‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 154 sur 205 · POTTHAST, Heg,, n. Ö · texte numérisé non relu

POTTHAST, Heg,, n. Ö

fondateur réclama la plus grande pauvreté, la renonciation à toute possession individuelle et même aux propriétés collectives, sauf le strict essentiel, l'église, le couvent et les livres. C'est sans raisons valables qu'on a prétendu que S* Dominique aurait copié S. François sur ce point K

Ce chapitre donna à l'ordre son organisation ferme et définitive. Le couvent est gouverné par un prieur, la province par un prieur pronncial et l'ordre entier par un maître général. Des chapitres annuels, qui furent ensuite réunis tous les deux ans et plus tard tous les trois ans, peuvent apporter aux Constitutions les modifications imposées par les circonstances. L'extension de la famille dominicaine fut rapide. L'année de la mort de Dominique (1221), l'on vit déjà 60 maisons représentées^ au second chapitre général ; au commencement du siècle suivant existaient 21 provinces avec 560 couvents. Sur le terrain de la science et dans l'enseignement, comme prédicateurs et missionnaires chez les infidèles, par leur contribution au personnel des grandes fonctions ecclésiastiques, cardinalat, épiscopat, inquisition et agents pontificaux de toute sorte, les Prêcheurs exercèrent une véritable prépondérance dans l'Eglise pendant tout le moyen âge.

6° La branche féminine ou second Ordre de Saint- Dominique doit son origine à la fondation du monastère de Prouille (1206). Le saint lui-même donna aux sœurs la règle de saint Augustin et des constitutions. Plus tard, en 1213, il dut sur l'ordre d'Honorius III réformer les religieuses de quelques communautés relâchées de Rome; il les réunit à Saint-Sixte, les soumit à la direction de sœurs venues de Prouille, les astreignit à une discipline sévère avec la clôture stricte et la parfaite pauvreté. Il leur donna l'habit de son ordre et descons-

1. S.iBATiER, Vie de S, François (^Assise, — Scqnûrer, Frans von Assista p. 92. — Voir la réfutation rigoureuse dans J. Güiraüd, Quest. d*hist. et d'archéol chrét.^ Paris, 1906 : S. Dominique a-t-il copié S, François ? p. 483- 463. — 2, Mamacbi, Annales, p. 637.

titutions que le Saint-Siège imposa à divers monastères^ Il y eut bientôt de nombreuses maisons ; on en comptait 200 environ au commencement du xiv« siècle. A part quelques légères différences, le second ordre de Saint- Dominique suit la même règle que le premier, il est soumis à la plus stricte clôture, il est uniquement contemplatif.

V Le tiers Ordre de saint Dominique vint compléter l'heureuse influence des deux autres ^ A l'origine la Milice du Christ n'avait pas uniquement comme but la sanctification personnelle de ses membres, mais aussi la défense des biens ecclésiastiques contre les attaques des hérétiques. Il en sortit plus tard l'ordre des frères et sœurs de la Pénitence. Longtemps auparavant les membres en étaient déjà très nombreux. Cependant, comme durant im temps assez notable il n'existait pas de règle fixe, le tiers ordre recevait des appellations et des formes différentes selon les divers pays où il était. Sa règle définitive fut donnée par Munio de Zamora (1285) et l'approbation fut renouvelée par Innocent VII (1405) et Eugène IV (1409).

A côté du tiers ordre séculier, s'est formé un tiers ordre régulier, qui s'adonne aux œuvres d'enseignement et de charité. Les nombreuses maisons se réunissent en diverses congrégations, chez lesquelles la règle commune à tout l'ordre est complétée par les constitutions indiquées par les circonstances de lieu et le but poursuivi.

8^ L'action des Frères Mineurs et des Frères Prêcheurs fut très considérable et eut les meilleurs résultats. Leur pauvreté était un contrepoids à la richesse et à l'esprit mondain; leur parole et leur exemple combattaient l'indifférence et le relâchement qui avaient envahi beaucoup de membres du clergé, tant à l'intérieur qu'au de-

1. KLEiNERifAK>'s, Dev dritte Orden von der Busse des H, Dominikus^ Duimen, 1885. — Deiîifle, Arch, /*. Lit. u. Kirchengesch., t. CLXV. — Analecta BolL, 4899, p. 294 ss. — E. Mandonnet, Origines de VOrdo de Poenitentia, Fribourg, 4898 et Les règles et le gouvernement de VOrdo de Poenitentia au XIW s., Paris, 4902 Mortier, l. c, II, 220.

hors des monastères. Leur prédication en Europe et le travail des missions en Asie et en Afrique produisirent de très riches fruits de salut. Les deux ordres imprimèrent un nouvel élan aux études et produisirent les célèbres docteurs de l'immortelle scolastique. Comme François et Dominique avaient été unis d'amitié, ainsi le furent Thomas et Bonaventure. Il y eut cependant des points de désunion et de froissement sur la question de priorité^ et la divergence des écoles théologiques (Thomistes et Scotistes).

9® L'Ordre du Garmel ^ a emprunté son nom aux montagnes bien connues qui se trouvent on Syrie. 11 semble que la beauté du site et le souvenir d'Elie' ont attiré de bonne heure des ermites en ce lieu. Dans la seconde moitié du xii*» siècle s'y fixa Berthold de Calabre avec dix compagnons, il y bâtit une chapelle en l'honneur de la Vierge-Mère et un ermitage auprès de la grotte d'Elie. Le nombre des <x Ermites de N.-D. du, mont Carmel » se multiplia rapidement; en 1208 et 1209, ils reçurent de saint Albert, patriarche de Jérusalem, une règle qui fut approuvée par Honorius III le 30 janvier 1226. Lorsque l'empereur Frédéric II eut conclu si traîtreusement la paix avec le

1. Alors les deux généraux écrivirent une lettre collective aux deux ordres. WADDmc, Annal, Min., an. 1355, n. 19. — Reichert, Litt. EncycL Mag. 6en. 0. P., p. 100. — Mortier, I. c, II, p. 103. —2. Bullarium Canme- Utanum, 1 1., éd. Eus. de Montesignano, Rome, 1715-1758. — Kocb, Die Karmelitenklöster der niederdeutschen Provinz, Frib.-en-Br., 1889. — Denifle, Quellen zur GeUhrtengeschichte des Karmeliterordens in i3 und i4 Jahrhunderl. Arch. f. Lit, und Kirehengesch.jY, 36588. — J. NipOM.DE S.-Pierre, Hist, de Vord. de N.-D. du M. C. sous ses neuf premiers généraux, Maéstricht, 1798,— Rom ANET de Cailland, Origines de l'ordre du Carmel, Limoges, 1894. — B. ZiMMERMAN, art. Carmes {Ordre des) dans le Dict. de ThéoL cath., — 3. Sur Élie fondateur, cf. Papembroch, Acta SS., t. I.Maii, p. 774 ss. — Tradition soutenue par P. Sébastien a Paulo, Exhibitio errorum quos D. Papenbroch in aciis SS. commisit, Cologne, 1693. — Réponse de Papen- BROCH, Anvers, 1606. — La tradition de Tordre est exposée dans les Liitri dscem de Inst. et proc. ord. B. V. Mariae de M. Carmeli et de pecul. gestis relig. Carm. per R. P. Phil. Rroon. Spéculum Carmelit., Anvers, 1680. -^ Innocent Xii dut intervenir daùs la controverse pour amener la paix. — La thèse du P. Papenbroch est aujourd'hui généralement acceptée.

sultan Kamel, les habitants du Carmel eurent beaucoup à souffrir des Turcs, par suite ils se décidèrent à passer en Europe et s'embarquèrent pour File de Chypre, la Sicile, la France et TAngleterre. Dès 1245, un premier chapitre général se tint à Aylesford, dans le comté de Kent, oùle B. Simon Stock fut élu général. Au concile œcuménique de Lyon (1245), Innocent IV éleva la congrégation des Ermites au rang d'ordre mendiant, sous le nom de « Ordre de Notre-Dame du mont Carmel j*^ Les couvents auraient à leur tête un prieur, les provinces un provincial et Tordre entier un général. En même temps la règle fut modifiée et approuvée selon les nécessités nouvelles. La tendre dévotion envers Marie prêchée partout et la diffusion du scapulaire^ que Simon Stock avait reçu de la Mère de Dieu permirent à cet ordre de se répandre rapidement. Le second et le tiers ordre ne parurent que plus tard.

10^ Le quatrième des grands ordres mendiants est Tordre des Ermites de saint Augrnstin ^. Durant le cours du xii« et du xiii® siècle, différentes congrégations d'ermites furent fondées, qui soit de gré, soit par ordre des Papes, prirent la règle de saint Augustin ^.

Dans le but d'obvier à la confusion provenant de la diversité des observances et pour exécuter le XIII* canon du quatrième concile de Latran ^ (1215), Alexandre IV

1. B. ZiMMERMANN, 0. C. D., Mofiumenta hist. Carmelitana, Toi. I : continens antiquas ordinis consuetudines, acta cap. gener.y traetatus de prioribus gênerai, necnonepistolas diversas, Lirinae, 1907. La Bulle Sabba- Une n'a pas été publiée par Jean XXII, ni confirmée par Alexandre V; elle est certainement apocryphe. — Cf. Zeitschrift f, Kath, TkeoU^ 1900, p. 34 ss. — Elle apparaît en premier lieu dans un décret de Clément VII. — Cf. Kirchenlexikon, art. SimonStock eiScapulaire. — 2. PAMPmLUS, Chro* nica ordinis fratrum Eremitarum S, Augustini ^^ome, 1684. — Torelu, Secoli Augostiniani, ovvero, Hist. Generale dell 'ord* eremitano di S, Augostino, 8 vol., Bologne, 1658. — Kolde, Dte deutsche Augustinerkongregation und Johann F, Staupitz, Gotha, 1879. — D. Besse, art. Augustin {Règle de Sainth dans le Dict. de Théol, cath., c. 2474-2477. — 3. U y avait les Jeanbonites établis près de Mantoue par le bienheureux Jean Bon, vers 1209; les Brittiniens vivant dans la marche d'Ancône, les frères du Sac ou de la Pénitence de J.-C, les ermites toscans, etc.. — 4. Ce canon disait : « Prohibetur ne quis novum religiosum ordinem instituât, sed unum ex approbatis assumât. Qui vero voluerit religiosam domum

réunit en 1256 toutes les congrégations similaires en un seul ordre sous le nom d'Ermites de Saint- Augustin. La plupart répondirent à Tappel du pape. Celui-ci confirma le nouvel institut le 9 avril 1256 et pressa les moines d'obéir à leur nouveau général \ Bien que Tordre observât la règle de saint Augustin, il avait cependant également ses constitutions propres qui furent confirmées aux chapitres généraux de Florence (1287) et de Ratisbonne (1290). L'organisation de l'ordre ressemblait à celle des autres instituts; son développement fut si considérable qu'il compta au moment de sa plus grande prospérité 42 provinces avec 2.000 couvents (30.000 religieux). Cette extension ne paraît pas avoir eu une influence heureuse sur la discipline, car le besoin de réforme se fit bientôt sentir. Depuis le xiii^ siècle un Ermite de Saint-Augustin est sacristain de la chapelle pontificale ; une bulle d'Alexandre VI confirma plus tard ce privilège (1497).

11° Ces quatre ordres mendiants furent expressément mentionnés dans le XXIP canon du second concile de Lyon (1274). On y avait jugé que le grand nombre d'ordres et de congrégations religieuses était une cause de confusion. C'est pourquoi le concile statua que personne ne pourrait plus fonder im nouvel ordre ou prendre im nouveau genre d'habit religieux. Tous les ordres, les ordres mendiants compris, parus depuis le concile de Latran (1215) sans approbation légitime, devaient se dissoudre ; cependant les ordres mendiants qui avaient été approuvés et qui étaient venus après le concile eurent la faculté de s'éteindre peu à peu. Chaque membre pouvait individuellement passer à un autre ordre sans autorisation du Saint-Siège; pour les maisons ou les ordres entiers, cette autorisation était de rigueur. Ces mesures n'atteignaient nullement les Frères Prêcheurs et les Frères Mineurs, les Carmes et les Ermites de Saint- Augustin 2.

fundare^ regulam et institutionem accipiat ab ordinibus approbatis, » — 1. POTTiiAST, Reg,, n. 16334, 16335, 16339. — 2. Mansi, XXill, 96-97. — Cap. l

S 110. •— Autres ordres ^

1** Les Servîtes^ furent fondés en 1233, lorsque Bonfiglio et six autres marchands florentins se réunirent ensemble le 8 septembre dans la Villa Camartia. Plus tard, ils bâtirent un couvent sur le mont Senario, Celui à qui Tordre doit sa propagation est saint Philippe Bénizi ^. L'ordre comptait 10.000 religieux en 1310. Ils suivirent la règle de saint Augustin et se consacrèrent spécialement au culte de la sainte Vierge et de ses sept douleurs. Alexandre IV confirma en 1256 la règle, les statuts et l'ordre '•. Saint Philippe fonda les Sœurs sercites, qui sont répandues en Italie, en Flandre et en Allemagne. Sainte Julienne Falconieri (f 1341) établit la branche du tiers-ordre féminin des Servites ou Mantellates qui se répandit dans les diverses contrées d'Europe et possède aujourd'hui 40 couvents.

2** L'ordre des Trinitaires ^ vit le jour en 1119. Saint Jean de Matha et saint Félix de Valois * en furent les fondateurs. Le nom qu'il portait en indiquait le but : « Ordre de la Sainte Trinité pour la délivrance des captifs ». La chapelle de Saint-Mathurin à Paris "^ où

De rel. dom in VI<* (III, 17) : • Sane ad Praedicatorumet Minorum ordines, quos evidens ex eis utilitas ecclesiae universali proveniens perhibet approbatos, praesentem non patimur constitutionem extendi. Ceterum Eremitarum Sancti Augustini et Carmelitarum ordines, qwyrum institutio dictum concilium generale praecessit, in solido statu volumus permanere. » — 1. Les ouvrages généraux déjà cités. — Ratzinger, Geschichte der Kirchlichen Armenpflege,9;^ éd., Frib.-en-Br., 1884, p. 254 ss. -—2. Morini-Saclier, Mon, ord, Servorum S. Mariae, 4 vol., Brux., 1897 ss. — Hist, de Vordre des Servites^ 2 vol., Paris, 1886. — - Akch. Giakii, Annal. ». ord, servorum B, M. T., Lucques, 1719-1723. — Les sept fondateurs ont été canonisés par Léon xm (1888).— 3. Saulier, Vie de saint Philippe Bénizi, Propagateur de VOrdre des Servites, Paris, 1886. — 4. Potthast, n. 16302. — 5. BoNAv. Baro, Annal, ord. SS. Trinit., Rome, 1684. — EMELm, Die Litt. zur Gesch. des Ordens SS. Trinit., etc., Karlsruhe, 1890. — ANTomo DELL' AssuMPTiONE, Arb. chrouol. ord. excalceat. SS. Trtn., Rome, 1894. — Deslandres, L'Eglise et le rachat des captifs, Paris, 1902;— L'ordre des Trinitaires pour le rachat des captifs, Paris, 1903. — 6. Calixte de laPro\to., Vte de saint Félix de Valois, 3«> éd., Paris, 1878. — 7. Thoison, Saint Mathurtn. Etude hist, et iconographique. Paris et Orléans, 1889.

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