CHAPITRE V
LA SCIENCE ECCLESIASTIQUE ET l'aRT CHRETIEN.
§ 86. — La soianoe ecolésiastiqua K
1^ Vue d'ensemble pour r Occident,
La science ecclésiastique ne brille pas d'un grand éclat durant cette période. Le temps des illustres Pères de FÉglise est passé, la floraison de la scolastique est encore dans un lointain avenir. La haute spéculation cède généralement le pas à la pratique. De nombreuses compilations paraissent, dans lesquelles on met à profit les riches matériaux légués par les Pères : livres pénitentiaux, commentaires ou gloses d'anciens traités théologiques, recueils d'homélies, formulaires et rituels.
Cependant, grâce à la cour franque, la science ecclésiastique reprit bientôt tm nouvel essor et, longtemps après, fit encore sentir son heureuse influence, surtout dans les nombreuses écoles. Celles-ci furent établies d'abord grâce au zèle des moines, puis par les
1. KRUMDACHERf Geschichtc der Byzantinischen Litteratur, 2« éd., Monich, 1897. — Roger, Lenseignement dei lettres clasiiques d^Ausone à Alcuin, Paris, 4905. — Baumgartner, S. J., Die lateinische und griechische Litteratur der christlichen Vôlker, i« éd., Frib.-en-Br., 1900. — Specht, Gesch. des Unterrichtswesens in Deutschland von den altesten Zeiten bis zur Mitte des i3 Jahrh., Stuttgart, 1885. — Maître, Les écoles épiscopales et monastiques de l'Occident depuis Charlemagne jusqu'à Philippe- Auguste^ Paris, 1866. — ScnwAi«E, Dogmengeschichte der mittleren Zeit, Frib.-en-Br., 1882. — Harnack, Dogmengeschichte, 3« éd., III, 251 ss. — H. Hurter, Nomenclator Litterarius, Pars I (1-1109), Inspruck, 1903.
évêques, puissamment soutenus dans cette œuvre par Charlemagne, et après lui par Louis le Débonnaire, Lothaire P% Charles le Chauve, etc. Ainsi même au x® siècle l'Eglise a su conserver sa science. Quant à la renaissance du XI® siècle, Otton le Grand et ses successeurs y ont contribué pour une bonne part.
La Gaule ne resta pas en arrière de la Germanie dans ce mouvement scientifique; de nombreuses et célèbres écoles y florissaient. En Angleterre l'influence de Théodore de Cantorbéry et de Tabbé Adrien se faisait encore sentir. Mais l'honneur de renouveler les études revient à peu près exclusivement au roi Alfred le Grand (f 901) ; il appela des savants dans ses États, mit personnellement la main à l'œuvre, traduisit en anglo-saxon des ouvrages remarquables et composa lui-même des écrits. En Italie, les études avaient à la fin du ix® siècle une teinte plutôt païenne que chrétienne : les classiques y étaient en honneur, tandis que les Pères restaient à Tarrière-plan. La situation changea au xi® siècle, quand saint Pierre Damien et le cardinal Humbert imprimèrent une orientation nouvelle. L'Espagne, gémissant en grande partie sous le joug des Arabes, vit les études chrétiennes languir, tandis que celles des oppresseurs atteignaient tout leur éclat.
La civilisation et la science ecclésiastique de cette période sont dues aux nombreuses écoles des égalises cathédrales et surtout aux moines. Tandis que les fils des grands de l'empire et les futurs dignitaires recevaient l'instruction à l'école du palais de Charlemagne et de ses successeurs, les clercs faisaient surtout leurs études dans les écoles de monastères. Il a été déjà parlé des matières enseignées dans ces différents établissements ^ . Un des plus anciens centres d'études de l'Allemagne fut l'école du monastère de Fulda dans la Hesse (744), elle commença à prospérer sous l'abbé Eigil et le célèbre docteur Raban Maur (817) et main-