INFLUENCE DE L'ÉGLISE SUR LA VIE RELIGIEUSE
refuse soit anathème, maudit, et détesté pendant Téterftité; qu'il soit damné avec Dathan, Abiron et Judas M » Ceci fut confirmé par le synode de Montrioud (1041) et par le duc Guillaume de Normandie (1042) qui étendit ce temps et prescrivit la Trêve de Dieu depuis TAvent jusqu'à l'octave de l'Epiphanie, depuis le commencement du carême jusqu'à l'octave de Pâques, depuis le premier jour des Rogations jusqu'à l'octave de la Pentecôte. Henri IV introduisit en Allemagne la Trêve de Dieu qui fut confirmée par les papes, en premier lieu par Urbain II au célèbre concile de Clermont^ (1095).
5*^ Le IX® et le x* siècle ne maintinrent pas la discipline; plus d'un évêque se conduisait d'une manière frivole, mondaine et relâchée, ce qui entraînait le clergé à l'ignorance et au peu d'estime du célibat. Le vice qu'on appelait l'hérésie des Nicolaïtes était très répandu en Lombardie et passait même pour un privilège de l'Église ambrosienne. Néanmoins ceux qui combattaient cet état de corruption l'ont souvent dépeint sous des couleurs trop fortes : nommons ici les principaux : Rathier de Vérone^, Atton de Verceil^, saint Pierre Damien^; en Angleterre, saint Dunstan de Cantorbéry^. Les synodes cherchèrent aussi à améliorer cette situation, celui de Worms (868), de Mayence (888), de Troslé (909), d'Augsbourg (952), de Poitiers (1000).
6** Un autre mal funeste de cette époque et non moins combattu fut la simonie : contre cet abus et contre beaucoup d'autres se forma à Milan un parti populaire sous le nom de Pataria"^, dirigé parles prêtres Anselme, Landolphe, Ariald et plus tard par le chevalier Herlembald. Le mouvement commença lorsque Guido, archevêque de Milan, fut condamné à Rome pour simonie ; il s'étendit en Lombardie, combattit pour la bonne
1. Maksi, XIX, S93 ss. — 2 Jaffé, I, 681. — 3. P. L., CXXXVI : De contemptu canohum; Discordia inter ipsum et clericos; Apologia; Epistolae; Itinerarium. — 4. P. L., CXXXIV : De pressuris Ecclesiae. — 5. P. L., CXLV : De coelibatu; Contra intempérantes clericos; De dignitate sacerdotii; Liber Gomorrhianus. —6. P. L., C XXXVII. — 7. Pellegrini, Fonti e memorie storiche di S, Arialdo, Milan, 1902.
cause, mais dut reculer devant la résistance de la noblesse, l'hostilité du clergé et l'opposition de Henri IV. Dieu n'abandonne pas son Église : car précisément à cette époque de décadence brillèrent des hommes vraiment illustres : Alfred le Grand, roi d'Angleterre (-j- 901), Conrad de Constance (f 954), Bruno de Cologne (965), Othon le Grand (f 973), Ulrich d'Augsbourg (973), Wolfgang de Ratisbonne (994), Willigis de Mayence (1101), Bernward de Hildesheim (f 1022), Henri H le Saint (f 1024), Godard de Hildesheim (f 1075), Annon de Cologne {f 1075), etc., etc.
1° Comme précédemment, la bienfaisance ^ de l'Église était très grande, quoique dans ces temps de violence et de pillage, rien ne pût empêcher un bon nombre d'établissements charitables de disparaître; par contre, beaucoup d'autres surgirent : saint Bernard de Menthon (-f- 1008) fonda, vers 970, les hospices du Grand et du Petit-St-Bernard. En Angleterre où florissait le soin des pauvres, Lanfranc bâtit un grand hôpital à Cantorbéry ; Grégoire VI fit de même à Rome (1045) ; le célèbre hôpital d'Arbois fut fondé vers 1056. Dans les villes épiscopales s'élevaient sans cesse de nouveaux hospices. Toutes les maisons de la congrégation du Bec et de celle de Cluny étaient renommées pour leur bien* faisance, en raison de laquelle les évêques les favorisèrent puissamment. Il faut ajouter à ces religieux d'une charité eminente : Bardo de Mayence, Megingoz d'Eichstâtt, Bruno de Metz et beaucoup d'autres. Les conciles ne cessèrent de protéger les pauvres, par exemple celui d'Aschaim en Bavière dans les canons 10, il, et 15 ; celui de Clovesho en Angleterre (747) en termes remarquables (canons 26 et 27). Les Capitula de Ratisbonne (ix® s.) prescrivirent de distribuer quatre fois l'an des aumônes publiques (can. 10) ; de même les synodes de Riesbach et de Frisingue (can. 4). Ces prescriptions montrent la sollicitude de l'Église pour ses pau-
1 Làllemand, HisL de la Charitéi t. IMII, Paris, 1904-1906.
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vres^ La quarta pars pauperum fut recommandée instamment : au synode de Paris (829), canon 31 ; à celui deMayence (847), can. 10. Sous peine de châtiment, le clergé devait distribuer aux pauvres le superflu de ses revenus^. Des distributions se faisaient régulièrement aux enterrements et aux services funèbres.
8** Un signe caractéristique du temps était l'attitude des chrétiens vis-à-vis des Juifs; ceux-ci, par leur savoir et leur habileté, souvent aussi par Tastuce et la fraude, arrivèrent à une grande influence même à la cour de Louis le Débonnaire. Un de leurs principaux adversaires fut saint Agobard de Lyon qui écrivit un livre De insolentia Judaeorum et une lettre De Judaicis superstitionibus^ adressée à Louis le Débonnaire. Il renouvelait à ce sujet les anciens canons relatifs aux rapports des chrétiens avec les Juifs : ni achat, ni vente, ni emploi de serviteurs chrétiens -*. Les Misai dominici prêtaient bien Toreille aux plaintes des Juifs ; mais les lois civiles et ecclésiastiques furent renouvelées contre eux à plusieurs reprises.* Saint Pierre Damien (xi« s.) écrivit un livre Contra Judaeoa et un Dialogua inter Judaeum et ChrUtianum^ . En Espagne, les Juifs devaient payer les dîmes des biens achetés, néanmoins ils restèrent puissants et surent pénétrer partout; on se servait d'eux comme médecins dans la plupart des cours souveraines.
$ 85. — Les Ordres Religieux \ 1<> L'ordre des Bénédictins s'étendit très rapidement ;
1. Hepele, IV, H, 13, 16, 26, 64, 65, 514. — 2. BuRCHABD, Décret, lih,, 19, cap. 416. — P. L., CXL, 1006. — 3. P. L., CIV, 69 88. et 78 ss. — 4. De cavendu convictM et societatê judaica, P, L., CIV, 107 ss. — Fr. Wiegand, Agobard von Lyon und die Judenfrage^ Leipzig, 1901. — J.-B. Martin art. Agobard, daos le Dic^ de ThéoLcath. -—5. Hefele, III etIV,paMtm. — 6. P. L., CXLV, 41-68. — 7. H. Heltot , Histoire des ordres monastiques etc., 8 vol., Paris, 1714-1719. — Heiiibuchbr, Die Orden und Kon- ■gregationen der katholischen Kirche, t. MI, «• éd., Paderborn, 1907. -- «»ÛCKERT, Anianc und Gciionc. Diplomatisch-kritische Untersuchungen zur Ceschichte der Reformen des Benedictinerordens im 9 und iO Jahrhundert^
MANUEL d'histoire. — I. 23
le Mont-Cassin, dévasté en 580, reprit une nouvelle splendeur; beaucoup d'autres abbayes célèbres exercèrent une bienfaisante influence ^ . Des monastères anglais sortirent les Apôtres qui convertirent les Pays-Bas, TAUemagne et une partie de la France. Le célèbre abbé et évéque Pirminus fonda au viii® siècle (720-750) une congrégation de bénédictins réformés à laquelle appartenaient les abbayes de Reichenau, Dissentis, Pfâfers, Murbach, Hornbach, etc. Un bien immense s'opérait en Allemagne par les célèbres abbayes de Fulda, Prüm, Fritzlar, Hirschfeld, etc. Là florissaient Tapostolat, l'éducation du clergé, la science et Tagriculture ; cependant il y eut çà et là, surtout en Occident, quelque relâchement. Sous Charlemagne, parut en Aquitaine le réformateur S. Benoît d'Aniane (750-821). Louis le Débonnaire soutint cette entreprise salutaire et le nomma Visiteur de toutes les abbayes du royaume ; un synode réformateur se tint en 817 à Aix-la-Chapelle et, aussitôt après, S. Benoît visita les monastères ^.
A la fin du ix^ siècle et au commencement du x^, on trouve encore dans les couvents les abbés laïques (Ab^ batO'Comites) qui les ruinaient et rendaient impossible la discipline régulière. Le synode de Troslé (900) s'en plaint amèrement : « beaucoup de cloîtres sont dévastés et ceux qui subsistent encore n'ont plus de discipline ; ils vivent sous l'autorité étrangère et n'ont pas de supérieur régulier. Les laïques gouvernent comme abbés et logent dans le monastère avec femmes, enfants, soldats et chiens. Les mœurs sont corrompues, la clôture a dis-
Leipzig, 1899. — Hefele, IV, 19 ss. — BIumer, Die Cluniacenser im iO, U und i2 Jahrhunderty HisL polit» Blàtter^ t. CHI (1889). — Sackür, Die Cluniacenser in ihrer kirchlichen und allgemein geschichtlichen Wirksamkeit bis zum Mitie des ii Jahrhnnderts, 2 vol., Halle, 1891-1894. — Vita S. Romualdi, P. L., CXLIV, 953 ss. ; Vita S. Joan. Gualberti, P. L., CXLVI, 228 SS. — MoNTALEMBERT, Les moînes d'Occident^ 7 vol., Paris, 1800-18T7. — 1. D. Besse, Les moines de Vancienne France, Période gallo-romaine et mérovingienne, Paris, 1906. — 2. P. L., CIII, 353-384. — IIàksi, XIV, 3*1 ss., 393 ss. — Hefele, IV, 24 ss. -^ DoM Besse, art. Benoit d'Aniane, dans le Dict. de Théol. eath. — Pàulimibr, S. Benoit d'Aniane et la fondation dm monastère de ce nom, Montpellier, 1671.
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paru. Il faut donc instituer des abbés et des abbesses appartenant à TOrdre ; expulser les laïques ; introduire et maintenir la discipline régidière; empêcher le luxe et le vagabondage des moines ^ »
2^ La réforme tant désirée vint de Tabbaye de Gluny en Bourgogne ^; fondée en 910 par le pieux comte Guillaume d'Aquitaine, elle devint le centre de la célèbre congrégation bénédictine du même nom. Le premier abbé S. Bemon (-j- 928) vit la réforme introduite dans sept monastères. Après lui, une suite d'abbés illustres continuèrent Toeuvre commencée : S. Odon (+942), S, Aymard (948), S. Maïeul (f 994), S. OdUon (t 1048). Ce dernier réforma même les couvents de Pologne et d'Espagne. La congrégation atteignit jusqu'à 2.000 couvents ; la règle de S. Benoît y était strictement observée, le silence gardé si exactement, qu'on communiquait par signes. Bien que les monastères réformés ne dépendissent pas de Cluny, cependant beaucoup d'entre eux, reconnaissant l'autorité de la maison-mère, étaient gouvernés par des vice-abbés. Sur le modèle de Cluny, se formèrent plusieurs congrégations : celle de la Caça en Italie (980), delà Chaise-Dieu (1046), d'Hirshau (1071), de Sasso-Vigno (1085), de Sauve-Majour (1098), etc.
3^ La réforme bénédictine dite des Gamaldules ^ eut pour père saint Romuald. Celui-ci de race ducale, séduit dans sa jeunesse par le monde, ne tarda pas à se retirer dans un clottre ; il prêcha quelques missions en Italie, en Catalogne et en Hongrie ; ses paroles et son exemple furent irrésistibles, aucun pécheur ne pouvait se soustraire à son influence. En 982, le saint fonda des couvents en Istrie et se fixa ensuite dans le pittoresque et montagneux pays d'Arezzo, en un lieu nommé Campus Maldoli (Camaldoli) probablement du nom d'un géné-
1, Hefele, IV, 574-573. — 2. Anliquiores consuetudinescluniacênsia monasteriijSpicil. d*Achert, I, t41. — 3. s. Pierre Dàmien, Vita S. Romualdi, P, L., CXLIV,9538S. — A. FLORENTiNif Hist. camald., a vol., Florence, 1S75. — s. BUttarelli, Annales camald., etc., 9 fol.t Venise, 1755-1772. — J. Behse, art. CamalduleSf dans le Dict, de Théol. cath.
peux donateur. Il bâtit un monastère de 30 cellules, entouré d'un mur circulaire; les ermites qui vivaient là avec lui dans une grande austérité portaient un habit blanc. Un peu plus tard, le saint érigea une seconde maison à Val de Castro près de Camerino et y rassembla des cénobites ; ainsi se forma la Congrégation des Camaldules, composée d'ermites et de cénobites, qui fut pour l'Italie ce que Cluny était pour la France K
4** Peu après, saint Jean Gualbert fonda la congrégation bénédictine dite de Yallombreuse. Ce saint, engagé d'abord dans l'état militaire à Florence, fut, en récompense de son miséricordieux pardon, appelé à une perfection plus haute et entra au couvent de San Miniato. Plus tard, il visita saint Romuald et fonda un monastère à Yallombreuse, qui fut la maison-mère de la congrégation. Après avoir vécu comme ermites, les moines se réunirent en communauté; ils portaient un habit griscendré et observaient dans toute sa rigueur la règle de saint Benoît.
5^ Aussi bien en Orient qu'en Occident, le nombre des moines prêtres était fort restreint * ; c'est pourquoi, sans distinction, on les nommsii f ratr es. Quand le nombre des prêtres augmenta, le travail manuel, quoique maintenu selon les prescriptions de saint Benoit, devint peu à peu le partage des llrères laïcs; tandis que les religieux prêtres s'adonnaient à la prière liturgique, à la science et à l'enseignement.
C'est dans le cloître de Yallombreuse que parurent pour la première fois les llrères convers; ils émettaient les vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et stabilité, sans compter, à proprement parler, parmi les moines. Ils portaient un habit différent de celui des religieux, le silence et la clôture n'étaient pas pour eux d'obligation. Cette institution passa bientôt dans d'autres ordres et congrégations. En quelques couvents bénédictins, le
1. Reg, Camuld.^ Holstein, Cod, reg. Monast,, II, 194 S8. — 2. Doh
Besbk, Les moines dVrient^ Paris, 1900, p. 411 ss.
personnel se divisait, dès le x® siècle, en trois catégories tranchées : prêtres^ frères convers et frères ser^ants^ ces derniers ordinairement en habit séculier; il en était ainsi à Hirshau. Dans beaucoup de couvents, il y avait encore les oblats, placés par leur. famille dans le monastère et qui devaient ne plus en sortir.
&" Suivant une ordonnance du concile de Chalcédoîne (451) les moines étaient sous la juridiction de Févêque qui devait les visiter. Cependant quelques couvents obtinrent l'exemption^ de la juridiction episcopale^, et même le saint-siège prit alors sous sa juridiction immédiate des Congrégations entières ; ce privilège se généralisa lorsqu'on 949 Cluny obtint l'exemption et donna ainsi l'exemple aux nombreuses maisons de son ordre. Assez souvent les évéques défendirent avec vigueur leurs prétendus droits et s'opposèrent à Rome et aux abbayes ; mais les papes persévérèrent dans leur manière d'agir. Saint Odilon de Cluny lutta contre Tévêque de Mâcon (1025) ; l'abbé Foulques de Corbie, contre l'évêque d'Amiens, au synode de Reims (1049), puis en 1051; l'abbé de Reichenau, contre l'évêque de Constance; Foulques de Corbie, contre Guy d'Amiens (1065) ; dans tous ces cas, le pape décida en faveur des abbés. L'exemption de Saint-Denis fut confirmée à Rome^ (1065).
1. A Bluhenstock , Der pâpstliche Schutz im Mittelalter^ Inspruck, 1890. — 2. Ainsi le monastère de Bobbio en 628. — 3. Hefele, IV, 680, 733, 737, 7ö2Sm8»Ö»8"ï2-