FRÉDÉRIC BARBEROÜSSE ET HENRI VI
impériale {imperium) venait immédiatement de Dieu et le couronnement qui se faisait à Rome était un devoir [debi^ tum) de même que le sacre du roi après Télection *. Cette manière de voir ne s'accordait pas avec la restauration de Tempire d'Occident par le pape Léon III. En 1158 Frédéric vint eu Italie, força Milan de se soumettre et tint une diète dans la vallée de Roncaglia. Les juristes de Bologne lui attribuèrent des droits qui portaient conflit tant aux droits de TÉglise qu'à ceux des princes et des villes. « A toi, disait à l'empereur l'archevêque de Milan, a été donné tout le droit du peuple pour la promulgation des lois. Ta volonté est le droit, car le vieil adage porte : Ce qui plaît au roi a force de loi » 2. C'est d'après ce principe que Frédéric s'en prit aux villes, aux abbayes, aux évoques et même au pape. D'abord il accapara les possessions de la comtesse Mathilde bien qu'elles fussent régales de saint Pierre. Une grande discorde fut occasionnée par l'occupation du siège de Ravenne. Le pape refusa de confirmer le candidat impérial. Dans les lettres qu'il échangea avec le pape, Frédéric plaça son nom avant celui du pape et lui adress a la parole au singulier ^. Adrien dut envoyer, aux environs de Pâques 1159, quatre cardinaux à Bologne pour traiter avec l'empereur, mais ils n'eurent pas de succès. Peu de temps après, le pape menaçait l'empereur et l'engageait à demeurer fidèle aux promesses qu'il avait faites ; il n'en reçut qu'une réponse insolente. Alors les cardinaux lui conseillèrent de lancer l'anathème contre le coupable, mais Adrien mourut à Anagni le l*'' septembre 1159.
4^ Ainsi qu'on pouvait le prévoir, il se fit une double élection. La grande majorité des cardinaux élut comme pape Roland Bandinelli, Alexandre III (1159-1181); la minorité impériale lui opposa Octavien (Victor IV). Celui-ci ayant à Rome la prépondérance, Alexandre dut s'enfuir. Sous prétexte que l'élection était douteuse, l'em-
1. Epistolaad Germanos, Pertz, XX, 422. — 2. Otton de Fiusingue, Pertz, XX, 446. — 3. Otton de Frisingue, GesU Fred., IV, 48. ~ Pertz, XX, 455. — MAK8I, XXI, 795 s.
%i^ DEUXIÈME ÉPOQUE. — DEUXIÈME PÉRIODE.
pereur convoqua un concile à Pavie. Victor y fut invité par lui comme évoque de Rome; Alexandre, comme cardinal Roland. Mais celui-ci n'y parut point. Le concile, composé seulement de cinquante évéques allemands ou lombards et travaillé par Rainald de Dassel, reconnut Victor pour pape légitime et excommunia Alexandre. Ce dernier, reconnu par tous les autres princes, se trouvait en sûreté, et put même rester quelque temps à Rome, d'où il prit la fuite pour la France (1162). Le danger d'une ligue entre la France et l'Allemagne fut conjuré par l'habileté d'Alexandre et la conduite énergique du roi d'Angleterre. Pendant que Barberousse passait pour la troisième fois en Italie, son antipape expira à Lucques en 1164. Bien que Frédéric inclinât alors vers la paix, Rainald de Dassel fit élire un nouvel antipape, qui prit le nom de Pascal ÏII. Beaucoup, même en Allemagne, abandonnèrent le schisme, Frédéric s'en plaignit K Pour complaire lui-même aux Allemands et rendre populaire l'antipape, Rainald de Dassel transporta en 1164 les reliques des saints Rois Mages de Milan à Cologne, et canonisa Charlemagne sur l'ordre de Pascal (29 déc. 1165). La cause de l'empereur perdit cependant du terrain.
5° Déjà, en novembre 1165, Alexandre Ilï était retourné à Rome et avait été accueilli avec enthousiasme. Frédéric passa en Italie pour la quatrième fois, chassa le pape de Rome, et se fit couronner de nouveau à Saint-Pierre par l'antipape. Mais la peste éclata dans son armée. Des milliers d'hommes en moururent; parmi eux Rainald de Dassel, l'archevêque récalcitrant de Cologne. L'empereur laissa le reste de son armée à Lucques et partit pour l'Allemagne. Ce départ encouragea le parti du pape. Un concile, réuni en 1167 au Latran, lança une seconde fois Tanathème contre l'empereur. La Lombardie elle-même se souleva contre lui, forma la ligue des cités lombardes et construisit avec une rapidité incroyable la ville fortifiée