FRÉDÉRIC BARBEROUSSE ET HENRI VI
Breakspear monta sur le trôné sous le nom d'Adrien IV (1154-1159); c'est jusqu'ici le seul pape anglais ^ Déjà Frédéric Barberoasse ^ (1152-1190), qui avait succédé à Conrad III, avait, à Constance (1153), promis au prédécesseur d'Adrien de soumettre Rome au pape. Frédéric tint parole. Il partit pour l'Italie et arriva en juin 1155 à Sutri où le pape vint à sa rencontre. Mais dès lors, Frédéric donna la preuve de son orgueil et refusa de tenir l'étrier du pape, selon « la coutume très ancienne ». Les cardinaux s'enfuirent et le pape lui-même prit peur. Cependant le troisième jour Frédéric, sur le conseil d'autres princes^, consentit à la cérémonie. Le pape et l'empereur se rendirent à Rome où le couronnement eut lieu le 18 juin 1155. Comme Frédéric refusait d'accepter le pouvoir impérial démocrdXiqnQ «ipopuli Romani gratia », une lutte sanglante éclata qui se termina à l'avantage de l'empereur. Celui-ci retourna en Allemagne, mais le pape ne put rester à Rome; il erra de divers côtés et s'établit enfin à Bénévent.
2o Pendant que Frédéric réprimait en Allemagne les ennemis de la paix et célébrait son mariage avec Béatrice de Bourgogne, Adrien IV conclut un traité avec le roi Guillaume de Sicile et lui donna de nouveau ce royaume en fief. Cette conduite contraria les intentions de Frédéric qui cherchait à réunir les Deux-Siciles à la couronne impériale. Quoique le pape fût dans son plein droit et dût empêcher qu'on ne l'enclavât entre les possessions impériales de la haute et de la basse Italie, il y eut néanmoins des tiraillements, qui se changèrent bientôt en lutte ardente. Jaloux de son autorité impé-
Otton de Frisingür, Gesta Frederiei, Mon. Germ.^ I, 40. — Hauck, Kirchengesch. Deutschlandi, IV, 184. — Hefele, V, 533 as. — Malone, Adrian IV and Irelandj Londres, 1900.— PfOlf, Hadrian IV und die Schenkung Irlande {St. a. M. L., XXXin, 382, 487). - Fomk, T«b. Quartahchr., 1891 , p. 602 ss. — 1. Pertz, Leges, t. II, 89-185. — 2. Pour les qualités de Frédéric, cf. Wibald, chez Watterich, II, 314. — 3. « Ex relatione Ulomm (antiquiorum principum) et veteribusmonimentis Judicio principam decretum est et communt fa vore totius regalis curie roboratum, quod idem rex pro beatorum Apostolorum reverentia predicto PapeAdriano exhiberet stratoris officium et ejus streuguam teneret >. Ddcbesne, Lib. Pont., Il, 391 s.
riale qui menaçait parfois de se transformer en césaropapisme, Frédéric avait peur de tomber trop profondément sous la domination du pape; et fut confirmé à tort dans cette crainte à la vue d'un tableau du Latran qui représentait le couronnement de Lothaire et portait cette inscription: Imperator fit homo papae. De son côté le pape n'était pas moins mécontent, de ce que l'empereur n'observait pas le concordat de Worms et ne punissait point les mauvais traitements infligés à l'archevêque de Lund. C'est pourquoi Adrien IV envoya à l'empereur, qui tenait à ce moment une diète à Besançon, une lettre ^ portée par deux légats, les cardinaux Roland et Bernard. La lettre papale fut méchamment traduite^ et lue par le chancelier Rainald de Dassel, mauvais conseiller de l'empereur; toute l'assemblée éclata de colère devant la prétendue arrogance du pape. Le cardinal Roland, qui ne comprenait pas une telle indignation, s'écria : « Mais de qui tient-il alors Tautorité impériale, si ce n'est du pape? » 11 faillit, pour cette exclamation, perdre la vie. L'empereur retint Otton de Bavière et l'empêcha de commettre un crime; puis, sans tarder, il fit partir les légats et adressa à tout l'empire une lettre remplie des plaintes les plus amères ^. Mais le pape répondit, dans une lettre pleine de dignité, que les mots beneficium et contulerit avaient été mal traduits et ne signifiaient pas autre chose que bienfait Bi imposer la couronne^'. L'empereur se montra satisfait de cette explication.
3^ La bonne entente ne pouvait cependant pas durer longtemps. Aux yeux de Frédéric Barberousse l'autorité
1. Otton de FaisixcuE, Gesta Frederici, III, 9, chez Pertz, XX, 4^. - Mansi, 789 ss. — WATTERicn, II, 357. — 2. Beneficium fut rendu par fief; comme si le pape avait donné à Frédéric l'empire comme fief. Les mots contulerit et conferens avaient été traduits dans le même sens. - 3. Otton de Fkisingue, Gesta Fred,, III, 10. — Pertz, XX, 422-423. — Wat- TERicii, II, 36i. Les lettres de Frédéric à Hillin de Trêves, de ce dernier à Frédéric, d'Adrien aux évoques d'Allemagne, où Frédéric est dit avoir tenté un schisme, sont apocryphes. — Hefele, V, 487 ss. — 4. Watterich, II, 366.