LA FONDATION DE L'ÉGLISE
dépensèrent toutes leurs forces à la prédication de TÉvangile et à l'expansion du culte de Dieu.
3 Durant les premiers temps, le garand Conseil des Juifs avait laissé faire les disciples. Mais cela ne pouvait durer longtemps. Jésus Pavait prédit : « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi*, td Après la guérison du boiteux à la porte du temple, comme Pierre prêchait Jésus le Saint, le Juste, le Prince de la vie, et reprochait aux Juifs le crime affreux de l'avoir crucifié, il fut traduit avec Jean devant le grand Conseil et reçut l'ordre de ne plus prêcher*. Peu après tous les Apôtres furent jetés en prison : ils furent délivrés pendant la nuit par un ange et dès le lendemain matin ils enseignaient de nouveau dans le temple. Devant le grand Conseil, Pierre au nom de tous déclara qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Gamaliel les sauva de la mort», mais ils subirent le supplice de la flagellation ; ils le supportèrent avec joie, heureux d'être jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus ^.
Le diacre Etienne convertit probablement par sa parole et ses miracles « un grand nombre de prêtres ». La lapidation du premier martyr fut le signal d'une vive persécution''. Les Chrétiens se dispersèrent, ils se répandirent en Judée et en Samarie et allèrent même jusqu'en Phénicie, l'île de Chypre et la Syrie. Les Apôtres demeurèrent dans la capitale. Philippe donna le baptême à beaucoup d'habitants de la Samarie ; peu après, Pierre et Jean leur imposèrent les mains et leur communiquèrent le Saint-Esprit. Simon le Magicien essaya d'acheter à prix d'or ce pouvoir des Apôtres. Ceux qui imitent Simon dans son crime portent, depuis ce temps, le nom de simoniaques.
En l'an 42, la persécution recommença. Hérode Agrippa, nommé roi de Judée et de Samarie par l'empereur Claude, livra les chrétiens à la haine des prêtres
1. s. Jean, XV, 80. — 2. AcUi^ in, 1 ss. — 3. Actes^ v, 47 ss. — 4., Actes, VIL, 1 8S. Sur remplacement de la lapidation cf. Lagrangb, Saint Etienne et son sanctuaire à Jérusalem,, Paris, 1894.
10 PREMIÈRE ÉPOQUE. — PREJtflÈRE PÉRIODE.
juifs. Jacques le Majeursubitle martyre. Pierre lui-même fut jeté en prison au moment de la Pâque; les fidèles prièrent pour lui sans relâche ; il fut délivré par un ange et « il s'en alla dans un autre lieu » [Act,, xii, 17). Jacques le Mineur gouverna la communauté de Jérusalem. Il imposait le respect aux Juifs eux-mêmes par sa grande sainteté ; plus tard cependant, entre 60 et 70, il reçut la mort pour le nom de Jésus ^ Dès le commencement de la guerre juive {66) les chrétiens quittèrent Jérusalem et allèrent habiter au delà du Jourdain ^.
4'' Scission de TÉg'lise et de la Synagrogrue^. L'Église était destinée à se répandre par toute la terre et, en conséquence, ne devait pas se restreindre aux Judéo-chrétiens. Le mur de séparation entre les Juifs et les païens avait été renversé par le Christ : Juifs et gentils entreront pacifiquement de concert dans l'Église, car nul ne peut être sauvé, si ce n'est dans le nom de Jésus ^- Dès son origine, l'Église était, par sa formation même, séparée de la synagogue. Cependant les fidèles lui restèrent encore unis un certain temps pour le culte extérieur. Ils formaient certes une communauté distincte par leur foi dans le Christ, par leur doctrine, par la fraction du pain, mais ils continuaient néanmoins à observer la loi juive et à prendre part aux cérémonies du temple. Les chrétiens convertis du paganisme avaient licence d'entrer dans le temple pour adorer le vrai Dieu.
Ce fut environ l'an 40, en la ville de Joppé ^, que saint Pierre reçut un premier avertisssement que le temps était venu d'appeler les païens à la grâce du baptême. Une vision extraordinaire lui apprit que la loi juive
1. Sur le martyre, cf. Eusèbe, H, E., H, 1. — Josèphe {Antiquit,, XX, 9, 1) dit en 62-63; Eusèbe (U. E., III, il), peu avant la destruction de Jérusalem. — 2. E. Beuruer, Le monde juif au temps de Jésus-Christ, deuxième édition, Paris, 1900. — - C. Fodard, Les Origines de l'Église, Saint Pierre et les premières années du christianisme, 3* éd., Paris, 1893. —V. Ermoki, Les églises de Palestine aux deux premiers siècles, Rev. d'hist, ecel., 19(M, p. 15-39. — 3. J. Thomas, Mélanges d^hist, et de litt. relig., La question juive dans l'Église à Vâge apostolique, Paris, 1899. — 4. Actes, iv, 12. — - B. Actes, X, 1 ss.