‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 115 sur 205 · INFLUENCE DE L'ÉGLISE SUR LA VIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L'ÉGLISE SUR LA VIE RELIGIEUSE

Occident était peu satisfaisante : une partie n'était pas encore entièrement convertie et l'autre se ressentait toujours de la décadence de l'empire romain et des suites désastreuses des invasions barbares. Malgré le travail pénible et les efforts continus de l'Église, il devait s'écouler encore bien du temps avant que l'antique corruption et les mœurs païennes eussent entièrement disparu.

2** La superstition dominait encore avec force, ainsi qu'on le constate par YIndiculus superstitionum ^ de saint Boniface. On prenait des repas et on offrait des sacrifices [dadsisas] sur les tombeaux, parfois même avec la participation des prêtres. Le peuple était fort attaché aux festa spurcalia de février, dans lesquelles on offrait des porcs en sacrifice, en l'honneur du soleil levant. On portait des phylactères et des amulettes de bois, de métal ou de parchemin, contre la magie et la maladie, ou encore des ligatures faites d'étoffe ou d'herbes, contre les blessures. On tirait fréquemment des présages en jetant des bâtonnets; ou encore d'après Téternuement, le hennissement des chevaux, le vol des oiseaux, etc. On employait aussi les Sortes sanctorum se. Bibliorum^ en ouvrant la Bible et regardant comme prophétique le premier passage. Saint Boniface et le pape Grégoire III 2 interdirent ces superstitions ainsi que beaucoup d'autres; les synodes français et allemands s'y opposèrent sans cesse, et parvinrent à déraciner peu à peu les superstitions païennes.

3° Un autre abus, c'était le Jugement de Dieu (o/-dalié) ^ considéré comme preuve d'innocence ou de culpabilité, et tirant origine du paganisme. Il était impossible de s'opposer à cet usage invétéré; quoique de loin en loin une voix s'élevât contre les ordalies, elles subsistaient toujours et peu à peu furent organisées sous la surveil-

1. Hefele, III, 506 ss. — G. KuRTH, S. Boniface, p. 96. — 2. Japfé, n. 4246. — 3. Patetta, Le Ordalie, Studio di storia del diritto et di scienza del diritto comparato, Turin, 1890.— Vacakdard, L'Église et les ordalies. Études de critique et d*hist. relig., Paria, 1905. — De Smedt, Les erigines du duel judiciaire. Congrès scient, intern, des Cath,, Bruxelles, 1896; cf. Études, 4891.

lance du clergé ; quelques synodes même les prescrivirent ^ En France et en Allemagne, il y eut certaines formules^ propres à la solennité de ce Jugement de Dieu, qui parfois devait avoir lieu à Téglise. Tout cela semble étrange aujourd'hui, mais on put ainsi prévenir beaucoup de malheurs. Les épreuves judiciaires étaient fort variées : le duel, qui a malheureusement subsisté jusqu'à nos jours ; la croix, qui consistait à faire prier les bras en croix, on tenait pour coupable celui qui était fatigué le premier; le feu^ qui obligeait le prévenu à marcher sans se brûler sur des charbons ardents en preuve de son innocence ; r^aw chaude^ supplice analogue; ou bien on tirait au soî% ou encore il fallait recevoir la sainte Eucharistie^ etc. Le siège apostolique voyait avec défaveur les ordalies et les rejeta chaque fois que l'occasion s'en présentait ; néanmoins elles se prolongèrent, dans une mesure plus restreinte, jusqu'à ce qu'Innocent III (1198-1216) y eût mis fin par une défense formelle.

4o Encore plus funestes étaient les conséquences du cruel droit du plus fort; comme l'administration delà justice était très défectueuse, surtout au x© siècle, chacun continuait à défendre ses droits par la force ; malgré la constante opposition de l'Église. En 1034, les synodes français interdirent de nouveau le droit du plus fort, mais ce fut en vain. L'Église alors s'efiforça de le limiter autant que' possible et de le détruire en partie, par l'institution de la Trêve de Dieu [Treuga Dei^). Les premiers synodes se réunirent dans ce but en 1040 ; le premier jugement à ce sujet date de l'an 1041 et prescrivit ce qui suit : « Recevez et conservez la Treize de Dieu»,» que, du mercredi soir jusqu'au lever du soleil le lundi, règne une paix inaltérable entre tous les chrétiens, amis et ennemis, voisins et étrangers... Que celui qui s'y

l.Neusching(771), can. 3-3; Francfort (794), can. 9; Salzbourg (800), cao. 15; Worms (868), can. iO. — 2. Pez, Thés» AnecdoL, II, 2. — Mansi, XVUI, 353 s. -- Agobard de Lyon a attaqué cet usage dans son traité De divinii sententiis, comme contraire à la doctrine du Christ, cf. P. L., CIV, liS, 354, cap. 6. — 3. C. F. KÜSTER, De treuga et pace Dei, Der Gottesfrieden» Rechtsgesch. Studie^ Cologne, 1902.

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