‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 106 sur 205 · LA LUTTE AU SUJET DU « FILIOQUE · texte numérisé non relu

LA LUTTE AU SUJET DU « FILIOQUE

couvent latin du mont des Oliviers et ajoutèrent le Fi^ lioque au symbole de la messe. Traités d'hérétiques par un moine de Saint- Sabas près de Jérusalem et même persécutés pjar les Orientaux, ils en appelèrent aux usages de l'Église latine. Ils écrivirent à Léon III, signalèrent la coutume de la chapelle impériale d'Aixla-Chapelle et prièrent le pape de faire examiner la question. Celui-ci demanda à Charlemagne de protéger les moines et ajouta la confession suivante : Credimus Spiritum a Pâtre et a Filio aequaliter procedentem ^ L'empereur commanda alors à Théodulphe, évêque d'Orléans, de composer un ouvrage sur le Saint- Esprit [De Spiritu Sancto)^ et rassembla en 809 un grand concile à Aix où la doctrine fut défendue avec insistance. Il ne ressort pas clairement si Ton décida d'insérer le Filioque au symbole de Nicée-Constantinople. En tout cas, Léon III au concile de Rome (810) loua hautement les Actes ^ mais il ne permit cependant pas de faire cette addition. '

Il donna comme raison que les Pères des conciles oecuméniques qui cependant confessaient certainement cette même foi, non seulement n'y avaient rien ajouté, mais même avaient défendu de le faire ; « No^um ultra symbolum a quoquam qualibet necessitate seu saWandi homines devotione condercy et in çeteribus tollendo^ addenda mutandove quidquam inserere ». Il n'est pas requis, disait le pape, de placer dans le symbole tout ce qui est nécessaire au salut ; on pouvait donc, pour prévenir toute contestation au sujet du Filioque^ éviter cette expression au symbole de la messe, puisqu^on ne remploie pas à Rome. Les Francs continuèrent cependant à chanter comme auparavant le symbole avec le Filioque, Léon III de son côté fit placer à Saint-Pierre deux plaques d'argent massif sur lesquelles il fit graver en grec et en latin le symbole de Nicée-Constantinople

1. Les lettres et le symbole de Léon in, P. L. CXXIX, 1257-1262. — 2. P. L., CV.

MANUEL d'histoire. — I. 21

sans Filioque. Cependant au xi® siècle, lorsqu'on n'eut plus à craindre l'opposition des Grecs, Benoît VIII (1012- 1024) fit insérer le Filioque dans le symbole.

S 72. — Ii'Adoptianisxne ^

1* L'adoptianisme distinguait le Verbe éternel du Père, qui est le Fils naturel de Dieu, et le Fils de Marie qui ne serait que le Fils adoptif de Dieu. Comme une seule et même personne ne peut pas être à la fois fils naturel et fils adoptif du même père, on devait admettre dans le Christ deux personnes. Sans vouloir aboutir explicitement à cette conséquence nécessaire, on parut cependant enseigner un nestorianisme déguisé^. Pour se tirer d'aifaircj les hérétiques attribuaient faussement la filiation à la nature et disaient : il y a dans le Christ deux natures, et par conséquent deux fils, un fils naturel et un fils adoptif.

2° Cette doctrine fut principalement enseignée et répandue par Ëlipand, archevêque de Tolède, et Félix évêque d'Urgel. On ne saurait dire qui des deux enseigna, le premier, l'hérésie.

Il est probable qu'Elipand tomba dans Terreur en combattant im certain Migétius qui professait, à la façon de Sabellius, une triple révélation de Dieu, du Père en Adam, du Fils dans le Christ, et du Saint-Esprit en saint Paul ^. L'erreur fut combattue d'abord par saint Beatus, abbé de Libana, et Eutherius d'Osma, que les adoptiens accablèrent de mépris et d'injures. Cependant elle se répandit et fut connue jusqu'à Rome. Le pape Adrien adressa en 785 une lettre pleine de fermeté aux évêques

1. Enhüber et FROBENIÜS, DissevCationes in Opera Alcuini, P. X., CI, 87-438. — Gams, Kirchengeschichte vonSpanieny II, % p. 261-298. — Schwane, Hist, des dogmes, t. IV, p. 358 ss. ^ Hefele, Hist. des Conciles, III, 642 ss.

— H. QciLLET, art. Adoptianisme au VIII* siècle^ dans le Dict. de Théol. cath. — TuRHEL, Histoire de la théol. pos.j 2« éd., Paris, 1904. — 2. P, L.,

»xcvi, 827, Epist. Elip. ad Albinum (Alcuijium). — Cf. Hefele, m, 644 ss.

— 3. Hefele, III, 129.

GOTTESCHA.LK ET Lk PRÉDESTINATION 363

d'Espagne*. Il est très invraisemblable qu'un concile de Narbonne ait condamné en 788 l'adoptianisme et que Félix d'Urgel ait fait sa soumission. Charlemagne réunit en 792 un concile à Ratisbonne. Il s'y rassembla des évéques germains et italiens, ainsi que Félix d'Urgel de la marche d'Espagne 2. Celui-ci abjura son erreur, fut envoyé à Rome où il abjura de nouveau sous serment. Retourné en Espagne, il retomba; sur ce, Alcuin lui écrivit une lettre {epistola exhortatoria) pour le décider à abandonner son hérésie. A Francfort en 794, l'adoptianisme fut de nouveau examiné et condamné. Alcuin écrivit contre cette fausse doctrine une série d'ouvrages ^. Au concile d'Aix-la-Chapelle en 799, Félix se soumit définitivement après avoir disputé avec Alcuin pendant six jours. AvecElipand, Terreur disparut^.

g 73. — Gotteschalk et la lutte au sujet de la prédestination^.

1** Gotteschalk, fils du comte Berno de Saxe, entra dès sa première jeunesse comme oblat au monastère de Fulda. Devenu homme, il voulut sortir et quitter un état qu'il n'avait pas choisi librement, ce que lui accorda le concile de Mayence en 829. Mais Raban Maur, le savant abbé de Fulda, s'y opposa, en appela à l'empereur et tâcha de prouver ® que quiconque est offert [oblatus] par ses parents à un couvent doit y persévérer même contre son gré. Gotteschalk ne recouvra donc pas sa liberté, mais fut transféré au monastère d'Orbais dans le diocèse de Soissons.

1. p. L., XCVI, 373 ss. — 2. Eginhard, Annales; Pertz, Script j I, 179. — 3. P. Lm ci, 232. — 4. Denzinger, éd. IX, p. 85 SS. — 5. Gaudard, Gottschalk, moine d*Orbais, ou le commencement de la controverse sur la prédestination au IX® siècle^ Paris, 1887. — Schwane, Hist, des dogmes, t. V, p. 149 ss. -— Harnack, Dogmengeschichte, 3« éd., III, 269 ss. — Hefele, Hist. des Conciles, rv, 130 ss. — Schors, Hinkmar von Reims, Frib.-en-Br., 1884. — TcRMEL, Hist. delà théol.posit., Paris, 1904. -- 6. De oblatione puerorum, P. L., CXXV, 419 SS.

Il y occupa ses loisirs à étudier saint Augustin et saint Fulgence, sans d'ailleurs les bien comprendre, car il arriva à la doctrine suivante : il y a une double prédestination, à la vie et à la mort, au bien et au mal. Celui qui est prédestiné à la mort ne peut pas se converti^ de l'erreur et du péché. Nul racheté ne peut se perdre. Les réprouvés ne sont pas rachetés et n'appartiennent pas à l'Église; pour eux les sacrements sont une vaine cérémonie. La doctrine qui affirme que Dieu veut sauver tous les hommes doit être restreinte aux seuls élus '.

2** En 847-848 Gotteschalk entreprit un pèlerinage à Rome et à son retour resta chez le comte Eberhard de Frioul. Là, il essaya de gagner à sa doctrine Noting, plus tard évêque de Brescia. Celui-ci cependant prévint Raban Maur, alors archevêque de Mayence, qui écrivit son livre Depraedestinatione ^, avec une préface adressée à Noting. Dans la suite Gotteschalk fut condamné aux conciles de Mayence (848) et de Quiercy (849) et, comme il refusait de se rétracter, fut enfermé dans un couvent. Hincmar de Reims, dans le diocèse duquel Gotteschalk était prisonnier, tâcha de réfuter la double prédestination dans son livre Ad reclusos et simplices^ , Cependant Gotteschalk s'opiniâtra dans son opinion jusqu'à sa mort (868).

3° A la suite de l'immixtion d'Hincmar en cette controverse, Ratramne de Corbie prit la plume et il y eut une lutte acharnée. D'un côté se trouvaient Hincmar de Reims, Raban Maur et Pardulus de Laon ; de l'autre, Ratramne, Prudence de Troyes et Loup de Ferrières. Nul ne défendait la doctrine de Gotteschalk; mais les derniers admettaient une rfowôfe prédestination, les premiers une seule. Hincmar consulta d'autres encore, en particulier Scot Érigène, qui écrivit son livre De praedestina" tione ^ où se trouvent maintes inexactitudes. Entre temps^

1. Mansi, XIV, 914. — 2. p. L., CXII, 1530 ss. — 3. Zeitschrift /". Kirchengesch.y X (1890), 258-390, donne la première édition de ce livre. — 4. P. L., CXXII,355 SS.

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