‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 109 sur 205 · PAULICIENS ET BOGOMILES · texte numérisé non relu

PAULICIENS ET BOGOMILES

posée par lui-même et, dans le concile tenu au carême suivant, une formule qui lui fut imposée ^ . II lui fut moins dur de souscrire que de reconnaître avoir erré jusqu'alors au sujet de la sainte Eucharistie. Il se plaignit plus tard que le pape, quoique bien disposé en sa faveur, se fût laissé dominer par les évêques opposants. Il dut comparaître encore devant le concile de Bordeaux en 1080 et resta depuis lors orthodoxe. Retiré dans l'île Saint-Côme, près de Tours, il mourut pénitent, presque nonagénaire (1088). Quelques-uns de ses disciples continuèrent l'hérésie un certain temps, mais avec divergence d'opinions. L'erreur ne se répandit pas et disparut bientôt complètement.

S 76. — Pauliciens et Bogomiles ^.

1^ Les Pauliciens tirent leur origine de l'ancien manichéisme et se divisèrent peu à peu en différentes nouvelles sectes. D'anciens documents leur donnent comme fondateurs Jean et Paul, fils d'une femme manichéenne, Callinice. Vers 660, la secte reçut une nouvelle vigueur d'un certain Constantin de Mananalis, près de Samosate. Il avait l'apôtre saint Paul en haute estime, se nomma à cause de cela Sylvain, disciple de Paul et appela sa première communauté Macédoine. Les empereurs grecs eurent beau poursuivre les hérétiques, leur nombre s'accrut. Au ix® siècle, il y eut une nouvelle scission lorsque Sergius et Baanes et leurs disciples se combattirent (Baanistesei Sergiotes). Les premiers suivirent leur fondateur dans toutes sortes de désordres, tandis que les derniers se posèrent en réformateurs et voulurent épurer la secte, par leurs paroles et même par le glaive. L'em-

1. Denzinger, 9«éd., p. 104-105. — 2. J. Pargoire, UÈglise Byzantine de 527 à 847^ 2« éd., Paris, 1905, p. 284 — Euthymius Zigabenüs, Panoplia dogmatum, tit. 21-25, P. G., CXXX, 1189 ss. — Puonus, Contra Manichaeos {Paulicianos) libri IV, P. 6., cn, 9 ss. — Cf. Muséon, Revue des Religions, t. XIV (1897), p. 68 ss. — Louis Léger, Uhérésie des Bogomiles en Bosnie et en Bulgarie au moyen âge, flcu. des Quest hist,, 1870, t. YHJ, p. 479 ss.

pereur Léon V rArménien fit des édits très sévères contre les hérétiques qui s'enfuirent chez les Sarrasins et qui, unis aux Arabes, attaquèrent les Grecs. Ils subsistèrent pourtant dans l'empire jusqu'au xi^ siècle, alors qu'Alexis Comnène (1081-1118) les poursuivit de nouveau, tout en s'efforçant de les convertir. On n'est pas d'accord sur l'origine de leur nom. Quelques-uns le font dériver de leurs fondateurs; d'autres, de l'apôtre Paul.

2^* Le fondement de leur doctrine était un grossier dualisme : un Dieu suprême et un démiurge. Ce dernier forma la matière et pour cela était détesté. On glorifiait le premier péché comme une opposition au principe mauvais, et on méprisait l'Ancien Testament comme son • ouvrage. Selon eux, Marie ne serait pas mère de Dieu, car le Christ n'avait qu'une apparence de corps (docèie^). La secte n'avait pas de culte extérieur. La morale était fort corrompue, il se commettait dans leurs réunions les désordres les plus scandaleux.

3° Auprès d'eux apparurent au commencement du IX® siècle les Bogromiles ^ , ainsi nommés ou bien d'après ' leur prière Bog milui (Dieu, aie pitié) ou, selon d'autres, d'après leur pope et fondateur Bogumil (ami de Dieu). Originaires des Euchites^ ils étaient également parents des Manichéens. Ils cherchèrent surtout des adhérents parmi les peuples slaves. L'empereur Alexis Comnène fit brûler leur chef, le médecin Basile, au commencement du xii^ siècle, et la secte fut réprimée avec violence ^.

4° D'après ces hérétiques, Dieu eut deux fils : l'aîné était Satanaël qui gouverna le monde mais désobéit à son Père et fut chassé du ciel, avec ses adhérents; il forma alors un nouveau monde et, par jalousie, corrompit les hommes. En 5500 apparut le second fils de Dieu, nommé Michel ou Jésus-Christ. Celui-ci vainquit Sata-

1. Cf. F. Vernet, art. Bogomiles, dans le Dict. de Théol. cath. — 2. Va- CANDARD, Les Origines de l'hérésie albigeoise, Rev. des Quest. hist.y 1894, I, p. 50 8s.

naël, le fit Satan, retourna à la droite du Père et envoya le Saint-Esprit. Ce dernier habite dans les Bogomiles ; dans les autres hommes demeure Satan. On était reçu dans la secte par le baptême de l'Esprit, c'est-à-dire par l'imposition des mains et l'invocation du Saint-Esprit* Ils rejetaient tous les sacrements et toutes les prières, sauf le Pater ^ de même toute la Bible, sauf les Psaumes, les prophètes et l'évangile de saint Jean. Le mariage et l'usage de la viande étaient prohibés.

S 77. — Photius et la préparation au schisme d'Orient. VIII« concile oecuménique en 869 ^,

• 1° Les nombreuses hérésies des Grecs, les prétentions ambitieuses de beaucoup de patriarches de la nouvelle Rome, l'aversion réciproque entre grecs et latins, augmentée par la lutte au sujet des canons du concile quinisexte, du Filioque et du culte des images, tout cela avait fortement ébranlé l'union entre les deux Églises. Depuis le couronnement de Charlemagne, même depuis la fondation de l'État ecclésiastique, les empereurs grecs regardaient l'Occident comme séparé de l'Orient. L'aversion s'accrut constamment. Ainsi l'on arriva sous Photîus (ix* siècle) à un schisme passager et sous Michel Cérulaire (xi® siècle) à un schisme définitif.

2'* Après la mort du pieux patriarche saint Méthode ^ (842-846) , Saint Ig^nace ^ monta sur le siège de Byzance . Il était fils de l'empereur Michel ; il excella par sa sainteté et gouverna avec zèle le troupeau confié à ses soins 11 tâcha de diminuer les fautes de la cour, et excom-

1. HERGENRÖTHER, Photius, Patriavchvon ConstantinopeL Sein Leben, seine Schriften und dos griechische Schisma, 3 vol. Monumenta graeca ad Photium ejusque historiam pertinentia, Ratisbonne, 186''-1869. — Hew%LE,HisU des ConcileSjt. IV, 328 8S.,3e9s8.,333ss., 352ss., 384ss., 436 ss. — Bréhier, Le schisme oriental du XI" siècle^ Paris, 1899. — 2. Acta SS, Boll, t. in /un., 960 88. P. I/., C. — Cf. Pargoire, L'Église Byzantine, p. 271, 378 ss. — 3. Vita Ignatii, Acta SS. Boll., t. XOct., 167-205. — Cf. S. Vailhé, art. Constantinople {Eglise de), dans le Dict, de ThéoL cath., surtout col. 1355 ss.

munia le frère de l'impératrice Théodora,rimpie Bardas, qui vivait dans Tinceste. Ce dernier chercha à se venger, et jura la perte d'Ignace ainsi que de Théodora, qui le fatiguait de ses remontrances. Dans ce but, il demanda secours à Grégoire Asbestas, archevêque de Syracuse, qui poursuivait depuis longtemps S. Ignace de sa jalousie. Bardas s'efforça d'abord de faire passer le pouvoir aux mains du jeune fils de Théodora, Michel III (842-867) ; puis il circonvint l'empereur pour le décider, avec l'aide du patriarche, à reléguer dans un couvent sa mère et ses sœurs. Ignace refusa énergiquement de se prêter à une telle complicité. Alors il fut accusé de conspiration et, sur son refus d'abdiquer, fut exilé à Téçébinthe (857).

3"* A sa place fut imposé le savant, mais ambitieux et perfide laïque Photius, qui fut consacré par Grégoire Asbestas. Le nouveau patriarche dut en premier lieu justifier son intrusion et convoqua à cet effet un concile à Constantinople (859), qui sous son influence déposa Ignace comme conspirateur contre l'État, comme élu et consacré invalidement. Quoique l'accusation fût manifestement fausse, Photius envoya des légats à Rome pour agir sur Nicolas I*' et obtenir de lui sa confirmation * . Mais le pape blâma l'empereur et Photius, d'avoir méprisé les canons et d'avoir établi un laïc comme patriarche ^. Les deux légats du pape, qui allèrent à Constantinople examiner l'affaire en détail, furent gagnés au parti de Photius, par ruse, présents et menaces ; un concile de 318 évêques, sous la présidence des légats, déposa Ignace et reconnut Photius. Une lettre astucieuse et humble fut envoyée par ce dernier à Nicolas I" ^, qui était heureusement déjà prévenu par Ignace et dix métropolitains. Dans un concile romain (862), le pape protesta contre la déposition d'Ignace et l'exaltation de Photius^, ex-

1. Epist. I Photii, p. g., en, 586. — Cf. Duchesne, Églises séparées^ p. 218 ss. — 2. Jaffé, n. 268Î, 2683. — Pnonus avait agi contrairement au can. 10 de Sardique. — 3. EpisL H, P, G., Cil, 593. — 4. Jaffé, n. 2691,

communia ses propres légats et menaça Photius dans un concile suivant (863) de la même peine, si Ignace n'était pas rétablie On comprend aisément que les évêques étaient loin de conspirer tous avec Photius et son parti. Aussi un grand nombre d'entre eux, avec Métrophane de Smyrne à leur tête, condamnèrent bientôt leur faux patriarche, qui à son tour excommunia ses adversaires. Pour mener à bonne fin cette affaire épineuse, Nicolas P"" manda les deux partis à Rome^, mais reçut de l'empereur Michel une lettre injurieuse.

La tension s'accrut encore lorsque les Bulgares se rangèrent du côté du pape. Alors parut le fameux manifeste^ de Photius adressé à toute l'Église d'Orient. Il accablait l'Occident des accusations suivantes : les Latins jeûnent le samedi ; ils permettent le laitage diiïant la première semaine de carême ; ils méprisent les prêtres mariés ; ils ne permettent pas aux prêtres de donner la confirmation ; ils ont ajouté le Filioque dans le symbole ; ils offrent un agneau à Pâques ; leurs clercs ne portent pas la barbe; ils préparent le saint chrême avec de l'eau de rivière ; ils élèvent immédiatement à l'épiscopat des diacres, etc. La même lettre convoquait les évêques en concile à Constantinople (867) où Photius excommunia le pape.

Nicolas P' craignit les suites fâcheuses de cette lutte et demanda à Hincmar et à d'autres évêques du royaume franc leur avis au sujet des accusations des Grecs ^. Les réponses furent diverses. Deux livres nous sont restés : Liber adçersus Graecos^y de -^néas de Paris (•{- 870) et celui de Ratramne Contra Graecorum opposite romanam Ecclesiam infamantia *.

4° En 867 le protecteur de Photius, Michel III, fut détrôné et mis à mort par le Macédonien Basile P' (867-886). Cette révolution fut également fatale à Photius. Il fut chassé et remplacé par Ignace. Ce dernier, déposé par

1. Jaffé, n. 2736. — 2. Jaffé, n. 2796, 2797. — 3. Encyclica epist. ad arehiep. thronos per Orientem etc., P. G., Cil, 221 ss. — 4. Jaffé, n. 2879. — 6. P. L., CXXI, 225 S8. — 6. P.L., CXXI, 685 ss.

un concile, ne voulut pas remonter sur son siège, sans l'autorisation du pape. L'empereur résolut alors de convoquer un concile général et envoya des légats à Rome. Adrien II (867-872) y consentit et délégua trois représentants munis de pleins pouvoirs ^ et chargés de présider le VHP concile oecuménique, quatrième de Constantinople^ (869). Ce concile confirma la sentence des conciles généraux précédents, accepta les lettres du pape Adrien, déposa Photius qui s'opiniâtra et rétablit Ignace sur le siège patriarcal. L'unité fut ainsi obtenue, mais la jalousie et Taversion des Grecs pour l'Occident ne disparurent point. Cela se manifesta même durant le concile. Quand il fallut signer la formule de soumission au saintsiège, les évêques se plaignirent que leur Église était devenue esclave de TÉglise Romaine et ils supportèrent avec peine que la validité des actes fût rendue dépendante de la confirmation papale. A l'occasion du concile, les Bulgares furent rattachés au patriarcat de Constantinople* ce fut le plus grand obstacle à la paix. Le pape Jean VllI (872-882) en fut si mécontent qu'il menaça Ignace de déposition et d'excommunication ^, s'il ne rappelait pas de Bulgarie les prêtres grecs. La menace arriva après la mort d'Ignace ; Photius était remonté, pour la seconde fois, sur le siège de Gonstantinople (877).

5° Photius, quoique déposé et excommunié, avait toujours eu pour lui un fort parti ; au bout de quelque temps il sut même recouvrer la faveur de l'empereur, si bien qu'il fut chargé de l'éducation des princes. Il ne faut donc pas s'étonner si, à la mort d'Ignace, il devint à nouveau patriarche. Peu après arrivèrent à Gonstantinople les légats du pape avec les lettres pleines de menaces contre Ignace; ils refusèrent d'entrer en communion avec Photius. Celui-ci écrivit au pape et demanda à Jean VIII de ne pas s'opposer à son élévation. Le pape accepta de reconnaître le fait accompli, pourvu que

1. Jaffé, n. 2913, 2914. — 2. Actes chez Mànsi, XVI, 1 ss. — Cf. M. Jogie, art. Constantinople (/7« concile de) dans le DicL de Théol, cath. — 3. Jaffé, n. 3133-3135. - Cf. S. Vajlhé, art. Bulgarie, dans le Dict, de Théol, cath,

Photius confessât sa faute précédente dans un concile et rendît les Bulgares au patriarcat de Rome *. Photius faussa les conditions du pape, et y parvint, parce que le cardinal-légat Pierre ignorait le grec. Il tint un concile en 879, fit casser sa déposition, annuler tout ce qui s'était fait au VHP concile général, toutes les additions au symbole de Nicée-Constantinople et par suite condamner l'adjonction du Filioque,

Cependant les légats croyaient avoir obtenu beaucoup, quoique Photius eût poussé l'audace jusqu'à faire mettre son nom dans les acclamations avant celui du pape : « Photîo et Joanni multos annos! »

Jean VIII se montra d'abord très doux ^, car il ne connaissait pas la supercherie. Un peu plus tard il envoya comme légat l'évéque Marinus, qui fut gardé trente jours en prison et fut renvoyé sans avoir rien obtenu. Alors le pape condamna solennellement le patriarche en révolte, devant l'assemblée réunie dans l'église Saint-Pierre.

Photius se sentait cependant en sûreté sous la protection de l'empereur Basile qu'il accablait de flatteries. Il travailla à la conversion des Bulgares, des Chazares, des Arméniens et des Sarrasins. Basile mourut en 886 et eut pour successeur Léon VI (886-912). Celui-ci chassa définitivement Photius et le renferma dans un couvent où il mourut en 891.

6° La paix entre Photiens et Ignatiens ne fut pas rétablie pour cela, et pas davantage l'accord entre l'Orient et rOccident. De 905 à 912 dura la fatale lutte au sujet de la tétragramie ^, qui accrut les difficultés. L'empereur Léon Vï épousa successivement Théophano, Zoë, Eudokia et Zoë Carbonopsina. Cette dernière lui donna comme fils Constantin Porphyrogénète. Le patriarche Nicolas le Mystikos s'opposa, selon les prescriptions de TEglise grecque, au quatrième mariage et excommunia l'empereur. Nicolas fut déposé et remplacé par Eu-

1. J.VFFÉ, n. 3i71-3373. — 2. Jaffk, n. 3382-3323. — 3. A. Rambaud, Veinpire grec au A* siècle^ Constantin Porphyrogénète^ Paris, 4870. — J. Gay. L'Italie méridionale et Vempire Byzantin, 867-1071, Paris, 1904.

thyme. L'empereur s'adressa au pape Sergius II. Celui-cî déclara valide le mariage, puisqu'il n'était interdit par aucune loi générale de l'Église et que la dispense de la loi grecque paraissait opportune, étant donné que l'empereur n'avait pas eu de successeur de ses mariages précédents. A Constantinople cependant, l'irritation contre Rome s'accrut. Deux partis se formèrent, les Euthymiens et les Nicolaïtes, ces derniers étaient mécontents de la dispense donnée par Rome.

S 78. •— Consommation du schisme grec ^

i<* Après la deuxième déposition de Photius jusqu'au milieu duxi® siècle, il n'y eut entre l'Orient et l'Occident ni paix ni lutte ouverte. Si d'un côté les patriarches nouvellement élus envoyaient au pape de Rome leur confession de foi, lui demandaient conseil de temps en temps et citaient son nom au saint sacrifice de la messe, d'un autre côté l'aversion subsistait et fut souvent entretenue à dessein. Le patriarche Sisinnius II (f 999) et Sergius II (-j- 1019), son successeur, rééditèrent le manifeste de Photius contre les Latins et aigrirent ainsi de plus en plus les esprits des Grecs. Deux autres se montrèrent insolents à l'égard du saint-siège et en furent punis. Polyeucte (j- 970) érigea l'archevêché d'Otrante en métropole de cinq évèchés et interdit le rite latin dans la basse Italie, tandis que Eustathe (f 1025) tâchait d'obtenir à prix d'argent du pape Jean XIX le titre de patriarche œcuménique. Le refus de cette faveur blessa profondément l'orgueil grec.

1. Bréhier, Le schisme oriental du XI* siècle, Paris, 1899. — Dcchesme, Autonomies ecclésiastiques. Eglises séparées, 2« éd., Paris, 1905. — Hefele, Zur Gesch. der griechischen Kirche, Beitrâge I, 412 ss. — Hekgenröther, Photius, III, lao 88. ~ Acta SS. Boll., tom. I Aug. : De Patriarchis Constan" tinopolitanis. — yf, Norden, Das Papsttum undByzanz. Die Trennungder beiden Machte und das Problem ihrer IFiedervereinigung bis zum Untergange des byzantinischen Reichs (14Ö3), Berlin, 1903.

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