GRÉGOIRE VII ET LA QUERELLE DES INVESTITURES
convoquèrent une diète àTribup, près Mayence(oct. 1076), pendant que Grégoire par ses lettres Audinmus ^ et Grattas agimus ^ tâchait d'amener à résipiscence le souverain et les autres excommuniés. Henri arriva aux environs de Tribur à Oppenheim et fit par Fintermédiaire de ses envoyés les plus belles promesses. Il y fut décidé ce qui suit : On accorderait un délai au roi, et Ton abandonnerait l'affaire au pape, qui se rendrait le 2 février 1077 à la diète dWugsbourg, où Henri devrait ég'alement comparaître; celui-ci y donnerait au pape satisfaction par écrit, révoquerait le pseudo-concile de Worms, continuerait à vivre tranquillement à Spire et s'abstiendrait de tout gouvernement. Les princes exigèrent en plus que Henri fût privé de tout droit sur Fempire, si, dans l'espace d'un an, il n'était relevé de l'excommunication. Alors le roi humilié signa V Edict um ' dans lequel il promit à ses sujets d'obéir au pape; et la A^missio ^, qui témoignait à Grégoire YII de sa soumission et de son obéissance.
9^ C'est avec angoisse que Henri vit arriver la diète d'Âugsbourg; il fit tout son possible pour recevoir auparavant l'absolution. Sa proposition de venir à Rome ne fut pas acceptée par Grégoire, qui s'en tint au choix déjà fait de la ville d'Augsbourg \ Le pape prit sur-lechamp la route de l'Allemagne et atteignit bientôt les Alpes [ad clusas) où il attendit en vain l'escorte allemande. Cependant, Henri était parti un peu avant Noël 1076, de Spire par le mont Cenis, pour l'Italie et demanda à sa belle-mère Adélaïde de Suse, à la comtesse Mathilde et à Hugues de Cluny d'intercéder pour lui auprès du pape, qui, à l'annonce de cette nouvelle inattendue, se retira au chÂteau de Canossa, propriété de Mathilde. Grégoire renvoya le roi à Augsbourg, comme
1. Bruno, De bello Saxon,, Pertz, V, 354 bs. — 2. Mansi, XX, «06 ss. — 3. Pertz, Mon. Germ,, Legei, II, p. 49. — 4. /6»d., p. 49. — Bertmold, dans ses Annalesy dit queHenii a faussé le texte de la Promissio (Pertz, V, Î86). — Cf. HsrELE, V, 89-90. — 6. Bruno, De bello Saxon,, Pertz, V, 36i. — Mansi, XX, 379 88.
les grands de Tempire Tavaient décidé à Tribur. Sur quoi Henri arriva tout d'un coup, à Tinsu du pape, à Canossa. Pendant la nuit il demeura dans la cour inférieure de la forteresse, tandis que chaque fois pendant les trois jours consécutifs il se présentait en habit de pé« nitent, devant la porte supérieure, implorant de Grégoire Tabsolution, qu'il reçut enfin le 28 janvier.
On fait positivement erreur en appelant cette pénitence un acte de dérision à l'égard de la royauté allemande. Au contraire, une pénitence sincère mériterait des louanges* Le père de Henri , l'empereur Henri HI, l'empereur Théodose, Louis le Débonnaire et Otton le Grand on avaient donné l'exemple. Saint Louis s'imposait volontairement l'humiliation de la pénitence publique^. Du reste personne ne peut accuser de rigueur et de cruauté le pape saint Grégoire, s'il di£Féra le pardon pendant trois jours. Il craignait à bon droit de se mettre en fausse posture vis-à-vis des princes allemands. C'était seulement à Augsbourg que cette affaire devait être examinée et jugée. Aussi Grégoire ne fit-il qu'absoudre le roi de l'excommunication, et encore seulement sous condition^; et il envoya, probablement le jour même, une lettre en Allemagne, pour justifier sa compassion à l'égard du royal pénitent ^.
10* Henri cependant ne se rendit pas à Augsbourg; mais se laissant entraîner par les évêques de Lombardie,il rompit son serment et barra le passage au pape. Les princes allemands se réunirent à Forchheim près de Bamberg, où Rodolphe de Souabe fut élu roi, le 15 mars 1077, bien que le pape conseillât quelque délai ^. Le couronnement eut lieu le 26 à Mayence. Quoique Grégoire n'approuvât point l'élection et voulût conserver Henri, il rejeta néanmoins la demande de ce dernier et refusa d'excommunier Rodolphe avant de l'a-
1. Vie de Saint Louis^ par le confesseur de la reine Marguerite (Histor, de la Gaule, t, XX, p. 406). — 2. Promissio Heinrici ou jusjurandumy P.L.,CXLVIII, 466 s.— Mjlnsi, XX, 219. — 3. Epistola ad Germanos, P. L^ CXLYin,465 88. — 4. Beuthold, Annales, ad an. i077, Pkrtz, V, p. S91-39i.