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LA FONDATION DE LÉGLISE

Cette loi devait d'ailleurs être définitivement abrogée, à Tépoque de la destruction de Jérusalem.

En l'an 66, une révolte ayant éclaté contre les Romains entraîna le siège, la prise et la destruction de la ville sainte. Les chrétiens échappèrent au désastre, car, avertis par la prédiction du Sauveur • , ils avaient quitté la capitale et s'étaient réfugiés dans la ville de Pella, au delà du Jourdain, Leur exemple fut probablement suivi par les chrétiens de Judée et de Galilée.

Pella était une colonie grecque, aussi l'influence des pagano-chrétiens se fit-elle sentir pour la première fois sur ces communautés juives, jusqu'alors si séparées. La destruction du temple eut également un contre-coup décisif sur l'Église. Le Judaïsme avait besoin d'un temple pour ses cérémonies et même pour l'ensemble de sa vie religieuse. La loi cependantn'en admettait qu'un, et dans un lieu déterminé. Dès que le temple de Jérusalem eut été dévoré par les flammes, la partie essentielle de la loi rituelle devint lettre morte ; les sacrifices cessèrent, et avec eux la principale fonction du sacerdoce. Si beaucoup de Juifs espéraient que Dieu restaurerait le temple par miracle, les chrétiens ne partageaient pas cette illusion. Ils virent au contraire dans la destruction du temple une volonté de la Providence; ils y virent un signe de Tabrogation de la loi juive et l'annonce de leur complet affranchissement. Les Juifs étaient subitement dépouillés de tout ce qui faisait auparavant leur grandeur ; ils perdaient à la fois les derniers restes de leur vie politique, leur capitale, leur temple. Si leur loi existait encore, elle devenait impraticable et dès lors inutile. Les chrétiens et même beaucoup de Juifs pouvaient en conclure la réprobation du peuple élu ^.

1. s. Hàtth., XXIV, 15.— EusÈBB, Hist. EccUy III, 5. — 2. DÖllinger, Christenthutn und Kirche^ 140 ss. —- Sur la destruction de Jérusalem, cf. Dr. Eiiil ScBÛRER, Geschichte desjûdiachen Volkes im Zeitalter Jesu Christin Leipzig, 1890, 1, 50i ss. ; surtout Fl. Josèphe, De Bello Judaico, 11,17 ss. ; V, VI, VII, éd. Haverkamp.

S 3. — Travaux apostoliques de saint Paul ^

1** Antioche fut la première communauté de chrétiens venus de la gentilité. C'est saint Paul qui y avait le plus travaillé, aussi sera-t-il dans Tavenir le grand Apôtre des gentils. Né à Tarse en Cilicie, il reçut une culture hellénique, puis travailla sous Gamaliel à approfondir la loi juive. Mais la modération de son maître ne déteignit pas sur son âme. Son zèle pour la loi se changea en haine ardente contre les chrétiens. Déjà il avait pris part au martyre de saint Etienne et à la persécution des chrétiens à Jérusalem 2, lorsqu'il alla se mettre à la disposition du Sanhédrin, pour exterminer partout ailleurs les disciples de Jésus.

C'est probablement vers l'an 33 qu'il fut touché par la grâce sur le chemin de Damas : de persécuteur, il devint Apôtre. Baptisé trois jours après par Ananie, il entra dans la synagogue et annonça que Jésus était le Fils de Dieu ^. Puis il se retira en Arabie pour se préparer dans la solitude à sa haute vocation. Il revint ensuite à Damas, y prêcha quelque temps, puis alla à Jérusalem, trois ans après sa conversion, pour présenter ses hommages à Pierre, chef de l'Église. Il y resta deux semaines, puis s'en vint à Tarse, sa ville natale; il travailla ensuite à la diffusion de l'Évangile en Cilicie et en Syrie, jusqu'à ce qu'il fût rappelé à Antioche par Barnabe, vers l'an 42 ou 43. Paul n'avait au début qu'une position subordonnée et cédait le pas à Barnabe et à

1. C. FOUARD, s. Paul, ses Missions, 9« éd., Paris, 1906; S, Paul, ses dernières années, 7« éd., Paris, 1907. — Pour la Chronologie de S. Paul, Jacquier, Htst. des Livres du N. T., p. 15. — Harnack, Gesch, deraltchr. Lit,, II, I, 233 ss., Leipzig, 1897. — Belser, Tûb, Quartalsehr,, 1899, 353-379. — Belser, Einleitung in das N. T., 2« éd., Frib.-en-Br., 1905. — C. CLKiiEr», Paulus, sein Leben und Wirken, Giessen, 1904. — F. Prat, La théologie de S. Paul, Paris, 1907. — Lemonnyer, Épitres de Saint Paul, 2« éd., Paris, 1905. — W. M. Ramsat, s. Paul the traveller and the Roman citizen, 3« éd., Londres, 1897. — 2. Actes, vu, 58; viii, 2. — 3. Actes, i\, 1 ss.; xxn, 3 ss.

d'autres. Mais son intelligence, sa science et sa sainteté le mirent bientôt en évidence. En 46, nous le trouvons de nouveau à Jérusalem, venu pour distribuer aux frères indigents le produit d'une collecte faite à Antioche. Il retourna dans cette dernière ville avec Jean Marc et Barnabe ; c'est de là qu'il entreprit ses voyages apostoliques.

2<* Premier voyag^e de saint Paul. Ce futà la suite d'une révélation spéciale que saint Paul entreprit, en l'an 46, son premier voyage apostolique. Avec Barnabe et Jean Marc il se rendit d'abord à Chypre, la patrie de Barnabe, et il y convertit le proconsul Sergius Paulus ^ De là, ils allèrent à Perge en Pamphylie. Marc retourna à Jérusalem, mais Paul et Barnabe, malgré de continuelles hostilités et persécutions, continuèrent à travailler dans le sud de la Galatie, à Antioche de Pisidie, à Iconium, à Lystre, où Paul fut lapidé et laissé pour mort, enfin à Derbé. De là ils retournèrent à Lystre, à Iconium, et à Antioche pour y fortifier les communautés naissantes, prêchèrent l'Evangile à Perge et revinrent en 49 à Antioche de Syrie, après un voyage de trois ans. C'est là que saint Paul écrivit probablement son Épître aux Galates; selon d'autres, la plus ancienne lettre paulinienne serait la P® aux Thessaloniciens ^,

3^ Deuxième voyag^e de saint Paul. Pendant l'hiver de 49-50, il visita pour la troisième fois Jérusalem^, et assista au premier Concile. Pendant l'été de l'an 50, il quitta Antioche avec Silas ^ ; il alla d'abord voir les Eglises de Syrie et de Cilicie et traversa la Lycaonie et la Pisidie pour visiter les communautés de Derbé et de Lystre. Dans cette dernière ville il prit Timothée pour compagnon et se rendit à Iconium et à Antioche. L'a-

1. Qaelques-uns pensent que c'est d'après celui-ci que l'Apôtre changea son nom de Saul en Paul ; d'autres, que Paul est la forme grecque de Saul. — 2. Actes, XIII, 4 ; xiv, 28. —Ad Ga/.,iv, 13 ss. Il est impossible d'exposer ici les diverses opinions sur l'origine des épîtres de S. Paul. Nous suivons à peu prés l'opinion de Vlntroduction de Belser, dernière édition, 1905.— 3. Actes, XI, 1 ss. — 4. Le même dans les lettres de Paul est nommé 6ilvain. ^ Belser, Einleitung, 438 ss.

pôtre avait résolu d'aller ensuite porter la bonne nouvelle en Asie et en Bithynie, mais il en fut empêché par TEsprit-Saint. C'est pourquoi il se dirigea avec Silas et Timothée vers la Phrygie, la Galatie et la Mysie, jusqu'à Troas. C'est là que se joignit à eux le futur évangéliste Luc. Encouragé par une vision, saint Paul passe en Europe, et commence par la Macédoine. A Philippes, il fonde une communauté, il est flagellé avec Silas et jeté en prison. Il convertit son geôlier, comme il avait converti Lydie avec toute sa famille, et part avec ses compagnons pour Thessalonique et Beroé, où il fonde encore des communautés. Poursuivi parles Juifs, il laisse ses compagnons et va seul à Athènes. Il prononce devant l'Aréopage un discours qui produit une profonde impression ; quelques-uns se convertissent, comme Denys l' Aréopagite, d'autres tournent en dérision sa doctrine sur la résurrection. Son succès est plus grand à Corinthe où il arrive à l'automne de l'année 51 ; il y retrouve ses trois compagnons, fonde avec eux une communauté et y reste jusqu'à l'an 53. Il loge dans une famille romaine, chez Aquilas et Priscille. Il est protégé contre la fureur des Juifs par le proconsul Gallion, frère de Sénèque. C'est à Corinthe quel'Apôtre écrivit en 51 ou 52 ses deux Lettres aux Thessaloniciens.Sans doute au printemps de 53, il s'embarque à Cenchrées, et accompagné d'Aquilas et de Priscille, passe àÉphèse, où il ne demeure pas longtemps, et se rend à Jérusalem pour y accomplir un vœu. Nous le trouvons bientôt de retour à Antioche, où il séjourne quelques mois ^ .

4° Troisième voyag^e de saint Paal. Avant la fin de l'année 53, saint Paul se rendit dans les chrétientés déjà fondées en Syrie, en Cilicie, en Galatie méridionale, en Phrygie et à Éphèse où il arriva au printemps de l'année 54 et où il resta jusqu'à l'automne de 56 ^. C'est là qu'il écrivit (probablement en avril 56) sa première Epître aux Corinthiens. Il partit pour Troas où il passa l'hiver

1. Actesy XV, 55; xviii, 18. — Cf. Belser in Tüb. Quartalschr,, 1898, 369 »s. — 2. Actes., XIX, 1 8S. ~ E. Jacquier, Bist, des Livres du iV. T., 1. 1, p. 104.

et, en mars 57, il se rendit en Macédoine où il écrivit sa seconde Êpître aux Corinthiens. Il s'embarqua quelques mois après pour Corinthe et y arriva en novembre 57 ; il prit logement dans la maison d'un certain Gaïus et écrivit, probablement en février 58, son Epître anx Romains qu'il confia aux soins de la diaconesse Phœbé de Cenchrées. Trois mois plus tard il retournait par terre en Macédoine, et après Pâques 58 se rendait à Troas et à Milet. C'est là qu'il fît ses adieux aux prêtres d'Ephèse, et tous fondirent en larmes en apprenant qu'ils ne devaient plus le revoir. Saint Paul se rendit pour la cinquième fois à Jérusalem et y distribua les aumônes des chrétiens grecs. Là s'arrête son troisième voyage apostolique, aux environs delà Pentecôte 58 ^

5^ Captivité de saint Paul à Jérusalem et à Césarée. A Jérusalem les Judéo-chrétiens en voulaient à saint Paul d'enseigner qu'ils n'étaient plus tenus d'observer la loi mosaïque. Saint Jacques lui conseilla de se présenter au temple et d'offrir pour quatre nécessiteux les frais de sacrifice de purification. Pendant qu'il vaquait à ce soin, quelques Juifs d'Asie Mineure le reconnurent et ils l'auraient tué à l'instant même si la garde romaine du temple n'était venue à son secours. Les soldats emmenèrent Paul à la citadelle mais lui permirent de prononcer sa défense devant le peuple excité. La fureur du peuple ne fit que s'accroître. Pour amener Paul à confesser sa culpabilité, le tribun Lysias voulut le faire flageller, mais l'Apôtre excipa fièrement de son titre de citoyen romain. Traîné le lendemain devant le Sanhédrin, il amena la question de la résurrection des morts : sur ce point, les Pharisiens et les Sadducéens entrèrent en dispute et ne purent arriver à aucune décision ; Paul fut reconduit à la citadelle. Pour le soustraire aux complots des Juifs, Lysias l'envoya à Césarée auprès du procurateur Félix. Celui-ci ne trouva en Paul aucun grief, mais le retint cependant deux ans (58-60) en captivité, dans l'espoir

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