‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 123 sur 205 · GREGOIRE VII ET LA QUERELLE DES INVESTITURES · texte numérisé non relu

GREGOIRE VII ET LA QUERELLE DES INVESTITURES

voir entendu. Mais la guerre civile éclata en Allemagne. Comme Rodolphe mettait trop de sévérité dans Texécution des décrets de réforme, le parti adverse devint sans cesse plus fort; surtout le jour où Henri IV arriva en Allemagne avec beaucoup d'argent et une forte armée ^ qui s'éleva bientôt à 12.000 hommes, grâce au concours de quelques comtes et évêques. Le pape exhorta les partis à régler Tafifaire à ^amiable^ ce à quoi Henri se refusa. Là-dessus Grégoire prit parti pour Rodolphe et excommunia Henri une seconde fois, le 7 mars 1080 2. Celui-ci répondit par le concile de Brixen et nomma comme antipape Guibert de Ravenne (Clément III). Le 15 octobre 1080 on en vint sur les bords de TElster à une bataille décisive, dans laquelle Henri fut vaincu, mais où Rodolphe de Souabe perdit la vie^ N'étant plus en sûreté dans la Saxe, Henri se dirigea en 1081 sur l'Italie pour y combattre Grégoire VIL Mais s'il espéra prononcer à Rome la condamnation de ce dernier, il se méprit* La ville étemelle lui resta fermée. En Allemagne la guerre civile se poursuivait et Hermann de Luxembourg fut élu roi. Henri demeura cependant en Italie et tenta une nouvelle attaque contre Rome. Ce ne fut qu'en juin qu'il se rendit maître de la cité léonine, à l'exception du château Saint-Ange, où le pape se réfugia pour se défendre. Guibert de Ravenne prit possession de Saint-Pierre. Des négociations de paix n'aboutirent pas. Henri arriva par trahison en possession de Rome et du Latran, où Guibert fut intronisé. Pendant tout ce temps Grégoire, enfermé au château Saint-Ange, ne perdait pas courage; il fut impossible de le décider à se rendre. Henri rassembla à Saint-Pierre un concile qui déposa Grégoire VII et proclama pape Clément III. Celui-ci, le jour de Pâque, couronna Henri et son épouse! Grégoire fit entendre un appel émouvant : « Aidez et

1. Les deux lettres dans leRegistr., P. L., CXLVni, 478 ss. — 2. Acte* du synode, P. L., CXLVni, 814 ss. — Mansi, XX, «31 se. — 3. Le récit du combat et de la mort de Rodolphe chez Bruno, De Bello saxontco Pert7 V, 380 8. ' '

soutenez votre père et votre mère (rÉglise) si, par elle, vous désirez obtenir rémission des péchés, bénédiction et grâce ici-bas et dans l'autre vie »^ En mai 1084, Ton vit paraître Robert Guiscard au secours du pape. Henri n'était pas de taille à résister et quitta Rome, qui reçut des Normands le châtiment qu'elle avait mérité pour la trahison commise à l'égard de Grégoire. Celui-ci se rendit d'abord au Mont-Cassin, ensuite à Salerne, où il mourut le 25 mai 1085. Sa dernière parole exprime, à travers une profonde amertume, les saintes convictions qui dirigèrent toute sa vie : Dilexi justitiam et odî iniquitatem, propterea morior in exilio !

11** En apparence, Grégoire était vaincu; en réalité, il triomphait dans la mort. Les principes avec lesquels il : avait gouverné l'Eglise gagnèrent toujours plus de terrain et amenèrent les siècles glorieux qui allaient suivre pour la papauté. Son but était d'assurer la 'liberté et la pureté de l'rîiglise, et non de fonder une monarchie papale universelle. Il voulut que les princes reconnussent la souveraineté du Christ et vissent dans l'Eglise non pas une servante mais leur mère. Il enseigna expressément que la puissance des princes vient de Dieu et que, pour ce motif, la paix doit régner entre la puissance spirituelle et temporelle. Les thèses du Dictatus papae ^ ne peuvent que difficilement lui être toutes attribuées, puisque les plus curieuses ne se trouvent ni chez lui ni chez ses successeurs. Si on les. interprète bien, aucune n'est digne de blâme ^.

Grégoire conçut le plan grandiose d'entreprendre lui-même une croisade à la tête d'une armée chrétienne^. Il fut un des plus grands papes; suscité par la Providence en des temps difficiles, il demeura inébranlable et intrépide ; il combattit, malgré l'opposition

1. À. nàXiC\^Kirchengesch. Deutschlands, III, 8S9-830. — 2. Registr,, II Ö5. — P. L., CXLVIII, 407-408. — Mansi, XX, 168 88. — 3. Pour leurs dófenseiirset adversaires, cf. Hergenröther-Kirsch, II, 369-373. — JoiiGMAiiif, JHssert., IV. 311. - 4. Regütr,, I, 46, 49. - P. L., CXLVIII, 388, 399. - Mars XX, 12988.

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