et le xi® siècle; la dignité du sujet fut souvent peu considérée et on vit les membres des familles princières ou leurs favoris et même des enfants monter sur le siège épiscopal ^ Les princes donnaient anciennement rinvestlture avec le pouvoir temporel aux évêques, comme aux laïques; c'est-à-dire par la remise de Vépée^ du sceptre et de Vétendard; mais depuis le x® siècle ce fut par la crosse et Vanneau. Cette ancienne coutume ^, bien que tolérée et maintenue par le pape Jean X (921), entraîna dans la suite de graves inconvénients. En effet, l'élection ne signifiait presque plus rien, l'investiture devenait l'installation proprement dite, d'autant plus que la crosse et l'anneau, symboles de la puissance spirituelle, étaient donnés par le roi avec ces mots : Recevez cette Église. L'évéque faisait ensuite le serment féodal par lequel il acceptait les obligations du vasselage même pour la guerre, quand le seigneur le jugerait bon ; de plus cette installation donna souvent lieu à la simonie. Contre cela s'élevèrent les papes du xi® siècle, surtout Léon IX et Alexandre II *. Le même abus régnait dansl'installation des abbés : les princes nommaient souvent des laïques à cette dignité et donnaient ainsi les revenus des abbayes aux comtes et aux généraux qui demeuraient là avec toute leur famille non sans préjudice pour la vie claustrale.

1. Concile de Ravenne (877), can. 4-4. — Hefele, IV, 523.—- 2. Jaffé, 2« éd., n. 3564 : « Cum priaca consuetudo vigeatj qualiter nullus alicui clero episcopatum conferre deheat, nisi rex ». — 3. Concile de Reims (4040), can. 1-3; Hefelé, IV, 731. — Jaffé, n. 4001 : « Ne clericus ecclesiam a laico gratis^ velpretio accipiat ».

3° Charles-Martel avait octroyé beaucoup de bie|^s et de revenus ecclésiastique» à des laïques méritants. Carloman en 742 prescrivit de les restituer*. ;Bien que, peu après, ceci fût borné à la rente due^, les possessions ecclésiastiques en furent cependant considérablement accrues. Une autre spurce de revenus étaient les dîmes. Un synode tenu à Rouen, probablement sous les Carolingiens, blâmait ceux qui ne donnaient pas la dîme de leurs récoltes, de leurs boeufs, de leurs brebis et de leurs chèvres^. Charlemagne insista à diverses reprises sur cette obligation, à Francfort (794), à Aix-la-Cbapelle (801 et 803) ^. Il en était de même en Gaule, en Italie, en Espagne et bientôt dans TÉglise entière. Le synode de Pavie prescrivit de donner la dîme de tout : omnium rerum suarum decimationem ^.

Tandis que les possessions ecclésiastiques croissaient, l'évêque cherchait quelqu'un pour les défendre ; d'où la charge d'adi^ocatus ecclesiae ou défenseur des biens ecclésiastiques. Charlemagne et Lothaire 1" ordonnèrent que chaque église eût son avocat.

4® La science ecclésiastique, sans s'élever encore très haut, fit cependant à l'époque de Charlemagne de remarquables progrès : l'école du palais servait d'exemple aux autres^. En général, le clergé se forma dansles écoles des cathédrales et des monastères, qui, sur l'ordre de Charlemagne, devaient être ouvertes auprès de toute cathédrale et de toute abbaye'. Cette prescription fut exécutée comme l'atteste le grand nombre d'écoles qui surgirent alors. Les plus célèbres furent celles de Fulda, Saint-Gall, Reichenau, Utrecht, Tours, Liège, Reims, Hersfeld, Salzbourg, Bobbio, Mont-Cassin, etc. Les évéques organisèrent l'instruction primaire dans leurs

1. Concil. Germ., Pertz : Leges, 1, 16.— 2. /ôid., p. 48, 24. — 3. Hefele, ni, 96-97. — 4. Pertz, Leges, I, 36, 73, 88, i89. — 6. Pertz, ibid., 404. — 6. Paul Diacre, De episc. Met,, P, L„ CXXXII, 646. — 7. Instructio Pastor, de Neusching, Hefele, IV, 618. — L. Maître, Les écoles épiscopales et monastiques de l'Occident depuis Charlemagne jusqu'à Philippe-Auguste, Paris,

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