L'ERREUR DE BÉRBNGER DE TOURS
saires. On a longtemps discuté sur son orthodoxie. Gerbert, plus tard pape (Silvestre II), énuméra les différentes opinions qui furent soutenues dans cette lutte et indique également celle-ci : que le corps eucharistique du Christ est digéré comme les autres aliments [ster^ corianismus). Parmi les défenseurs de cette dernière opinion, on compta, à tort peut-être, Amalaire de Metz ^ .
S 75 . ~ L'erreur de Bérenger de Tours ^.
i'* Bérengrer, né à Tours, depuis 1031 chanoineécolâtre à Téglise Saint-Martin de cette ville, en 1040 archidiacre d'Angers, s'éleva contre la doctrine de Paschase Radbert et défendit Scot Érigène. Il nia ouvertement la présence réelle du Christ dans le saint Sacrement. Depuis 1046, selon Guitmond, sa doctrine était la suivante : Eucharistiam domini non esse ver e substantialiterque corpus et sanguinem Dominiy sed sala voce sic appellariy pro eo quod tamquam umbra et figura significatwa su corporis et sanguinis Domini^,
Bérenger a peut-être aussi enseigné quelque temps Vimpanationy mais cela n'est pas certain*. Le premier qui le réprimanda fut son ancien compagnon d'étude Adelman, écolâtre de Liège, plus tard évêque de Brescia^ (1046); un peu plus tard, Hugues, évêque de Langres^. Bérenger maintint opiniâtrement ses idées et écrivit contre Lanfranc du Bec ^. Il fut alors condamné
1. SiLVESTER, Libellus de corpore et sanguine Domini, CXXXIX, 1T7-188. — 2. F. Vernet, art. Bérenger de Tours, dans le Dict. de Théol. cath, — O. Delarc, Les origines de l'hérésie de Bérenger, Rev. des Quest. hist., t. XX (1876), p. Hö-i55. — P. Renâudin, L'hérésie antieucharistique de Bérenger, Univ, cath, de Lyon, t. XL (i902), p. 415-447. — J. Sghnitzer, Berengar von Tours, sein Leben und seine Lehre, Munich, 1890. — 3. De Corporis et sanguinis Christi veritate, etc., P, L,, CXLIX, 1430. — 4. Guitmond, L c, dit : Dicunt ibi corpus et sanguinem Domini rêvera sed latenter contineri, et ut sumi possint quodammodo, ut ita dicam, impanari. Et hane ipsius Berengarii subtiliorem esse sententiam aiunt, — 5. P. L., CXLin, 1289; la lettre est de Tannée 1048. — 6. Tractatus de corpore et sanguine Christi contra Berengarium, P, L., CXLII, 1325. — 7. Pervenit ad me, chez Mansi, XIX, 768.
au concile pascal de Rome en 1050 ^ Il fut tellement aigri de cette condamnation, qu'il protestait encore en 1073 de la façon la plus véhémente dans son livre De sacra coena^. En 1050, mandé au concile de Verceil, il fut gardé captif par le roi Henri II et sa doctrine fut condamnée. Le concile de Paris en 1051 le condamna de nouveau et le menaça même de mort. Il persista néanmoins à soutenir l'orthodoxie de sa doctrine.
2° Hildebrand vint en 1054 comme légat de Léon IX à Tours où Bérenger parut devant le concile, abjura son erreur et souscrivit cette proposition : Partis et nnum post consecrationem sunt corpus et sanguis Christi. Il ne persévéra pas dans cette soumission et, en 1059, traduit devant un concile romain, présidé par Nicolas II, il chercha adroitement à dissimuler sa doctrine. Mais on exigea qu'il consentît à abjurer son erreur et à brûler ses livres. Bérenger souscrivit de nouveau. Dans la formule rédigée par le cardinal Humbert, il jura d'admettre en particulier ceci : « Post consecrationem nonsolum sacramentum, sedetiam çerum corpus et sanguinem Domini Jesu Christi essCy et sensualiter non solum sacramento sed in i^eritate, manibus sacerdotum tractari et frangi et fidelium dentibus atteri^ ». Cependant Bérenger retomba bientôt dans son erreur, et il s'ensuivit une lutte terrible. Lanfranc^, Guitmond'* et Durand* combattirent l'hérétique, qui écrivit alors son livre De sacra coena et rétracta sa confession précédente (vers 1073). Plusieurs fois condamné et appelé de nouveau devant les évéques de Gaule, Bérenger en appela à Grégoire VIL
3° Le grand pape manda le vieillard octogénaire à Rome et le traita avec douceur, d'autant plus que Bérenger se plaignait de n'être plus en sûreté en France. Celui-ci souscrivit au concile de 1078 une formule com-
1. Lànfranc, De corpore et sanguine Domini adv, Bereng., P. L., CL, 407 ss. — 2. Ed. YiscHER, Berlin, i834. — 3. Larframc, op. cit., P. L., CL, 410 8., 445. — 4. P. L., CL, 407 SS. — 6. P. L., CXLIX, 1437 SS. — 6. P. L., CXLIX, 4374 SS.