CONFLITS ECCLÉSIASTIQUES EN ANGLETERRE
colère : « Je nourris dans mon royaume des lâches, qui ne vengent pas leur maître mais le laissent bafouer par un prêtre plébéien ». Quatre chevaliers partirent aussitôt. Le roi voulut les rappeler. C'était trop tard. lis assassinèrent saint Thomas dans la cathédrale de Cantorbéry (1170). Le roi regretta le crime ^ révoqua certains décrets (1172) et fit même un pèlerinage d'expiation au tombeau du saint (1174).
3** A plusieurs reprises 2, un conflit s'était élevé entre les chanoines réguliers de Cantorbéry et les évêques de la province ecclésiastique. On prétendait des deux côtés au droit d'élire le primat. A la mort de Hubert, en 1205, les partis s'adressèrent à Innocent III qui se prononça en faveur des chanoines. Les représentants du chapitre, mandés à Rome, élurent Etienne Lismgrton. La nouvelle de ce choix irrita Jean Sans- Terre (1199-1216) qui avait pour candidat l'évêque de Norwich. Il ne reconnut pas l'élu et chassa les chanoines. Menacé d'excommunication et d'interdit , le roi accabla le pape et les cardinaux de paroles injurieuses, jura par les « dents de Dieu » de chasser tous les clercs et de renvoyer les légats pontificaux sans nez et sans oreilles. L'interdit fut néanmoins proclamé ^ (1208). Les moines et les clercs qui l'observèrent furent victimes de la colère royale. Quatre évêques seulement se rendirent aux volontés du roi. L'excommunication personnelle suivit en 1209 *. Le pape tenta cependant d'amener une réconciliation et différa ^ jusqu'en 1212 de proclamer la destitution de Jean sans Terre et de confier à Philippe- Auguste l'exécution de sa sentence. L'opiniâtreté royale céda aussitôt; des légats furent envoyés à Rome, où furent posées des conditions que Jean accepta et jura d'observer ^. Etienne Langton fut accueilli en Angleterre
1. Il dit : « Neque cogitavi, neque scivi, neque fieri praecepù • Wat- TERicH, II, 419. — 2. Ainsi en 1484 et il93. — 3. La formule de Tinterdit, P. L., CCXVII, 190 8S. — 4. PoTTHAST, Rcffesta , I, 3752. — 5. Potthast, Regesta, I, n. 4392-4399. — 6. Les Lettres, P. L., CCXYI, 772 ss.
avec respect et enthousiasme, Jean sans Terre déclara FAngleterre et l'Irlande fief pontifical ^ et conjura ainsi Je péril dont il était menacé.
4*" Henri 1 avait bientôt révoqué (1100) les privilèges accordés par lui-même aux seigneurs du royaume et aux barons. En 1213 on les réclama de nouveau et Ton força le roi à octroyer la Grande Charte des libertés -. Cette fois, Jean sans Terre s'adressa à Rome pour se défendre contre les seigneurs et les évêques et fut protégé par Innocent III. Celui-ci promulgua en effet une bulle (24 août 1215), qui déclara la Grande Charte nulle et sans valeur. Comme on ne se troublait point de cette sentence, un grand nombre furent excommuniés, l'archevêque Etienne Langton déclaré suspens et la ville de Londres frappée de l'interdit ^- Les seigneurs rejetèrent Jean et élurent le fils de Philippe- Auguste, Louis le Lion, qui prit Londres d'assaut, mais en fut puni de l'excommunication (1216). Jean sans Terre mourut la même année. Son fils Henri III jouit également de la protection du pape. La Grande Charte fut modifiée en faveur du roi. Les 63 articles furent réduits à 42. Après d'autres changements, le texte encore actuellement en usage fut confirmé en 1225 ^
S 95. — Les derniers papes du XIII^ siècle sous Tinfluence de la maison royale de France. Le XIV* concile général (1274) <\
l*' La longue lutte des empereurs allemands contre le
1. P,L.y CCXVI, 876 ss. — 2. Us en appelaient aussi aux libertés octroyées par Edouard I, qui régnait en 901-925. — 3, Pottiiast, I, n. 4990. 5005-5006. — 4. Sur la lutte en Angleterre, Cf. Hergenuötiier, KathoL Kir che und Chrisil. Staat^ p. 240 ss., 403 ss. — 5. Gl'iuaud-Cadieu» Les registres de Grégoire X et de Jean XXI^ Paris, 4884. — Prou, Les registres d'Honorius ƒ K, Paris, 1886. — Langlois, Les registres de Nicolas IV, Paris, 1886, 1-2; ID., Les registres de Martin /K, Paris, 1901. — Digakd-Kal'cox- Thomas, Les registres de Boni face VIII, Paris, 1884. — Pottuast, Regesta^ H, p. 16S1 ss. — Walter, Die Politik der Curie unter Gregor X, Berlin, 1894. — Stapper, Papst Johannes XXI [Kirchengesch, Stud., t. IV), Munster, 1899. — Demski, Papst Nicolaus III {Kirchengesch, Stud,r% Vi), Munster,