GRÉGOIRE VU ET LA QUERELJLE DES INVESTITURES
faire, comme si aucune défense n'eût été portée. Le repentir qu'il avait manifesté jadis et sa promesse de se corriger semblaient n'avoir été que de rhypocrisie. Il fit revenir auprès de lui ses conseillers excommuniés, nomma de sa propre autorité des évêques, tels que Tébald de Milan, Hidulphe de Cologne, et donna l'investiture comme auparavant. Grégoire rappela au roi sa promesse antérieure et le menaça de l'excommunication. Les légats, porteurs de la lettre du pape, reçurent de Henri un accueil très peu amical, et l'objet de leurs pourparlers secrets fut porté par lui à la connaissance de toute la cour dans des plaintes amères. Et quand après cela les légats le citèrent à Rome, pour s'y justifier devant le concile qui devait s'y réunir le lundi de la deuxième semaine du carême (1076), il ne sut contenir plus longtemps sa colère et convoqua, dans l'intention de devancer le pape, pour la Septuagésime 1076, un concile à Worms où Grégoire VII serait déposé de sa charge ^
A l'appel de Henri presque tous les évéques allemands comparurent à Worms le 24 janvier. La plupart signèrent l'acte de déposition du pape. Quelques-uns protestèrent. Alors l'évêque Guillaume d'Utrecht ^ se leva et dit que l'on devait signer la condamnation du pape ou bien rompre avec le roi à qui l'on avait juré fidélité.
Un décret synodal de déposition plein d'invectives contre Grégoire VII fut rédigé. Henri le promulgua en Lombardie et annonça lui-même la nouvelle de la déposition à Grégoire ou plutôt à « Hildebrand le faux moine ^ ».
1. Les lettres de conTocation aux éYêques et aux princes, chez Mansi, ColL Concil., XX, 466 s. — 2.« Wilhelmus, qui causam regis pertinaciustaebatur, vehementer imminebat; ut aut cum ceteris in damnationem Papae subscriberent, aut regicui sub jurejurando fidem spopondissent, protinus renuntiarent. Is eo tempore régi admodum carus acceptusque erat,eique rex omnium quae privatim vel publice agenda erant post se ordinationem delegaverat, vir saecularibus litteris adprime eruditus, sed fastu nimio inflatus, vix se ipse ferebat • ~ Cf. Lambert de HERsr., Annales, ad an. i076, -— Pertz, Mon» Germ,, Script, V, 244. — 3. « Heinricus, non usurpatione, sed pia Del ordinatione rex, Hildebrando jam non Apostolico, sed faiso mt>nacho. » — Pertz, De bello Saxonico, V, 352.
428 DEUXIÈjiIE ÉPOQUE. — DEUXIÈME PÉRIODE.
6^ Grégoire tenait précisément le concile de carême 1076, quand les envoyés impériaux arrivèrent à Rome avec le fameux écrit. Roland, clerc de Parme, porta la parole et, remettant au pape les lettres injurieuses, il y ajouta toute sorte d'insultes. A la fin l'assemblée perdit patience, des laïcs bondirent de leurs sièges et sans l'intervention du pontife ils auraient positivement tué Roland. Le concile déclara à l'unanimité que Henri avait amplement mérité d'être excommunié. Grégoire ne pouvait différer davantage , il prononça l'excommunication * et délia les Allemands de leur serment de fidélité^. Pour juger combien cette sentence parut juste et raisonnable aux yeux des contemporains, il suffît de lire la lettre d'Agnès, mère de l'empereur, à l'évêque Altman de Passau ^ et de remarquer que les esprits se tournèrent bientôt vers S. Grégoire.
7® Sur ces entrefaites, Henri avait quitté Worms et passant par Cologne, où il réussit à faire consacrer Hidulphe, il se dirigea vers Utrecht, pour y célébrer les fêtes de Pâques. Pendant le voyage il apprit la sentence du pape; mais il ne «s'en troubla point, et franchit, chargé de l'excommunication, le seuil de la cathédrale d'Utrecht. L'évêque Guillaume tint du haut de la chaire un discours injurieux contre Grégoire VII et, enflammé de colère, il fulmina contre lui l'excommunication ^«
8** Toute l'Allemagne avait tremblé à la voix du pape. Un parti d'opposition se forma, qui grossissait chaque jour par suite de la conduite de l'empereur insoumis. A la tête des mécontents se trouvait le duc Rodolphe de Souabe. Ils se réunirent à Ulm pendant l'été de 1076 et
1. Ainsi que sur l'archevêque de Mayence et les évêques d'Utrecht et de Bamberg. Quelques-uns étaient déjà excommuniés ; d'autres devaient se justifier à Rome. — Lamb. de Herf., Annal.^ Pertz, Y, 343. — 2. La solennelle excommunication se trouve chez Duchesne, Lib. Pont», II, 282. — Berhfried, Vita, P, L., CXLYIII, 74. — Bruno, De bello Sctxon., Pertz, V, 3S3. — Mansi, Collect, Conc,, XX, 467 ss. — 3. Watterich, Vitae Rom, Pontife I, 38i. — Cf. GiESEBRECHT, Gesch. der deutschen Kaiserzeit, 111,352 ss. — 4. Bruno, De bello Saxon., Pertz, V, 361; Lamb., Annale, Pertz, V, 244; Bernold, Anna?., ibidem, 433 ss. — Guillaume mourut peu après.