LA FONDATION DE L'ÉGUSE
qui défendait les aliments impurs était abolie et en même temps que les païens, regardés eux aussi comme impurs par les Juifs, seraient purifiés par Dieu. A la suite de cette vision, le centurion Corneille avec toute sa famille reçut le baptême des mains de Pierre. Peu à peu, les païens vinrent en grand nombre : en Tannée 42, Antioche possédait déjà ime chrétienté florissante, recrutée surtout du paganisme. Paul et Barnabe y prêchèrent une année avec un tel succès qu' Antioche devint la métropole des païens convertis; ceux-ci y reçurent pour la première fois, entre 40 et 45, la dénomination de chrétiens ^ (Act, , XI, 26).
Cependant plus augmentait le nombre des fidèles venus de la gentilité, plus croissait le mécontentement des Judéo-chrétiens. Ceux-ci n'avaient admis la conversion du centurion Corneille qu'à titre d'exception et sur l'indication spéciale du SainIrEsprit. Mais ils s'émurentdu grand nombre des païens convertis et il en vint de Judée à Antioche qui dirent : a Si vous ne recevez pas la circoncision, vous ne pourrez point vous sauver », Cette fausse assertion, combattue avec force par Paul et Barnabe, souleva dans la communauté une vive opposition. On convint que Paul et Barnabe iraient à Jérusalem plaider la cause de la liberté. Ainsi fut fait. Mais à Jérusalem, les Pharisiens convertis déclarèrent de même : ce Les chrétiens doivent se faire circoncire et observer la loi de Moïse ».
Alors se réunirent les principaux de l'Église [apostoli et seniores). On cite seulement les noms de Pierre, Jean^, Jacques le Mineur, Paul et Barnabe. Ce premier concile examina l'affaire à fond. Quand Pierre, Paul, Barnabe et Jacques eurent donné leur avis, on aboutit à cette unique conclusion : « 11 a paru bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous imposer d'autre charge que ce qui est nécessaire, savoir, de vous abstenir des viandes sacrifiées
1. Il semble que ce nom fut d'abord employé par les païens de langue grecque. — - Cf. DGLLiNCERt Christentum und Kirche^ I, M. ~ Harmack, Mission und Ausbreitung des Christentums in den ersten drei lahrhundertent 3« édit., Leipzig, i906, 1. 1, p. 334 ss. — 2. Ad Gai,, ii, 9.
aux idoles, du sang, des animaux étouffés, et de l'impudicité {fornicatio) » . Jude et Silas furent députés par le concile pour aller avec Paul et Barnabe à Antioche et faire connaître aux frères cette résolution. Les chrétiens apprirent avec grande joie qu'ils ne seraient plus soumis désormais au joug de la loi mosaïque ^ .
Ce premier concile eut lieu en Tan 51 environ.
Ainsi fut vaincue cette première erreur et fut sauvée la liberté des païens convertis. Mais le décret apostolique n'avait rien décidé au sujet des Judéo-chrétiens; demeuraient-ils tenus à observer la loi mosaïque? Il semble bien, d'autant plus qu'elle faisait aussi partie des lois de l'État. Mais combien aurait été dangereux pour l'unité de la jeune Église l'attitude des Juifs baptisés se regardant comme purs et tenant pour impur le Grec ou le Romain converti. On devait donc bientôt en arriver à soustraire les Judéo-chrétiens eux-mêmes à l'observation de la loi judaïque : le voyage de Pierre à Antioche en fournit l'occasion.
Au début, saint Pierre logeait chez les païens convertis et n'observait pas la loi juive ; plus tard, quelques Judéo-chrétiens étant arrivés de Jérusalem, il se joignit à eux et s'abstint dès lors de toucher aux aliments proscrits parla loi, de peurde compromettre son influence auprès d'eux. Mais il semblait montrer par là qu'il se croyait soumis à la loi juive. Aussi saint Paul ne voyait qu'avec peine cette manière de faire, étant donné surtout que l'exemple du chef de l'Église influait même sur les pagano-chrétiens. Il blâma publiquement saint Pierre et ce dernier se soumit à ses observations^. Nous pouvons en conclure que ni Pierre, ni Paul ni les Judéo-chrétiens n'étaient tenus de pratiquer la loi mosaïque.
1. ilc/es, XV, 1 ss. — hibU Zeitschr,, 1903, 250 ss., 372 ss. -— Cf. M. Cop- PIETERS, Revue bibliqucy 1907, p. 34 ss., 218 ss. — D. Leclercq, Le concile apostolique de Jérusalemy Histoire des conciles de Hefele, trad. noov., Paris, 1907, t. I, 2« p., appendice I. — V. Ermoxi, art. Abstinence du sang et des viandes suffoquées^ dans le Dict, de Théol. Cath, — 2. Ad Gai., II, 11 ss. •— Cf. DÖLLINGER, Christenthum und Kirche, p. 62. — F. PtAT, La théologie de saint Paul, Paris, 1908, p. 69 ss.