‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 113 sur 205 · CHANT ECCLÉSIASTIQUE ET PRÉDICATION · texte numérisé non relu

CHANT ECCLÉSIASTIQUE ET PRÉDICATION

chant ; aussi arriva- t-il que, malgré Tefflorescence des écoles de chant établies à Fulda, Saint-Gall, Mayence, Trêves, Corbie, Reichenau, Hersfeld, etc., l'unité du chant liturgique fut bientôt troublée.

Pour combattre cette décadence complète, on régla souvent le chant d'après les livres-types de Rome et Ton chercha dans le même but à fixer par écrit les plus suaves mélodies. Hucbald de Saint-Amand {f 930) y contribua plus que d'autres, car il plaça pour la première fois les syllabes du texte entre sept lignes ou même plus, en haut et en bas, selon que le ton montait ou descendait; et avant les lignes, il mit un T (tonus) ou un S [semitonus). Cette invention fut perfectionnée, dans la première moitié du xi* siècle, par Guido d'Arezzo (f 1050) qui écrivit les neumes mêmes entre et sur des lignes. A partir de ce moment, la musique entra dans une ère nouvelle, surtout lorsque le prêtre Franco de Cologne eut imaginé des signes pour la durée des sons {figura) et des mesures (mensura) pour la musique ; de telle sorte que dès lors le plain-chant fut distingué du chant figuré (xiii® siècle).

2° Les org'ues furent employées dans la liturgie pour la première fois au vu® siècle. Pépin le Bref en reçut un de Constantin V (Copronyme) et le plaça à Compiègne; Charlemagne en fit construire un autre à Aix-la-Chapelle. Bientôt les facteurs d'orgues allemands furent en grand renom, si bien que le pape Jean VIII (872- 882) en demanda un à l'évêque Annon de Frisingue. D'abord très simple, la structure des orgues se perfectionna rapidement. Au x^ siècle, chaque cathédrale et chaque église abbatiale avait des orgues.

3^ Plus encore que le chant, la prédication ^ occupait une place importante dans les offices religieux. C'est une erreur de croire que la prédication ne se faisait qu'en latin : saint Éloi, saint Boniface et les autres missionnaires prêchaient en langue vulgaire, quoique la

^. Lecoy de la Màrgue, La Chaire franc, au moyen âge^ Paris^ 1875.

plupart des recueils d'homélies fussent rédigés seulement en latin. La cause de ceci était que, dans le principe, le latin était la seule, ou du moins la plus usitée des langues écrites. Les synodes de Reims, de Mayence et de Tours (813) prescrivirent de prêcher dans la langue vulgaire de Gaule et de Germanie [lingua rustica romanay lingua rustica theotisca), Raban Maur prescrivit la même chose en 847. On inculqua sans cesse le devoir de la prédication; elle avait lieu par conséquent dans la plupart des églises et d'une manière régulière ; peu à peu apparurent quelques recueils d'homélies ordinairement tirées des Pères ; les plus usités furent ceux du Vénérable Bède^ et de Paul Warnefried^. Ce dernier fut rédigé sur l'ordre de Charlemagne. La prédication catéchistique traitait du symbole, du Pater des péchés capitaux et des vertus. Parmi les prédicateurs les plus renommés, on cite : Garibald de Liège, Bernold de Strasbourg, Raban Maur, Aimon d'Halberstadt, dans le IX® siècle ; Salomon de Constance et Wolfgang de Ratisbonne dans le x® siècle.

S 81. — Pénitence et sanctions ecclésiastiques ^.

1^ La pénitence publique subsistait encore à cette époque, mais la pratique en fut adoucie de telle sorte que seuls les péchés publics furent expiés publiquement. Jusqu'alors, la pénitence dépendait ordinairement de la libre acceptation du coupable ; dorénavant elle dépendit de la nature du péché ; si le pécheur, après avoir donné un scandale public, refusait la pénitence, il était livré au

1. p. L., XCIV. — 2. p. L., XCY. 3. — Wasserschleben, Die Bussordnungen der abendlândischen Kirche, 2« éd., Halle, 1868. — H. J. Schmitz, Die Bussbûcher und die Bussdisciplin der Kirche^ Mayence, 1883 ;— jDtc Bvasbû cher und das kanonische Bussverfahren^ Dùsseldorf, 1898. — Hinschics, Kirchenrecht^ V, 19-32. — Duchesne, Origines du culte chrétien, 3* éd., Paris, 1903. — Turmel, Histoire de la théologie positive^ 2« éd., Paris, 1904. — • D. Cabrol, Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de liturgie^ 1. 1> Paris, 1907,

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