‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 120 sur 205 · LES PAPES · texte numérisé non relu

LES PAPES

S 88. -* Grégoire VII et la querelle des Investitures K

Cette période comprend la plus haute floraison de rÉglise au moyen âge, Tapogée de la primauté pontificale, les croisades, les universités et la scolastique, la fondation des Ordres militaires, Tadjonction de la vie apostolique à la vie monastique, l'origine du célèbre style gothique, enfin la réforme de la vie ecclésiastique.

1* Le cardinal-diacre Hildebrand comptait environ 60 ans à la mort d'Alexandre II (1073). Personne n'avait travaillé plus que lui, comme simple moine ^ d'abord,

1. DucHESNE, Liber Pontif., II, â8î-291. — Registrum Greg, VII, P. L., CXLVIH;-— Jaffé, Biblioth, rer. German., II. — Pertz, Monum^Oerm. Liàelli de lite imp.et pont,, 1. 1-3, Hanovre, 4891-1897.— Voigt, Hildebrand als Papst Gregor VII, «• éd., Weimar, 1846 ; trad. fr. Jager, 4«» éd., Paris, 1854. — Delarc, s, Grégoire VII et la réforme de l'Église au XI* siècle, 3 vol., Paris, 1889-1890. — Martens, Gregor, VII sein Leben und Wirken, 2 vol., Leipzig, 1894. ~ Hauck, Kirchengeschichte DeutscMands, III, Leipzig, 1896, 752 ss. — Cf. C. Bayet, dans VHistoire générale de La visse et Rahbacd, t. II, ch. n, p. 68 88. — 2. D. Beruère, Grégoire VII fut-il moine? Rev, Bénéd.^ i893, p. 337 SB.

puis comme légat pontifical en Italie, en France et en Allemagne, pour la cause des six papes précédents. Personne ne connaissait mieux les difficultés que traversait la papauté. Malgré cela, il hésita quelque temps à accepter la charge que lui conférait un choix unanime, puis il se décida et prit le nom de Grégroire VII (29 avril 1073). Selon le Decretum electionis du pape Nicolas IP , il demanda confirmation de son élection au roi de Rome, Henri IV, mais lui développa en même temps avec franchise ses principes et ses plans de gouvernement. Henri envoya cependant la confirmation demandée qui fut d'ailleurs la dernière réclamée par le pape à un prince temporel.

Pendant les premiers temps, Grégoire resta en bons termes avec le cruel et voluptueux Henri; il caressait Tespérance que l'âge le rendait plus doux et moins passionné. Vers le mois de juillet 1073, les habitants opprimés de la Saxe se révoltèrent. Placé de la sorte en fâcheuse posture, le prince écrivit une lettre pleine de déférence^ et de repentir, promit de s^amender et demanda au pape secours et conseil^.

2^ Immédiatement après son élévation, le pape fixa les yeux sur les maux présents, surtout sur la violation du célibat et la simonie ^.

Le premier dimanche du Carême 1074, saint Grégoire réunit un synode et prescrivit ce qui suit :

a. Ceux qui, par simonie, ont reçu un office ecclésiastique ne peuvent point Texercer. — b. Tous ceux qui par l'argent sont arrivés en possession d'une église la perdront, et personne ne peut, dans la suite, l'acheter ou la vendre. — c. Les clercs qui vivent dans l'incontinence ne peuvent ni dire la messe ni servir à l'autel. — d. Si quelqu'un méprise ces ordonnances, le peuple n'assistera pas aux offices

1. Cf. ci-dessus, § 65, n. 3. Snr l'élection, cf. Hist, polit. Blàtter, 9a (1884), p. 98 88. — 2. Registr. Greg, VU, I, «*. P- L., CXLVIII, 529 : « Talia qualia neque ipsum neque antecessores suos recordamur Romanis Pontiûcibus misisse ». — 3. Baronios, Annales, a. 4073, n. 43. — 4. Cf. ci-dessus, § 84, n. 3-6.

GRÉaOIRE VII ET LA QUEREI^LE DES INVESTITURES. 425

qu'il célébrera et ne recevra point les sacrements de sa main. Paisse se réaliser ainsi, par honte des hommes et contrainte du peuple, ce que Tamour de Dieu et la dignité de FofiBce ne pourraient obtenir ^

3^ Des légats et des lettres firent connaître partout ces prescriptions. Henri reçut les légats avec bienveillance, renvoya ses cinq conseillers frappés déjà auparavant d'excommunication, et donna la permission de tenir des synodes en vue d'extirper la simonie et le concubinage. Mais évoques et prêtres firent opposition contre les décrets du pape. Et bien que ces décrets fussent basés sur d'anciennes ordonnances, renouvelées jadis par Clément II (1046-1047), Léon IX (1049-1054), Nicolas II (1058-1061) et Alexandre II (1061-1073), les synodes convoqués dans le but de les faire observer échouèrent. A Erfurt, Passau, Rouen et Poitiers, des scandales se produisirent. Les Pères du synode de Paris appelèrent les décrets de Grégoire « inacceptable!^, et, partant, contraires à la raison s>. En Italie on traita le pape d'hérétique, qui ne comprenait rien à la parole du Christ : Qui potest capere, capiaU Même de saints évêques, comme Annon de Cologne, craignirent que les décrets ne fussent pas exécutés ^. Altmann de Passau resta dévoué à la cause du pape, mais au péril de sa vie. Grégoire, quoique extrêmement affligé de la corruption qui s'était introduite, de la lâcheté des évêques indignes et de l'égoïsme des princes, demeura inébranlable dans la résolution qu'il avait prise et se confia en Dieu ^.

4<* Convaincu à juste titre que toute tergiversation ferait empirer la situation, il alla de l'avant sans hésiter et promulgua, dans son célèbre IP synode de carême (24- 28 févr. 1075), le décret bien connu contre les investi' tures^. Non seulement le célibat était scandaleusement'

1. EpiBt. ad OtUmem Comtant,, P. L., CILVIII, 645. — Registr., III, 4, etc. — jAFFi, Regett., «• éd., I„ 003. — 2. Registr,, h ^9; II, «5; ii, 67. — .3. Registr., Il, 49. — 4. Sur les inyestitures, cf. G. Waitz, Deutsche Verfasungsgeschichte, YII, p. 97S-S91 ; sur le traûc des évèchés, p. 291 ss.

violé, les bénéfices ecclésiastiques vendus la plupart du temps à prix d'argent, mais l'Église subissait toujours de plus en plus l'influence et l'oppression des princes, dont les évêques et les abbés recevaient solennellement l'investiture par la crosse et Vanneau^ symboles du pouvoir spirituel. C'est pourquoi Grégoire, après avoir renouvelé, au synode susdit, les décrets contre la simonie et le concubinage, ajouta : a Si dans la suite, quelqu'un reçoit un évêché ou une abbaye des mains d*un laïc, qu'il n'ait plus rang parmi les évêques et les abbés, et que, comme tel, il ne soit plus obéi. Nous lui retirons la faveur de saint Pierre et lui défendons de franchir le seuil d'une église, jusqu'à ce que, mû de repentir, il rende l'évéché ou l'abbaye. Les mêmes choses soient dites des dignités ecclésiastiques inférieures. — Si un empereur, un roi, un duc, un marquis, un comte, ou quiconque revêtu du pouvoir, ose accorder l'investiture soit d'un évêché, soit de n'importe quelle autre dignité ecclésiastique, il subira la même peine * ».

5° Grégoire était dans son plein droit et devait agir de la sorte, à moins de voir l'Église bientôt écrasée sous la pression du pouvoir temporel. De plus il s'appuyait sur l'exemple du VIP (787) et VHP (869) concile général. Mais le mal était trop profondément enraciné pour qu'on pût l'extirper d'un coup. Le pape rencontra la plus vive opposition à la cour des princes ; ceux-ci avaient enrichi nombre d'évêchés de biens féodaux et attachaient la plus grande importance au choix de ceux qui recevaient l'administration de ces biens et deviendraient ainsi leurs vassaux.

Tandis que Philippe I" de France se soumettait au décret, la lutte s'alluma plus vive en Allemagne. Quoique Grégoire eût proposé à Henri IV de traiter en conférence quelques-unes des suites les plus importantes du décret ^, le roi de Rome continua, sans se, troubler, sa manière de

1. Japfé, Regesta, I, 612. —2. Bruno, De bello Saxonico, Pertz, M<m. Qerm,^ Script,, p. 351.

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