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CHAPITRE II

LUTTE DU PAGANISME CONTRE l'ÉGLISE.

S 7. — Caractère de la Persécution i.

1** Dès que le christianisme parut au grand jour, il rencontra la persécution. Elle lui vint d'abord des Juifs, ensuite des païens qui le prirent quelque temps pour une secte du judaïsme. Vers Fan 50, l'empereur Claude avait banni de Rome les Juifs [Judaeos impulsore Chresto assidue tumultuantes) et avec eux les chrétiens ^. Cependant, sous Néron, le peuple romain parle déjà des chris-^ tiani J qui furent bientôt l'objet de soupçons de la part de l'État païen. Le Romain respectait les dieux des diverses nations et se montrait très tolérant. Ainsi Auguste et sa famille envoyaient des présents au temple de Jérusalem; aussi, après la chute de la nation juive, le culte judaïque fut-il toléré ; seul, le prosélytisme fut interdit.

2° Cette tolérance romaine ne s'étendit pas au christianisme, qui, contrairement au judaïsme, n'avait aucun

1. p. kLLÀXD^ Histoire des persécutioiM^ etc., t. I-V, a« éd., Paris, 18928S.; le christianisme et Vempire Romainf 4« éd., Paris, 1898; La situation légale des chrétiens pendant les deux premiers siècles. Rev. des quest.hist., t LIX, 1896, 6-43; Dix leçons sur le martyre, in-ia, «• éd., Paris, 1906.— kKïit,Hist. despersécutions de l'Eglise, SvoL<,Vdijtis,i^h'S6.— Le Blànt, .Sur les bases juridiques des poursuites dirigées contre les martyrs {Comptes rendus de VAcad, desinscr,), Paris, 1866, p. 358-373. —-Th. Mommsbn, DerRe- Ugionsfrevel nach rôm. Recht. Hist, Zeitschr., 1890. — Dr. J. E. Weis, (ihristenverfolgungen, Geschichte ihrer Ursachen im Romerreiche, Munich, 1899. — 2. SoETOME, Claudius, 25. — 3. Tacite, Annales, XV, 44.

caractère national, puisque la foi, la morale et le culte chrétiens s'adressaient à tous sans distinction de race et de nationalité. En devenant chrétien, on ne cessait pas d'être Romain; de sorte que le christianisme était une menace pour le culte de l'État et que son extension risquait de ruiner le paganisme officiel. Personne n'admettait que Rome, et avec elle l'empire Romain, pût subsister sans les dieux nationaux : d'où la persécution du christianisme, surtout de la part des empereurs les meilleurs et les plus romains.

3<^ Comme cause principale des persécutions on donnait autrefois : — a) La haine des Juifs. Saint Justin * etTertullien^ la constatent; les Actes des Apôtres en témoignent déjà. Cependant pendant longtemps l'influence des Juifs ne s'est pas fait sentir. — b) Les fausses charges contre les chrétiens. On les accusait d'inceste, de repas de Thyeste ^, d'athéisme, et le peuple, voyant dans ces crimes prétendus la cause des calamités publiques *, se soulevait souvent contre les chrétiens, et recourait au meurtre, à l'incendie, à la lapidation ou demandait à grands cris et tumultueusement leur mise en jugement *; toutefois il est à remarquer qu'aucun chrétien ne fut jamais condamné en jugement régulier pour de tels forfaits ^. — c] Les lois concernant le crime de lèse-majesté, de sacrilège, de sorcellerie et de culte prohibé. Les chrétiens tombaient sous la loi de lèse-majesté [lex Ju^ lia majestatis) par l'assistance aux assemblées nocturnes, par la participation à une association interdite [hetaeriocy coetus illiciti) , par le refus d'offrir à l'empereur l'encens et les libations en lui donnant le titre de Dieu [impietas in principes). Le crime de lèse-majesté était puni de la décapitation pour les gens de condition élevée, du bûcher

1. Dialogus cum Tryphone^ cap. xvif. — 2. Scorp.^ cap. x. — 3. V. surtout VOctavius de Miiiocius Félix, cap.ix. — Tertuluen, ApoL, cap. vin. — Ori- GÈME, Contra Cels., IV, 27. — 4. « Si Tiberis ascendit ad moenia, si Nilus non ascendit in arva, si coelum stetit, si terra movit, si famés, si lues^ statim : Christianos ad leoneml acclamatur, • TERTULLiENt Apol,, c. iv* — 6. On les nommait : « hostis publicus deorum, imperatorum, legum, morum, naturae totius inimicus ». — 6. âllard, Dix leçonSy etc., p» 85 ss.

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