‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 110 sur 205 · CONSOMMATION DU SCHISME GREC · texte numérisé non relu

CONSOMMATION DU SCHISME GREC

2^ Sous le patriarche Michel Gérulaire (1043-1058), esprit borné et illettré, le schisme fut consommé. Il fit fermer en 1053 toutes les églises latines de Constantinople et expulser de leurs couvents les moines latins qui refusaient d'adopter le rite grec; le tout, accompagné d'un fanatisme brutal. Le Sacellaire Nicéphore alla si loin qu'il foula aux pieds les hosties consacrées des Latins, parce que, disait-il, étant de pain azyme, elles ne pouvaient être validement consacrées. En même temps Gérulaire fit adresser par l'archevêque des Bulgares, Léon d'Achrida, une lettre à Jean de Trani en Apulie, dans laquelle il reprochait aux Latins avec beaucoup d'aigreur, d'user pour la messe de pain azyme, déjeuner les samedis, de manger la chair et le sang d'animaux étouffés et de supprimer Y Alléluia pendant le carême ^. Le moine Nicetas désapprouva publiquement la loi du célibat ainsi que d'autres usages occidentaux. Le pape Léon IX (1049-1054) répondit amplement à Gérulaire et le blâma de son arrogante intolérance contre l'Église romaine ^. Probablement sur les instances de l'empereur Constantin IX qui désirait conserver la paix, Gérulaire écrivit au pape une lettre de réconciliation. Le pape envoya le cardinal Humbert, le chancelier Frédéric et l'archevêque Pierre d'Amalfi, comme légats à Gonstantinople ^. Le premier d'entre eux était mal vu des Grecs, car il avait réfuté les écrits du moine Nicétas, leur avait adressé des reproches, avait combattu leur pratique du célibat et avait taxé de macédonisme leur refus du Filioque ^.

L'orgueilleux Gérulaire ne voulut avoir aucun rapport avec les légats et frappa d'interdit les églises où ils disaient la messe. Le moine Nicétas, convaincu dans une discussion publique, se convertit. Voyant l'obstination de Gérulaire augmenter toujours, les légats déposèrent sur l'autel de Sainte-Sophie le 16 juillet 1054 l'excommuni-

1. p. L., CXLHI, 929-932. — Cf. S. Vailhé, ?. c, COl. 1360. — 2. JAFFÉ, n. 4302. — 3. JaffÉ, D. 4332, 4333. — 4. HerGenröther, PhotiuS^ IIJ, 742.

cation contre le patriarche, contre Léon d'Achrida, Nicéphore et leurs adhérents. Cérulaire demeura dans son endurcissement, malgré les efforts réitérés de Tempereur pour rétablir la paix.

3** Après le départ des légats, on réunit un concile dans lequel Cérulaire renouvela le manifeste de Photius et y ajouta encore d'autres griefs : les évêques occidentaux portent un anneau au doigt, ils vont à la guerre, ils se rasent la barbe ; les Latins confèrent le baptême par une seule immersion; ils mettent du sel sur la langue du baptisé ; ils ne vénèrent pas les images et les reliques ; ils ne considèrent pas comme saints les évêques Grégoire de Nazianze, Basile et Chrysostome et n'acceptent pas leur doctrine ; ils permettent à deux frères d'épouser les deux sœurs. Le patriarche Pierre d'Antioche s'efforça bien de faire entendre raison au borné Cérulaire, mais il ne réussit pas. Bientôt tous les patriarcats participèrent au schisme et restèrent séparés de Rome. La disgrâce même et la mort de Cérulaire, exilé par Isaac Comnène (1057fÔ59), ne changèrent rien à la situation (1059). Les papes et les empereurs d'Orient eurent beau faire des efforts pour rétablir l'union et la paix, les patriarches refusèrent tout rapprochement et restèrent séparés de Rome jusqu'au concile de Florence. Mais la réunion qui s'ensuivit fut elle-même de courte durée ^ .

1. F. X. Seppelt, Das Pap«t/um undhyzanz^ chez Sdralek, JCtrcAenöTicA. Ahh., t. II, Breslau, 1904.

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