AUTRES ORDRES
ces religieux se réunissaient leur fit donner le nom de Mathurins. La maison principale était à Cerfroy. Cet institut se propagea en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et jusqu'en Amérique. Us eurent 250 couvents, distribués en 17 provinces ^ . Le nombre des esclaves rendus par eux- à la liberté s'élève à 200.000.
3** Le même but était poursuivi par TOrdre de la Merci ^ (Ordo B. Mariae de Mer cède redemptionis capti9orum)^ fondé par saint Pierre Nolasque et saint Raymond de Pennafort en 1223. Au début, l'institut, qui était surtout militaire, se recrutait principalement dans la noblesse; plus tard, il compta des prêtres et des frères^. Aux trois vœux ordinaires, ils en ajoutèrent un quatrième, celui de se livrer en captivité pour délivrer un esclave dont le salut était en péril. Cet ordre a produit de très grands fruits de salut en Amérique où ils furent emmenés par Christophe Colomb. Il compte encore aujourd'hui 500 membres répandus dans le sud de l'Europe et en Amérique ^.
4** Les Bégruines ^ tirent leur nom de Lambert le Bègue (-{- 1187). Au xiii® siècle il y avait déjà de nombreux béguinages en Belgique, en Hollande, en Allemagne et en France. La Belgique en compta même 94 ; la Hollande, 27. A plusieurs reprises on soupçonna les béguines d'hérésie, en sorte que le concile général de Vienne de 1312 interdit les béguinages. Ceux qui étaient à l'abri de ce soupçon furent tolérés par Jean XXII. Re-
1. Il reste quelques maisons peu nombreuses en Italie, en Espagne et dans TAmérique du Sud. En 1894, le général de TOrdre s'est oflfert au souverain pontife pour se vouer avec ses frères à l'œuvre anti-esclavagiste. — 2. Bern. de Vargas, Chronica sacri et militaris ord, B. M. de Mercede, Païenne, 1619. — Gari y Sicemell, Bibliotheca Mercedaria, Barcelone, 1875. — 3. Lorsque Jean XXII voulut réserver à un prêtre lactiarge de général, les chevaliers quittèrent l'ordre pour s'unir aux chevaliers de Montesa (1317). — 4.GAMS, Kirchengesch»v.Spanien, III, I, 236 ss. — 5. Fredericqce, Lambert le Bègue, Bruxelles, 1895. — Tüb. Quartalschr., 18H, p. 504. — Hist. pol. Blâtter, t. LXXXVin,p.89 ss.— Hermens, Der Orden vom H. Grab., 2« éd., Dûsseldorf, 1870. — F. Vernet, art. Béghards, Béghines, dans le Dict.de Théol.cath.
tirées du monde, les béguines menaient une vie pieuse sans être astreintes par des vœux. Elles promettaient, pour le temps de leur séjour dans la communauté, la chasteté et l'obéissance, mais non la pauvreté. Elles étaient soumises à leur supérieure (Grande Dame) et au curé. Aujourd'hui il y a encore des béguines en Belgique et en Hollande ^ .
5° Au commencement du xiii* siècle il y eut de semblables communautés d'hommes, surtout en Belgique et en Hollande. Les Bég^uins vivaient ensemble sans communauté de biens. Presque partout ils furent accusés plus tard d'hérésies et souvent condamnés (1311, 1312, 1317, 1318 et 1330) ^. On les a souvent confondus avec les Fratricellesy les Swestrones et les Lollards, Poursuivis partout pour leur fausse doctrine et leur fanatisme, les Béguins disparurent même avant la Réforme.
6^ Il faut citer en outre les Frères Hospitaliers de Saint-Antoine^ (1095); les Frères de Saint-Lazare (xii^ siècle); les Frères Pontifes en France (1189); l'ordre du Saint- Sépulcre à Jérusalem (1114); les Frères Hospitaliers du Saint-Esprit en Italie et ailleurs (1198); les couvents écossais en Allemagne (fin du xi*' siècle) ; en plus, bien d'autres institutions, des chapitres pour chanoinesses, des abbayes pour dames de la haute noblesse, comme celles de Rynsburg et de Thorn en Hollande.
S 111. — Les ordres militaires^.
l'* Le premier en date est Tordre des Chevaliers de
1. MosHEiM, De Beg hardis et Beguinabus, Leipzig, d790. — J. H. Albvnks. La me de sainte Douceline, fondatrice des Béghines du Marseille, Marseille. 1879. ~ Legrand, Les béghines de Paris, Paris, 1894. — 2. Denzinger, 9* éd., p. 13S s. — F. Vernet, ar^ cî7., col. 319-332. — 3. A vielle, Hîst. de l'Ordre hospitalier de Saint-Antoine, 1883. —• Dom Dijon, L'Eglise abbatiale de Saint-Antoine, Grenoble, 1902. — 4. H. Helyot, Histoires des ordres monastiques, religieux et militaires, Paris, 1714-1719. — J. Saresbcb- GENS1S, Polycraticus, YT, 8-10, P. X., CXGIX, GüO-602. — De primordiis et mventione s. religionis Jerosolymorum, P. Z.., CLV, 1098 ss. — Ortesbürc,
LES ORDKES MILITAIRES. 555
Saint-Jean* Dès 1048 fut établi à Jérusalem, par les soins des marchands d'Amalfi, un hôpital pour les pèlerins malades K II s'en éleva bientôt un second « Après la conquête de Jérusalem, ceux qui les habitaient continuèrent sous leur chef Gérard du Puy à se consacrer au service des malades; ils furent richement dotés par Godefroy de Bouillon. Ils se firent appeler Frères Hospitaliers de Saint- Jean-Baptiste, c'est sous ce nom qu'ils furent constitués en congrégation par Pascal II (1113) ^. Le deuxième grand^-msdtre, Raymond du Puy, leur imposa l'obligation de combattre les infidèles et éleva ainsi l'institution au rang d'ordre de chevalerie (1120); cet ordre, approuvé par Innocent II (1130), fut enrichi d'un grand nombre de privilèges par Anastase IV ^. Il comprenait les chemliers qui devaient être tous nobles, les sergents pris dans la bourgeoisie, écuyers ou intendants, les clercs qui servaient de chapelains. Le service des malades passa inôensiblement au second plan. Ils portaient un vêtement noir avec une croix blanche sur la poitrine; et une croix rouge sur leur étendard. A la tête de l'ordre était un grand-maître, aidé d'un conseil et d'un chapitre général. Il était divisé en pays, bailliages et commanderies. Les chevaliers de Saint- Jean ont beaucoup contribué à la défense de la Palestine. Lors de la chute de Jérusalem (1187), Acre devint le centre de l'ordre; après 1291, ce fut l'île de Rhodes^. Chassés également de là (1522), ils reçurent de Charles-Quint l'île de Malte, d'où leur nom de che-
Der Ritterorden des H. Joannes, Ratisb., ^866. — Delaville Le Roux, Cartulaire général des Hospitaliers^ etc., Paris, 1894 ss. — ■ Wilcke, Gesch. des Ordens der Tempelherren, â vol., *• éd.. Halle, 4860. — Prütz, Bntwicklung und Untergang des Tempelherrenordens, Berlin, 1888. — Knöp- FLER, Die Ordensregel der Tempelherren {Hist, Jahrb.^ 1887, p. 666 ss.).— SCHNÜRER, Die ursprûngliche Tempelregel, etc. {Stv4, w. Darstellungen, etc., III, 1-2, Frib.-en-Br., 190S). — Voigt, Geschtehte des Deutschen Ritterordens, S vol., Berlin, 1857-1859. — 1. L. Bréhier, L* Eglise et l'Orient au moyen âge, p. 49. — Delaville Le Roux, Les Hospitaliers en Terre Sainte, Paris, 1904, p. 11. — 2. Jaff^ n. 4703. — Mamsi, XXI, 87 s. — L. Bréhier, p. 96 ss. — Delaville Le Roux, p. 34 ss. — 3. Jaffé, n. 9930. — Mamsi, XXI, 780 ss. — 4. L. Bréhier, p. 310, S91, 292-394.
valîeps de Malte. Ils y demeurèrent jusqu'à la révolution française.
2^ En 1118, Hugues de Payens, (lodefroy de Saint- Omep et 8 autres chevaliers formèrent à Jérusalem un ordre qui unissait les devoirs du moine et ceux du chevalier, la vie ascétique et la vie militaire, pour veiller à la sécurité des pèlerins. Baudouin II leur céda une partie de son palais, qu'on appelait le temple de Salomon : d'où est venu leur nom de Templiers ^ L'organisation de cet ordre concordait avec celle des chevaliers de Saint- Jean. En 1128, le premier grand-maître Hugues de Payens vint au concile de Troyes, il y reçut comme habit distinctif de l'ordre un manteau blanc; la règle qui lui fut remise également avait été composée par saint Bernard^. Eugène III leur mit une croix rouge sur le côté gauche de la poitrine. En 1172, Alexandre III les autorisa à accepter des clercs dans l'ordre. Bientôt les Templiers devinrent la terreur des infidèles et un objet de vénération pour tous. Si pauvres à l'origine que Hugues de Payens et Godefroy de Saint-Omer n'avaient qu'un seul cheval de guerre à evx. deux, ils reçurent à la longue de grandes richesses : d'abord du concile de Pise (1135), ensuite de Raymond de Barcelone (1143). A mesure que la puissance et les privilèges s'accrurent, la discipline se relâcha. Des plaintes s'élevèrent déjà contre leurs prétentions au XI® concile œcuménique en 1179. Les mêmes canons furent renouvelés au concile de Londres (1200) ^. En 1207, Innocent III leur reprochait leur désobéissance et leur vie sensuelle^. Les perpétuelles rivalités entre les Templiers et l'ordre de Saint-Jean furent aussi une cause de grands maux. Elles cessèrent quelque temps à la suite d'un contrat conclu le 2 août 1179;
1. De Curzon, Règle du Temple, Paris, 1886. — 2. Celte règle fut complétée plus tard par le patriarche Etienne de Jérusalem. — Maksi, XXI. 359-373 Les abstinences prolongées leur étaient interdites et ils devaient au contraire se bien nourrir afin d'entretenir leur vigueur. L. BRiniEn, p. 97. — 3. Lateran. III, can. 9; L^d., can.i4. — 4. P. L,, CCXV, IMTs. : « implent voluptates; cum debuissent aliis esse odor vitae in vitam, facti sunt odor mortis in mortem ».
LES ORDRES MIUTAIRES. 557
mais la source des querelles, la jalousie survécut ^ Après la chute d'Acre (1291), le siège de l'ordre fut fixé en Chypre ^. Quelque temps après, Philippe le Bel commença sa guerre contre Tordre, qui disparut sans honneur^ en 1312.
3** Durant le siège de Saint- Jean d'Acre, quelques bourgeois de Brème et de Lubeck fondèrent un hôpital de campagne pour les pèlerins allemands. Cette entreprise plut à Frédéric de Souabe, qui en confia la direction à son chapelain Conrad et à son camérier Burchard. Après la prise de la ville, Thôpital de campagne donna origine à l'hôpital de Notre-Dame des Allemands à Jérusalem. Ces deux derniers mots furent ajoutés dans l'espoir de transférer la fondation d'Acre dans la Ville sainte (1190). Les papes Clément III et Célestin IIP favorisèrent l'institution, qui, par la puissante protection de Souabe, fut changé en un ordre de chevalerie et rçconnu comme tel par Innocent III. L'ordre Teutonique comptait des prêtres et des chevaliers, se consacrait au maniement des armes et aux soins des malades ^ ; Honorius III lui accorda les privilèges des Templiers et des chevaliers de Saint- Jean ^ dont ils se distinguaient par le manteau blanc à croix noire. Le premier grand-maître fut Henri Walpot de Bassenheim. Le nombre des chevaliers fut bientôt considérable, ils signalèrent surtout leur courage auprès de Damiette (1219). Sous le célèbre grandmaître Hermann de Salza '^^ ils furent chargés de combattre les païens de la Prusse. Là s'adjoignît à eux l'Ordre des Frères Porte-Glaive (1238). La civilisation de la Prusse est en grande partie leur œuvre. A partir de
1. Jaffé, n. 87-39. — P. Z., CC, 1243 as. — 2. L'île de Chypre leur fut vendue par Richard Cœur-de-Lion, 100.000 besants d'or dont 40.000 livrables immédiatement. — Mas-Latrie, Hist. de Chypre, I, 99. — L. Bréhier, p. 135. — 3. Voir le procès, § 417, n. 3. — 4. Jaffé, n. 16667, 17467. — Salles, Annales de l'Ordre Teutonique, Paris, 1887. — 5. P. L., CCXIV, 53S : « Juxta modam Templariorum in clericis et militibus et ad exemplum Hospitaliorum in pauperibus et infirînis ». — 6. Pottiiast, n. 5386; cf. n. 7032. — 7. KocH, Hermann v. Salza, Meister des deutschen Ordens, Leipzig, 1885.
1309, le siège de Tordre se trouva à Marienbourg. Le grand-maître Albert de Brandebourg passa en 1525 au protestantisme et transforma le territoirede Tordre en duché séculier. Les membres de Tordre restés fidèles transportèrent leur siège à Mergentheim dans le Wurtemberg. L'ordre subsiste encore de nos jours en Autriche. £n Hollande, il existe une branche entièrement protestante formée de nobles qui ont hérité des revenus que le moyen âge avait fondés ad pias causas, mais qui ne se dévouent ni au soin des malades ni à la lutte contre les infidèles.
4** Quelques ordres moindres de chevalerie méritent une mention : Tordre de Calatra^a^ (il64), Tordre à^ Alcantara*^ (1156); la Milice de Saint-Jacques pour la protection des pèlerins de Compostelle^ (1175); les Combattants d'Evora ^ et Tordre Saint-Michel ou de VAile^ (1166). Tous ces ordres répondaient à Tidéal du temps et eurent Theureuse influence d'infuser un peu d'idéal au grossier métier des armes.
1. p. L., ce, 310 SB. — Jaffé, n. 9993. — 2. Potthast, n. 990S. — 3. P. L.; ce, 1024 SB. — 4. P. L., CLXXXIII, 166i 88. — 5. P. L., CLXXXVlll, 1614.
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