‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 21 sur 205 · CARACTÈRE DE LA PE..ÖÉCÜTION · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LA PE..ÖÉCÜTION

OU de rexposition auxbètes pour les moindres gens ^ Les chrétiens étaient coupables de sacrilège et de profanation, quand ils refusaient de participer aux sacrifices ou manquaient de respect envers les idoles (Atheij sacrilegî). Le ehâtiment était laissé au jugement du proconsul ^.

Les païens attribuaient à la sorcellerie les guérisons miraculeuses et la délivrance des possédés par les exorcismes. Les saintes Ecritures étaient considérées comme des livres de magie. La sanction était la mort dans Tamphithéâtre, la croix ou le feu ^. Enfin le christianisme était prohibé comme culte illicite (religio noçfa illicita). Pline dit ipertinaciay inflexibilis obstinatio^ super stitio praça immodica * ; le châtiment était le bannissement pour les grands et la décapitation pour le vulgaire : « honestiores deportantury humiliores capite puniuri' tur ^ ».

4<> Les chrétiens ont-ils été condamnés surtout en vertu de ces lois anciennement portées? E. Le Blant^ a tâché de le prouver. Plusieurs ont suivi cette opinion, Görres ^, Giron 8, et Dartigue-Peyrou *. Aujourd'hui cependant, elle est à peu près abandonnée, car il semble plus probable que les chrétiens ne furent pas condamnés pour magie, sacrilège ou lèse-majesté. Mommsen a inventé un nouveau système *® qui eut aussi ses défenseurs, récemment encore Ad. Harnack*^ et Weis ^^. Il tâche de

1. « Humiliores bestiis objiciuntur vel vivi exuruntur; honestiores capite plectuntur », PAULüS,Sen<enl., V, xxxix, 1. —2. « Sacrilegii poenam iebebit proconsul pro qualitate personae ^proque rei cotiditionevel temporis et aetatis et sexus vel severius vel clementius statuere. Et scio multos ad bestias damnasse sacrilegos, nonnullos etiam vivos exussisscy altos vero in furca suspendisse », Ulpien, Dig.^ 1. XLYIII, t. xm, 6. — 3. « Magicae artis eonscios summo supplicio adfici placuit, id est bestiis objici aut erueisuffigi, Ipsiautem magi vivi exuruntur », Paclus, Sentent., Y, xxiii,47. — 4. Ep.X, 97. — 6. Paul., Sentent.^ Y, xxi, 2. —6. Les Persécuteurs et les Martyrs, Paris, 1893. — 7. Real-Encyclopaedie der christl. Alter tûmer, I, p. 815. — 8. Bulletin del* Académie royale de Belgique, 1893. — 9. Marc- Aurèle dans ses rapports avec le Christianisme, Paris, 1897. — 10. DerRe- Hgionsfrevel nach römischem Recht, Hist. Zeitschrift, 1890. — 11. Real- Encyclopaedie de Herzog-Hauck, art. Christenver folgungen. — 12. Christenverfolgungen, Geschichte ihrer Ursachen im Römerreiche, Munich,

MANUEL d'histoire. — I. 3

prouver que la condamnation des chrétiens dans les deux premiers siècles provint surtout du droit de coercition des magistrats romains. Les chrétiens, prétend-il, passèrent de plus en plus pour des sujets dangereux, à cause de leur conduite, de leurs paroles et de leurs opinions ; ainsi chaque préfet ou gouverneur pouvait leur appliquer les peines juridiques et même user contre eux d'un droit de police illimité ou coercition. A rencontre de tels hommes, les susdits fonctionnaires n'étaient liés par aucune règle ; la coercition ne connaissait ni forme de procès ni peine déterminée. Ceci nous explique que la condamnation n'est basée ordinairement sur aucun autre grief que le fait d'être chrétien.

On peut répondre cependant que Trajan défendit justement la coercition contre les chrétiens et prescrivit un procès en règle, s'ils sont amenés et convaincus [si de^ ferantur et arguantur). Naturellement pour le fond de la question, peu importe que Ton soit persécuté en vertu d'une loi contre les chrétiens ou au moyen de la coercl-^ tion. Cette persécution est et reste une persécution pour cause de religion. Ceci ressort clairement de la manière d'agir des juges. Ils demandent si l'accusé est chrétien et l'absolvent à la première négation ; après l'aveu d'être chrétien et de vouloir le rester, on applique la torture, non pour obtenir un nouvel aveu mais pour contraindre à abjurer. Le coupable se condamne ou s'absout luimême, selon qu'il est résolu ou non à rester chrétien * ,

Ces systèmes n'expliquent qu'insuffisamment la persécution des deux premiers siècles ; aussi plusieurs auteurs très savants^ conservent avec raison l'ancienne tradition

1. Cf. Gdérin, Nouvelle Revue de droit français et étranger, Paris, 18^. — Callewaert, Revue des quest. hist,, juillet 1907, p. 1 ss. — Linsenmàyer, Die Bekâmpfung des Christentums durch den röm. Staat y cap.ii, Munich, 4905. — Ddchesne, Hist, ane. de l'Église, 1. 1, ch. vui, Le Christianisme et la légalité, —2, DRRo8Si,Bulettino, 4865, p. 93 ss. — P. Allard, Histoire des persécutions, t. I, p. 66 ss.; Le Christianisme et f empire Romain, Paris, 1906. — Kneller, Stimm. a. M. L., t. 32, et 55. — A. Linsenmayer, Die Bekâmpfung des Christentums durch den röm. Staat, Munich, 1905. — C. Callewaert, Revue d^hist. ecclés., t. II, 4901, p. 771-797; t. IH^ p. 1-15, 314-348, 600-614. — DüCHKSNE, U C, I, p. 98 SS.

d'après laquelle les chrétiens furent condamnés, dès le règne de Néron, en vertu de prescriptions particulières interdisant le christianisme.

Depuis Néron le Christianos esse non licet était la règle pratique, probablement à cause des édits de persécution de ce même empereur. Tertullien\ Méliton de Sardes et SuljHce-Sévère^ plaident vigoureusement en ce sens. Il serait d'ailleurs très difficile autrement d'expliquer la conduite de Pline et le fait qu'avant le rescrit de Trajan les chrétiens étaient persécutés et mis à mort pour leur seul nom de chrétiens : ce qui ressort clairement de la lettre de Pline ^. La réponse de Trajan eut force de loi dans tout l'empire. La défense de rechercher les chrétiens [conquirendi non siint^] fut abolie par Septime-Sévère en 202. Quant aux personnes qui se convertissaient au christianisme, Dèce en 251 ordonna de sacrifier, tandis qu'en 257 Valérien enlevait aux communautés chrétiennes le droit de réunion, le lieu de sépulture et leurs oratoires. L'abolition de l'édit par Gallien fut suivie d'une paix relative jusqu'à l'an 303, où commença la persécution la plus violente, sous Dioclétien et Galère. Les quatre derniers empereurs persécutèrent les chrétiens pour afiPermir sur la base du paganisme l'unité de l'empire contre l'invasion des barbares ; on voulait donc pour cette raison anéantir le christianisme. Le but principal était non de mettre à mort, mais de forcer à l'apostasie. Arguer en faveur de l'État païen « du droit de défense contre le christianisme^ », est une mauvaise plaisanterie, car il faudrait à ce compte accorder le même droit à l'assassin contre la victime qui essaie de lui résister.

1. Apolog,, surtout cap. ii et iv; Ad Nationes, 1, 3, 6. — 2. Qhron.j If, 29. — 3. Plime, Ep. X, 97. — 4, Pline, ibvi. — 5. Th. Mommsen, Hist. Zeitschrift, 1890, 389-429.

S 7. — Goiirs de la persécution ^

1"* La persécution commença sous Néron ^ (54-68) et, probablement dès l'an 58, la matrone romaine Pomponia Grœcina fut accusée de superstition étrangère ^ ; on visait, par ce mot, la religion chrétienne, culte non reconnu et sévèrement puni dans les dernières années de Néron'*. La persécution devint générale en 64. Le 19 juillet de cette même année, éclatait à Rome Timmense incendie qui réduisit en cendres trois quartiers de la ville, ne laissa dans sept autres que des pans de murs chancelants ; et sur quatorze quartiers, n'en épargna que quatre. Les soupçons du peuple se portèrent sur Néron ^ qui de son côté rejeta le crime sur les chrétiens , dont il fit aussitôt saisir quelques-uns. Ils furent convaincus, non d'avoir causé l'incendie, mais d'être un objet de haine pour le peuple.

Une partie des chrétiens saisis furent condamnés à combattre les fauves, d'autres enfermés dans des peaux de bêtes furent donnés en nourriture aux chiens ; quelques-

1. DoM Leclercq, Les Martyrs, 7 vol., 190î ss. — P. Allàrd, Histoire des persécutions^ etc., t. I-V; — Dix leçons sur le martyre^ Paris, 1906; — Le Christianisme et Vempire romain^ 6« éd., Paris, 1906. — Tillemort, Histoire des empereurs^ 6 vol., 1690 ss. — De Cuampàgnt, Les Césars, les Antonins, 3« éd., Paris, 1859. — Le Blant, Les Persécuteurs et les Martyrs aux premiers siècles de notre ère, Paris, 1893. — Dufocrcq, Étude sur les Gesla martyrum romains, 6 vol., Paris, 1900-1908. -- K. J. Neumànn, Der rômische Staat und die allgemeine Kirche bis auf Diocletian, 1. 1, Leipzig, 1890. — E. G. Hardy, Christianity and the roman government, Londres, 1894. — A. Linsekmayer, Die Bekàmpfung des Christentums durchden röm. Staat, Munich, 1905. — 2. Healy, The literature of Neronian persécution, Cath, Univ. Bull, Washington, 1904, t. X, p. 357-370. — L. de Comdes, La condition des juifs et des chrétiens à Rome et Védit de Néron, Rev. cath, des institut, et du droit, 1904, t. XXXIII, p. 47 ss. — 3. Tache, Annal., XIII, c. 32. — 4. Kraus, Roma sotterranea, 2« éd., p. 41 s., 143 s. — 6. Abolendo rumori Nero subdidit reoset quaesitissimis paenis aifecit, quos per Qagitia invisos vulgus christianos appeilabat. Tacite, Annal., XV, 44. — Cf. P. Allar n. Les chrétiens ont-ils incendié Rome sous Néron ? Paris, 1903. — A. Pro- Fi'Mo, Le fonti ed i tempi dello incendio Neroniano, Archivio delta R. Societa Romana, 1905, p. 355-393.

lins furent crucifiés, ou encore, recouverts d'un vêtement inflammable (tunica molesta), furent transformés en torches vivantes, pour éclairer le parcours du cortège impérial. Les tortures de ces chrétiens furent si violentes que le peuple, « tout en les jugeant coupables et dignes du dernier supplice », était ému de compassion*. « Une multitude innombrable » subit alors le martyre. Clément de Rome fait ressortir particulièrement Théroïsme de plusieurs chrétiennes [Danaides et Dircaé) qui probablement avaient été condamnées aux supplices correspondant aux personnages mythologiques dont elles portaient le nom, et qui représentaient les peines deTenfer^. Il est plus que probable que les chrétiens étaient alors déjà distingués des Juifs, comme cela ressort soit des paroles de Tacite, soit de ce que la fameuse Poppœa Sabina épouse de Néron, étant prosélyte Juive, a dû préserver ses coreligionnaires de la mort. La persécution se prolongea probablement jusqu'à la mort de Néron (f 68). Les plus célèbres martyrs de Rome sont : saint Pierre et saint Paul, Processus, Martinien, Basilisse et Anastase. Dans les provinces probablement quelques-uns reçurent aussi la couronne; à Aquilée : Hermagoras, Fortunat, Euphémie, Dorothée, Thècle et Ërasma; à Ravenne : Ursicin, Vital et Valérie; à Milan : Gervais, Protais, Nazaire et Celse ; à Brescia : Alexandre ; à Pise : Paulin ; en Étrurie : Félix et Constantia^.

2<» Sous Vespasien (69-79) et Titus (79-81) les chré-

1. Igilur primo correpti, qui fatebantur, deinde indicio eorum, multitudo iDgens, haud perinde in crimine incendii, quam odio humani generis coDYîcti sant. Et pereuntibus addita ludibria, ut ferarum tergis contecti, laniatu canum inlerirent» aut crucibus affixi, aut flammandi, atqae ubi defecisset dies in usum noctnmi luminis urerentur. Hortos suos ei spectaeulo Nero obtulerat, et circense ludicrum edebat, habitu aurigs permixtns plebi, vel curriculo insistens. Unde quamqnam adversus sontes et novissima exempla meritos, miseratio oriebatur, tanquam non utllitate publica, sed in sxyitiam unius absumerentur. Tacite, AnnaLy XV, 44. — Cf. SuÉTORE, l^eroy 46; Tertcll., ApoU, c. v ; Sénèque, Ep. XIV et LXXVHl . — 2. Fpiit. ad. Cor,, vi, éd. Fum. — Opinion du Prof. Aberle. — 3. Au sujet de l'autbenticité des Actes de Martyrs, nous renvoyons à l'exact et savant ouvrage du boUandiste Hippolyte Delrhaye, Légendes hagiographiques, Bruxelles, 4905; surtout chap. iv, p. 121-142.

tiens ne jouirent pas d'une paix parfaite, mais du moins ils ne furent pas persécutés.

Domitien est appelé par TertuUien Portio Neronis de criidelîtate \ par Dion Cassius « passionné et violent, rusé et faux^ ». Si déjà les chrétiens avaient à souffrir au sujet de l'impôt du temple que les Juifs les obligeaient de payer •^, cependant la persécution proprement dite ne commença qu'en 94 et rien ne prouve que l'obligation de payer l'impôt en ait été l'occasion. Assurément les chrétiens devaient refuser le paiement de l'impôt ; cet acte étant, extérieurement du moins, une sorte de reniement du christianisme. Hégésippe nous apprend combien Domitien craignait les chrétiens et les parents du Seigneur * ; cet empereur soupçonneux persécuta même les chrétiens de sa propre famille : Flavius Clemens, son neveu, consul en 95, fut mis en jugement pour athéisme et contemptissima inertia ^ ! Pour la même raison, Flavîa Domitilla sa femme fut exilée dans l'île Pandataria ^ ; Flavia Domitilla la jeune, fille de sainte Plautilla, dans l'île Pontia. Acilius Glabrio qui, en 91, avait été consul avec Trajan plus tard empereur, mourut aussi martyr. Saint Jean l'Évangéliste, sorti sain et sauf de l'huile bouillante ^, fut exilé à Pathmos ®.

On sait d'après les inscriptions des catacombes que, dès le premier siècle, le christianisme a pénétré dans les plus illustres familles ; outre les noms cités plus haut, nous lisons ceux des Cornelii, des Caecilii, des Bassi, des Anicii. Les descendants d'Atticus, l'ami de Cicéron,

1. ApoL^ V. — 2. HisU Rom.y LXVII, i. — 3. Suétone, Domitianus, 42. Cette obligation de payer l'impôt n'est pas tout à fait certaine. Suétone dit bien que ceux-là y étaient tenus • qui improfessi Judaicam vivcrent vitam ». — 4. EusÈBE, Hist. EccL, III, âO : « Manus ostendere coeperunt, duritiem cutis impressumque alte manibus callum ex laboris assiduitate in testimonium operis sui prorerenles ». — 5. Suétone, Domitianus, 15. — Dion Cassius, LXYII, 14. — 6. Actuellement S. Maria, vis-à-vis Gaëte. -— 7. Attesté seulement par Tertullien, De praescriptione, cap. xxxvi. —8. Sur les Flavius voir Linsenmayer, Hist, Jahrb, d.GôrrensgesellschafU 1904, p. 447 ss. Sur les deux Flaviae Domitillae, cf. P. Allard, Le Christianisme, etc., p. 21, et DucHESNE, Hist. anc, de l'Église, 1. 1, p. 217. — Harnack, Mission und Ausbreitung, t. II, ch. 2.

et Asinius Pollion avaient embrassé déjà le christianisme ^ .

Quelques auteurs soutiennent que la persécution de Néron et de Domitien ne s'étendit pas aux provinces. Cette opinion est combattue : — a. Par la première épître de saint Pierre qui fait savoir que, sous Néron, les chré tiens de TAsie Mineure souffraient pour le nom de Jésus'. — b. Par la terrible haine des Juifs qui calomniaient les chrétiens^. — c. Par V Apocalypse qui mentionne les martyrs chrétiens de l'Asie Mineure. — d. Par la lettre de Pline qui signale les mesures générales d'oppression prises contre les chrétiens de Bithynie. — e. Par les témoignages concordants de TertuUien ^ et de Méliton de Sardes ^. Toutes ces preuves rendent probable, sinon certaine, la persécution dans plusieurs provinces.

Nerva (96-98) rappela les exilés et répara les injustices. C'est alors que saint Jean TÉvangéliste se fixa à Éphèse. Cet empereur mourut trop tôt pour le bonheur des chrétiens. Il eut pour successeur :

3^ Trajan (98-117). Au commencement de son règne, la situation des chrétiens resta la même qu'auparavant : Christîanos esse non liceU L'arbitraire, l'injustice, les violences du peuple continuèrent *. Pas de justice pour les chrétiens. Suivant Eusèbe ^ la persécution sévissait comme un violent incendie. Les réunions [hetaeriae) restèrent passibles de châtiment; néanmoins les chrétiens continuèrent leurs assemblées religieuses. Aussi un grand nombre d'entre eux souffrirent la mort et beaucoup d'autres furent en danger. C'est alors que Pline, gouverneur de Bithynie, écrivit à Trajan, l'an 112 environ, pour lui demander conseil; celui-ci répondit que Pline avait bien fait de traduire en justice tous ceux qui s'opiniâtraient dans le christianisme. La recherche des chré-

1. Kiuus, Roma sotL^ 2« édit., p. 40 ss. — M. Armellimi, Lezioni di Archeologia^ Rome, 1898, p. i2 ss. — J. B. de Rossi, Compte rendu du congrès internat, des cath,, Paris, 1889, t. II, p. 261-967. — 2. I Petr,, cap. m et iT. — 3. S. JosTDî, Contra Tryph.^ 17.— 4. ApoL, V. — 6. Eusèbe, IV, 33. - 6. Ecsèbe, Hist, EccL, III, 33. — 7. Eusèbe, III, 34,

tiens était défendue, et l'accusation anonyme rejetée ; on devait punir ceux qui étaient convaincus par la loi ; mais ceux qui niaient être chrétiens ou sacrifiaient aux idoles seraient mis en liberté ^

Par ce rescrit, dit Eusèbe, la persécution fut un peu ralentie tout en restant assez violente parce que « d'un côté le peuple, de l'autre les gouverneurs, tendaient des embûches aux chrétiens ^ » . Les principaux martyrs furent : Ignace d'Antioche qui, dans la lettre aux Romains, témoigne un ardent désir du martyre^; Siméon, évêque de Jérusalem ; probablement encore Clément de Rome^, Domitilla, Nérée et Achillée.

40 Hadrien (117-138) n'était pas très hostile aux chrétiens; mais le rescrit de 112 restait la ligne de conduite du pouvoir judiciaire et le peuple réclamait toujours avec violence la mort des chrétiens, surtout après qu'en 124 l'empereur se fit initier aux mystères grecs. Une preuve de son équité, c'est la célèbre lettre au proconsul Minutius Fundanus où il défend sévèrement de céder aux réclamations du peuple ^. Les Apologies de Quadratus et d'Aristide eurent sans doute quelque influence^ sur la réponse faite à Licinius Granianus, qui avait demandé conseil mais qui entre temps avait été remplacé par Fundanus. Après la guerre juive, causée par le Rabbi Akibha et Bar-Kochba (132-135), Hadrien se montra moins favorable aux chrétiens. Il fit ériger un sanctuaire à Jupiter à la place du Temple, et même un autel à Vénus sur le Saint-Sépulcre '^. Les plus célèbres martyrs sont : le pape Alexandre P"*, Eustache et Theopista avec, leurs trois fils ; Symphorose et ses sept fils.

1. Ces lettres sont certainement authentiques. Voir G. W. F. Wilde, S. J., De C. Plinti Caecilii Secundi et Imperator is Trajani Epistulis mutuis disputatiOy Leyde, 1889. — ! Sur l'inconséquence dt cette mesure, voir Ter- TULL., Apol., cap. n. — Cf. Allard, t. ï, p. 151 ss. — 2. Eusèbe, Hist. EccL, III, 34. — 3. FüNK, Op. Patr, Apost.^ éd. V, p. 219 ss. — Bardekhewer, Gesch. der altkirchU Lit,, 1,141 ss.— Allard, 1. 1, p. 177 ss. — 4. Sur le récit légendaire de sa mort, voir Ddchesne, Le Liber Pontificalis etc., I, xc ss. — Allard, 1. 1, p. 469 ss. — 6. Eusèbe, IV, 13. — 6. Bardeîîhewer, I, 168 s. — 7. Eusèbe, Vita Constantini^ III, 26.

50 De môme sous Antonîu le Pieux (138-161), le rescrit de Trajan resta en vigueur. Bien que ce prince ne se montrât pas impitoyable pour les chrétiens et interdît tout soulèvement populaire contre eux^ la situation demeurait critique. On le voit par la première Apologie de saint Justin et le Dialogus cum Trypkone^, Les papes Télesphore, Hygin et Pie I, saint Marc de Jérusalem, saint Polycarpe de Smyrne moururent martyrs.

6*» Marc-Aurèle (161-180). Eusèbe parle d'une violente persécution causée surtout par la fureur populaire'; Méliton de Sardes, d'un nouveau décret qui frappa les chrétiens d'Asie *. A une question venue de Gaule, Tempereur répondit que tout chrétien opiniâtre dans sa foi serait puni parle glaive, et les apostats mis en liberté*. La persécution fut générale et très violente ; ainsi que Tafiirment les apologistes du temps : Méliton de Sardes *, Apollinaire ■'j Athénagore®, saint Justin^ (!!• Apologie]^ Hermias ^^ Tatien <^ et Théophile ^^

Les plus célèbres martyrs de ce temps sont saint Justin et beaucoup d'autres à Rome^', et saint Pothin, premier évêque de Lyon et disciple de saint Polycarpe, Sanctus diacre de Vienne, Attalede Pergame et la jeune esclave Blandine^^. Ce sont les premiers martyrs que nous connaissons de Gaule et c'est la première page certaine de nos origines chrétiennes.

Quelques-uns racontent que Marc-Aurèle, délivré miraculeusement par la prière de la légion fulminante^ aurait arrêté la persécution. Ceci n'est pas probable, car l'empereur attribua son salut à Jupiter Pluvius ; la lettre à ce sujet n'est pas de Marc-Aurèle, mais c'est l'œuvre

1. Le rescrit Ad œmmune Asiae n'est pas authentique. EusÈost IV» 19; cf. IV, 33; cf. Harnàck, Gesch, der altchristl. Lit,, I, 868. — Allard, I, 292.

— 2. P. G., VI, 450. — S. Justin, Apologies, éd. Paüticny, Paris, 4905. — 3. HisL EccLy III, 1. — 4. Eosède, l. c, IV, 33, -- 6. Eus., L c, V, 2. - 6. Ecs., IV, 33. — 7. Eus., IV, 34. — 8. P. G., VI, 890. — 9. P. G., Vf, 327. — 10. P. G., VI, 4470. — 11. P. G., VI, 803. — 12. P. G.,yi, 4023. - 13. Eus., IV, 24.

— Allaro, 1, 367 s. — Rivière, S. Justin et les apologistes du second siècle^ Paris 4907, — 14. Eus., V, 2. Très beau récit, reproduit dans Allârd, l, 399 ss.

d'un Grec postérieur ^ Aussi après révénement, la persécution ne fit que s'accroître.

7° Commode (180-193), l'indigne fils de Marc-Aurèle, n'était pas trop mal disposé pour les chrétiens, le rescrit de Trajan fut appliqué avec clémence, mais la persécution ne cessa pas, comme on le voit dans Théophile^. L'an 183, lorsque l'empereur prit pour épouse Marcia qui était baptisée ou sûrement catéchumène, le sort des chrétiens s'adoucit encore ; ceux mêmes qui étaient condamnés aux mines revinrent ^. Il y eut cependant des martyrs : le sénateur Apollonius ^, le pape Éleuthère, plusieurs en Asie Mineure^, et les martyrs Scillitains * à Carthage.

8** Septîme-Sévère (193-211), vainqueur dans la lutte pour l'empire, après le meurtre de Commode, laissa pendant environ dix ans la paix aux chrétiens. En 202 "^ parut un édit essentiellement distinct des précédents et annulant le rescrit de Trajan ; il défendait seulement la i conç^ersion au christianisme ^. Si la persécution n'avait « pas cessé auparavant, surtout à Rome et en Afrique, puisque TertuUien écrivit son Apologétique et YAdNa* tionesy elle se ranima notablement après cet édit; de telle sorte que si les chrétiens de naissance étaient laissés libres, les convertis étaient châtiés ; du reste on n'observa pas l'édit à la lettre. Selon Eusèbe^, la persé- I cution sévissait partout.

1. Tkrtull., Ap., c. v; Ad Scap,^ c. iv ; Dion Cassius, Hist, Rom., 1. LXXI, cap. IX. — EcsÈBE, V, 7. — S. Justin, ApoL I, n. 74 et les derniers n®». — Duchesse, Hist. anc. de VÉglise, I, p. 250. — 2. Tres libri ad Autholicum^ lit, 30. — P. d., VI. — 3. Philosophumena, IX, 12; P. G., XVI, 3387.— Cedleneer, Marcia la favorite de Commode^ Rev. des quest.htst.y juillet 1876. —Bassani, Commodo e Marcia, Venise, 1905. — 4. Anal, Bail,, 1895, t. XIV, 286-294. — Prince Max de Saxe, Der H. Mart. Apollonius v. Rom., Mayence, 1903. — C. Gallewaert, Questions de droit concernant le procès du martyr Apollonius, Rev. des quest. hist., t. LXXVII, 1905. — 6. Tertull., Ad Scap., c. v. — 6. Cf. Neumann, 72-76, 284-286. — Rdinart, Act. Mart., éd. Vérone , p. 74 ss. — AüBÉ, Élude sur un nouveau texte des Actes des martyrs Scillitains, Paris, 1881. — D. Leclercq, V Afrique chrétienne, 2* éd., Paris, 1901, t. I, p. 120 ss. ; Les temps néroniens et le II" siècle, Paris, 1902, p. 108 ss. — 7. EusÈBE, VI, 1, 2, 7. — Monceaux, Hist. litt. de l'Afrique Chrétienne, t. I, p. 66 ss. -— Réville, La religion à Rome sous les Sévères, Paris, 1886. — 8. Judaeos fierisub gravi poena vetuit;idem de Christianis sanxit. Spartien, Severus, 17. — 9. Hist. EccL, VI, 1 ss.

En Afrique * moururent les célèbres martyrea/Perpëtue et Félicité^; en Egypte, Léonides père d'ûfrigène; à Alexandrie, Teselave Potamienne et samèrej|arcelle ^ ; à Lyon, saint Irénée et beaucoup d'autres^T ^ Rome, le pape Victor. La persécution fut si violente que, suivant Eusèbe, Ton s'attendait à la venue de l'Antéchrist '*.

9** Quoique la persécution n'ait pas entièrement cessé à la mort de Septime-Sévère , du moins les quatre successeurs de ce prince ne se montrèrent pas hostiles aux chrétiens : Caracalla (211-217) semble avoir eu pour nourrice une chrétienne^; Élagabal (218-222) voulait réunir tous les cultes^ à la religion syrienne qu'il professait lui-même. Alexandre-Sévère (222-235) partageait volontiers la bienveillance et les dispositions favorables de sa mère Julia Mammée pour les chrétiens. Dans son Larariuniy il plaçait à côté d'Abraham et d'Orphée l'image du Christ, il inscrivait des sentences bibliques dans son palais * et se prononça, en une occasion fameuse, pour les chrétiens contre les cabaretiers de Rome ^. Il y eut néanmoins encore plusieurs cas de persécution, parmi lesquels le pape saint Calliste (222). C'est à cette époque qu'ü faut placer le martyre de sainte Cécile, de Valérien et de Tiburce^^.

1. D. Leclercq, VAfrique chrétienne^ I, p. 125 ss. — 2. Ruinart, Acta MarU, éd. Vérone, p. 80. — P. Fr. dei CAVAi.iERi,fPa««to S. Perpétuas et Felicitatis, Rom, Quartalschr., 1896, suppl. V. — Pillet, Les moftyrs d Afrique^ Hist. de minte Perpétue et de ses comp.j Paris, 1865. -^Àdhé- KAR d^Alès, Revue d'hist. ecclés., 1907, p. 5 ss. : il attribue à TERTup^iEN la Passion de Perpétue. — Dom Leclercq, t. I, p. 137 ss. — P. Moncmx, Rist, litt. de VAfr, chrét,, t. I, p. 72 ss. — 3. Ruinart, p. 100-101. — Jr Ruinart, p. 61 ss. — 5. Hist. EccL, VI, 7. — 6. Tertuluen, Ad Scapulam, c. iv : lacle christiano educatus. — 7. Duchesne, l. c, I, p. 362 ss. — 8. S. Matth., vn, 12. — S. Luc, VI, 31 suivant le texte de la Didachèj I, 2. — 9. Il déclara préférer une église à un cabaret. — 10. Il y a de grandes discussions sur la date du martyre de sainte Cécile. Les Actes de son martyre font intervenir le pape Urbaiu et cela sufGrait à rendre l'événement contemporain d'Alexandre-Sévére. Mais le Martyrologe d'AooN dit expressément que sainte Cécile mourut aux temps de Marc-Aurèle et de Commode, ce qui décida les critiques à avancer son martyre d'un demi-siècle. Cf. de Rossi, Rom, Sott,, JI, 117 ss. — - Duchesne, Lib Pontif., Introd., xcrv. — Allard, 1, 419 ss. — Kraus, Rom, sott., 2« éd., p. 167 ss. — Dom Güéranger, Sainte Cécile et la société romaine^ Paris, 1878. Le pape Urbain devenait alors un

10<>Maxiiniiile Thrace (235-238), le meurtrier d'Alexandre Sévère, persécuta tous les amis de celui-ci et, par là même, les chrétiens. L'édit qu'il publia fut dirigé surtout contre le clergé : tous les évêques devaient être mis à mort * . Le pape saint Pontien et le célèbre prêtre Hippolyte furent exilés en Sardaigne ; le pape saint Anthère mourut martyr. La persécution sévit particulièrement dans les provinces du Pont et de Cappadoce, sous le gouverneur Serenianus 2.

iV Gordien le Jeune (238-244) et Philippe TArabe (244-249) rétablirent la paix. Le dernier était même si favorablement disposé, que les anciens auteurs le font chrétien ^ ; néanmoins si cette supposition s'accrédita parmi le peuple, Philippe resta officiellement païen ; sa femme Sévéra était, comme lui, en correspondance avec Origène. Une paix relative dura dix années environ.

12** Dèce (249-251). Avec lui commença la guerre d'extermination contre les chrétiens; il croyait voir dans le christianisme la cause de la démoralisation de son peuple et persécuta par politique, voyant les dieux céder partout la place à la religion nouvelle et persuadé que Rome et l'empire devaient tomber avec eux. Il voulait d'après un plan déterminé par la violence ramener les chrétiens au paganisme*. Le texte de son édit est inconnu; mais on sait qu'il visait surtout les évêques. Les fidèles étaient forcés de sacrifier, par la prison, les tortures, la faim et la soif ^. Eusèbe le nomme édit effroyable {edictum.,. çere horrificum]\ saint Cyprien, édit funèbre [edicta feralia] «. On torturait les chrétiens sur

évéque quelcouque. Voir au contraire M. P. Kirscu In Mitleilungen zum zweiten intern. Congres f. christl. Archaeologie zu Rom,, Rome, 1900, p. 42-T7 : Das Todesjahr der H, Cecilia; et Wilpert, Röm, Quartalschr.,, 1901, p. 60 ss. Tûb, Quartalschrift, 1902, 1905. Récemment Dom Quentin semble avoir apporté un élément nouveau de solution, en rainant l'autorité du martyrologe d'Adon, cause de cette discussion. — 1. Eusèbe, Vf, 28. — 2. DucHESNE, Lib. PonU, I, xcvi s., 145, 147, surtout les notes. — 3. EusËBE, VI, 34; VII, 10, 3. — LÉONCE dans le Chron. Paschale^ éd. Bonn,. 1832.— 4. J. A. F.Grrgg, The Decian persécution, Eóimbonrgy 1897. — Eusèbe dit que Dèce ersécuta en haine de Philippe, Chron. ad an, 254 ; Hist, Eccl., VI, 39. La cause principale n*était certainement pas cette haine. — 5. S. Cyprien, Epist, XXII, 39. — 6. Hist, EccL, VI, 47; Epist. LV.

le chevalet pendant des journées entières, dans le but, non de leur donner la mort mais, de leur arracher la foi chrétienne *; on tentait même d'y réussir par les séductions de la volupté ^. Durant la paix relativement longue, la ferveur des fidèles s'était notablement refroidie. Rien d'étonnant que les chrétiens tièdes et faibles fussent saisis de crainte et d'épouvante. Un grand nombre prirent la fuite et sauvèrent ainsi leur vie et leur foi. Beaucoup succombèrent, sacrifiant aux idoles {sacrîficatî), brûlant de l'encens devant les images (thu^ rificati), acceptant le certificat d'avoir sacrifié (libellaticî)y ou faisant inscrire leur nom sur les registres comme ayant accompli la volonté de l'Empereur (acta facientes)^. Cependant des milliers restèrent inébranlables [stabiles columnaé) ^,

Les principaux martyrs sont : à Rome, Fabien*; en Sicile^, Agathe; à Antioche, Babylas ; à Jérusalem, Alexandre ; l'Ulustre Origène souffrit beaucoup en prison et mourut peu après des suites de sa captivité ^. Ceux qui scellèrent la foi de leur sang étaient en plus grand nombre en Afrique^. C'est à cette époque qu'il faut placer le martyre de saint Saturnin^, premier évêque connu de Toulouse et probablement de saint Denis de Paris. Pione mourut à Smyrne, parle feu*^. Abdon et Sennen donnèrent leur vie à Rome. En ce même temps arriva la mort de Félix de Noie et de Christophe. La légende des sept Dormants à Éphèse les place aussi pendant la persécution de Dèce.

13» Gallus (251-253) procura une paix cependant peu durable ; une peste violente s'élevant, les païens offrirent

1. s. CypRm Epist, L. — EcsÈDE, Hist. Eccl., VI, 39 ss. — 2. S. Cypr., De Lapsiit c. n. — P. Allard, III, 397. — V. de Bück, S. J., De phialis rubricatis etc,,, Bruxelles, 1855, ch. xi, p. 83 ss. — 3. S. CYfK,.,Epist» LY, 14. — Duchesne, Hist. anc. de l'Église, I, p. 369. — Atti del II Congresso di archeol. christ. , Rome, 19W, p. 338. — P. Franchi, Miscellanea di Stud. eculturaeccles,^ 1904, p. 3. — 4. EcsÈRE, Hist, Eccl.^ Vï, 41. — 6. S. Cypr., Ep. IX. — Eus., Hist, Ecel.t VI, 39. — 6. Ruinart, Praef, xx etxLViii. — 7. Eüsèbe, Hist. eccl.y VI, 39; VII, 1. — 8. S. Cypr., Epist, X et XL VIII ; De Lapsis, c. ii. — 9. Allard, t. II, p. 303. — 10. RuiNART, p. 116 ss. — Cf. EusÈBE, H, E., IV, 15.

partout des sacrifices publics à leurs dieux pour obtenir la cessation du fléau ; et, sur le refus des chrétiens de participer à ces cérémonies, la persécution recommença. Alors moururent les papes Corneille et Lucius ^

14° Valépîen (253-260) était d'abord, d'après Eusèbe, plus bienveillant qu'aucun de ses prédécesseurs^. Le magicien Macrianus le fit néanmoins changer de dispositions. Le premier édit de 257 défendit aux chrétiens les réunions, l'entrée des cimetières et des églises, sous peine de mort; et ordonna à tous les évéques, prêtres et diacres de sacrifier, sous peine de bannissement*^. En 258, parut un second édit ordonnant la mise en jugement de tout le clergé ; les plus remarquables devaient être privés de leurs biens ; et en cas de persistance dans le refus, avoir la tête tranchée ; les femmes, être dépouillées de leurs biens et exilées *. Par suite de ces édits, moururent dïnnombrables martyrs de tout âge, de tout sexe et de toute condition ^.

Parmi eux furent les papes Etienne et Sixte II avec son diacre Laurent ^; le célèbre évêque de Carthage, saint Cyprien' ; à Utique, 153 chrétiens qui furent jetés dans la chaux vive et reçurent le nom glorieux de Massa candida; Rufîna et Secundina, l'évêque de Tarragone saint Fructueux avec ses deux diacres, enfin Chrysanthe et Daria ^.

15^ Gallien (260-268) n'hérita pas delà cruauté deson père. Il fît restituer les biens et reconnut les droits des collegia fratrum et des collegia tenuiorum ®. Cependant le christianisme ne fut pas reconnu comme reli" gion licite ^^. Il y eut en général, de 260 à 300, paix et

1. EüSÈBE, U. E., VIM. ~ s. Cypr., AdDemetr,, c. 12.— 2. H. E., VII, 40-12. — P. J. Healt, The Valerian persécution, A Study ofthe relations between church and state in the 3rd century, Londres, 1905. — 3. Eusèbe, F. £., VII, 11, 13. Acta procons., S. Cypr., c. i. — Ruinart, p. 188.— 4. S. Cypr., Epist. LXXX. — 5. Denys D'alex., dans Eusèbe, H. E., VII, 11. — 6. Ruinart, p. 162 ss. — 7. Ruinart, p. 188 ss. Cf. Freppel, S. Cyprien, — D. Leclercq, V Afrique chrétienne^ 1. 1, p. 225-229. — P. Monceaux, Rist. litt. de l'Afr, chrét., t. II, p. 179-201. — 8. Ruinart, p. 175-176, 347, 190 ss. — 9. Eusèbe, H, E,, VII, 13. — D. LECLERCQ, L'Espagne chrétienne, p. 53-57. — 10. Kraus, Realencych au mot Christenver folgungen ; Roma sott,, p. 58 ss.

tranquillité pour les chrétiens, malgré quelques martyres isolés, comme sous Claude II (268-270).

16® Aurélien (270-275) ' fut un nouvel adversaire du christianisme ; il signa en 275 un édit que la mort Tempécha d'exécuter. Gallien avait au commencement de son règne mitigé les édits contre les évoques, reconnus comme chefs des collèges; de môme Aurélien donna raison à Tévêque légitime d'Antioche contre Paul de Samosate'.

17^ Dioclétien (284-305)3 et, ses collègues. Pendantla longue période d'une paix presque complète, le christianisme s'étendit rapidement. Mais il va de soi que ces nombreuses conversions n'étaient pas en elles-mêmes d'une grande valeur ; la paix amena la tiédeur et beaucoup de chrétiens tombèrent dans le relâchement *,

Dioclétien, prince intelligent et énergique, comprit de suite que le gouvernement de son empire, menacé par les barbares, devait être réorganisé. En 286, il nomma empereur d'Occident Maximien Hercule. Ce dernier n'était pas favorable aux chrétiens ; il y eut donc bientôt des martyrs : àRome,5Genès, Zoé et Tranquillin 5; en Suisse, à Agaune (Saint-Maurice en Valais), la légion thébéenne *, avec ses chefs, Maurice, Exupère et Candide; à Marseille, saint Victor; à Venise, Cantius, Cantianus et Cantianilla ^.

En 291, Dioclétien * et son collègue Maximien se réunirent à Milan, pour nommer deux autres Césars ; et le

1. EusÈBE, VII, 30. — Lact., De mortibus persecutorum^ c. vi. P. X., VU, p. 403— RuiNART, Acta Symphor., p. 68. — 2. Eusèbe, VII, 30. Comme Paul refusait de quitter son palais épiscopal, « interpellatus imperator Aure- Uanns rectissime hoc nej^otium dijudicavit, ils tradi domum praecipiens, quibus Italici Christianae religionis antistites et Romanus episcopns scriberent ».~-3. Eusèbe, Hist. Eecl., VIII, 1. — Belskr, Zwr Diocletianischen Christenver folgung, Tùbingue, 4891. — Violet, Die Palâst. Martyres von Eusebius. Texte u. Unters., 1896, XIV, 4. — Gsell, Essai sur le régne de l'Emp. Dioclétien, Paris, 1903. — 4. Eüsède, H. E., VIII, 1. — Ö.Rüinart, P.Î36.— Acta SS., t. II, Jan., p. 965 ss. — 6. Le fond du récit est historique. — Cf. le récit d'EccHER de Lyon chez Rdimart, p. 237 ss. — Allard, V, 33588. —B. DE MoNTÉMÉLiAW, S. MoMrice et la légion thébéenne, 2 vol., Paris, 1888. — 7. Acta SS., t. VU Mail, p. 420. — 8. Duchesse, Hist, anc, de ^Eglise, t. II, Paris, 1907, p. 111.

1®^ mars 292, Tempire fut partagé ainsi : Dioclétien avait TAsie, la Thrace et l'Egypte avec résidence à Nicomédie en Bithynie; son associé Galère gouvernait l'IUyrie, la Macédoine, la Grèce et la Crète, avec Syrmium pour C€^pitale. Maximien Hercule, le second empereur, régnait sur l'Italie, l'Espagne et l'Afrique et résidait à Milan ; son collègue Constance Chlore avait la Gaule et la Grande- Bretagne avec Trêves pour résidence, plus tard aussi l'Espagne. L'empire entier se partageait en provinces, diocèses et préfectures. Rome, si riche en souvenirs de la république, n'était plus capitale; le pouvoir des prétoriens était anéanti.

Au commencement de son règne, Dioclétien n'était pas hostile aux chrétiens, il en avait même beaucoup à son service. On assure que sa femme Prisca et sa fille Valeria professaient le christianisme. Il toléra donc tout d'abord et même préféra les chrétiens \

Mais les continuelles représentations de Galère et de plusieurs autres mauvais conseillers le firent changer de sentiment. Dès 295, la persécution commença dans l'armée ; toutes les légions de l'empire, excepté celles de l'Afrique ^, comprenaient de nombreux chrétiens. A la suite d'une perquisition, ils furent mis en demeure de renoncer au christianisme ou à l'armée ; presque tous se retirèrent; quelques-uns même subirent le martyre^. Enfin en 303, Galère atteignit son but : sur l'ordre de Dioclétien, qui cependant avait défendu l'effusion du sang, commença une persécution générale * et, malgré la clause restrictive de l'empereur, le sang coula bientôt à grands flots.

La tempête fondit d'abord sur l'Église de Nicomédie qui fut dévastée. Quatre édits se suivirent à de courts

1. Allaro, V, 53 s. — EusÈBE, H, E., VIII, 1. — Lact., De mortibus persecuL, c. X ss. — 2. Pour le rigorisme exagéré qui régnait en Afrique, voir Tertullien, Apol,, c. xxxvii; Decor, milüis, c. xi. — Lactarce, InstiL, VI, 20. — RuiNART, p. 263.— 3. EüsÈBE, H, E., VIII, 4; Append. ad c. vin. — 4. Gomment Galère est le principal coupable, cf. hkcihsicf.y De mortibus persécuta^ c. XI.

intervalles : le premier ordonna la destraction des églises, la tradition des saintes Écritures pour être brûlées, priva les chrétiens de tous droits et honneurs civils. Déjà par rexécution de ces mesures, on en vint à verser le sang *. Peu après éclatèrent un incendie dans le palais de Nicomédie, et la sédition dans les provinces. Ces crimes furent attribués aux chrétiens. Un second édit ordonna de jeter en prison tous les clercs ^, et les cachots étaient tellement remplis qu'il ne restait plus de place pour les malfaiteurs. Un troisième édit prescrivit de libérer tous ceux qui sacrifieraient et de faire subir tous les genres de tortures à ceux qui resteraient fermes dans leur foi ^. Sur ces entrefaites, commençait Tannée 304, la vingtième [\ficennalia) du règne des empereurs Dioclétien et Maximien ; si à cette occasion plusieurs furent délivrés, la liberté ne fut pas delongue durée. Dès 304, parut un quatrième édit ordonnant à tout chrétien de sacrifier sous peine de mort ^. Les païens avaient donc toute liberté à Tégard des chrétiens ; quelques gouverneurs dépassèrent même la loi par la cruelle habileté avec laquelle ils inventèrent les plus horribles supplices ^. La persécution fut plus sanglante en Orient qu'ailleurs. Constance Chlore traita avec modération ses provinces: la Gaule, TEspagneetla Grande- Bretagne ; il permit seulement la fermeture et quelquefois la dévastation des églises, toutefois isolément il y eut quelques mises en jugement sur l'injonction de ses subordonnés. A sa mort en 306, son fils et successeur Constantin continua l'administration clémente de son père. Maxence (306-312) laisse en paix les chrétiens d'Italie et d'Afrique. En Orient, l'abdication de Dioclétien (305) n'amena pas la tranquillité. Le cruel Galère devint Auguste et prit pour collègue Maximin-Daïa (305), peut-être encore plus impitoyable. La persécution dura jusqu'en 311; alors GaJère, reconnaissant son impuissance et sa folie, concéda

1. De mort, pers. ^ c. xii-xra. — Eüsèbe, H, E.f VIII, i; DeMartyr, PaLr l, 1. — a. Edsèdk, h. E,, VIII, 3, 6. - 3. EusÈBE, H, E,, VIII, G. — 4. Eu- SBBE, De Mart, Pal., l, 3. — 5. Voir surtout Ecsèbe, H, E,, VIII et De Mart, Pal. — Lact., De mortib, pers,, o. xiv-xvi.

à sa mort ^ un édit permettant aux chrétiens de se réunir, à condition de ne pas troubler l'ordre public 2. Cet édit fut également signé par Licinius, César depuis 307, et par Constantin; tandis qu'en Orient Maximin faisait échouer cette mesure. Constantin marcha contre Maxence qui s'était mis à la tête de la faction païenne la plus obstinée; il le vainquit, le 28 octobre 312, au célèbre combat du pont Milvius. Maximin étant mort en 313, l'empire se partagea entre Licinius et Constantin. Ils eurent en 313 une entrevue après laquelle ils publièrent le célèbre Edit de Milan, qui accordait aux chrétiens pour la première fois pleine liberté pour le culte ^.

18<> D'après la déclaration faite par Constantin sous la foi du serment^, il vit,alors qu'il marchait contre Maxence, une croix lumineuse au-dessus du soleil avec cette inscription : « TouT(«) vixa » In hoc signo vincesî et la nuit suivante, le Christ lui ordonna de fabriquer un étendard [labarum] et de le faire porter devant lui dans le combat, comme gage de victoire. A la suite de cette vision, Constantin fit écrire sur l'arc de triomphe de Rome : « Par ce signe salutaire, symbole de la véritable puissance, j'ai délivré votre ville du joug des tyrans ». Dans son His^ toire ecclésiastique ^, Eusèbe dit seulement €[ue l'empereur, avant de marcher au combat, invoqua Dieu et Jésus- Christ son Fils; de même Lactance, autre contemporain, remarque seulement que Constantin fut averti durant son sommeil de graver le signe céleste sur ses boucliers et de livrer combat^.

1. Sur raffreuse maladie de Galère, Eusèbe, VIII, 46. — 2. De mortib. pers,, c. XXXIV. — Eusèbe, VIII, 17. « En retour de notre indulgence, concluait l'édit, ils devront prier leur Dieu pour notre santé , pour TÉtat et pour eux-mêmes, aQn que la république jouisse d'une prospérité parfaite et qu'ils puissent vivre chez eux en sécurité ». — Il y eut aussi en 3lâ une concession restreinte accordée par Constantin et Licinius ainsi que cela ressort certainement de l'édit de 343. Toutefois le texte n'en a pas été conservé. — 3. Le texte dans Lactance, De mort, pers,, c. xLvin, et Eosèbk, H, £?., X, 5, avec quelques différences. — 4. Eusèbe, Vita Constant., I, 28-S3. — 6. Hist. EccL, IX, 9. — 6. Commonitus est in quiète Constantinus, ut coeleste signum Dei notaret in scutis atque ita proelium cornmitteret. Lactaxce, De mort, pers,, c. xliv.

Cependant on peut difficilement rejeter le récit précédent d'Eusèbe * qui s'appuie sur le témoignage fait sous serment par Constantin lui-même, d'autant plus que les rhéteurs païens eux-mêmes affirment le récit de Tempe* reur et la vision céleste ^, D'ailleurs l'intervention miraculeuse de Dieu dans la conversion du premier empereur chrétien ne peut surprendre personne ^,

19® Cette dernière persécution amena un nombre considérable de martyrs : à Césarée, en Cappadoce, Georges et Dorothea; à Nicomédie, Prisca, Valéria, Dorothée, Gorgone, Pierre et Anthime; à Rome, Sébastien, Anastasie, Agnès * et les « Quatre Couronnés » ; à Syracuse, sainte Lucie ; à Agen, l'évêque Caprais et la vierge Foy ' ; à Augsbourg, Afra et plusieurs autres. Un grand nombre cependant apostasièrent , sacrifièrent ou livrèrent les saintes Écritures*.

Déjà pendant les persécutions précédentes, s'était posée la question : quelle conduite tenir vis-à-vis des lapsi qui reviennent à résipi scence ? Saint Cyprien répond très justement sur ce point» Il se montre beaucoup plus sévère pour ceux qui tombèrent au premier choc (primo impetu) que pour les malheureux qui perdirent courage après un long combat et d'horribles tortures ; plus sévère pour les sacrificati que pour les libellaticV . Les évê-

1. Cf. SOCRATE, HUU Eccl.f I, 2. — SozoM., Hist. Eccl.^ I, 8. — 2. KKÖPFLER, Konstantin Kreuzestnsion, Hist, Pol. Blâtter, 1908, I fasc, p. i83 ss. — 3. FüNK, Kirchengeschichtliche Abhandlungen und Unteriuchungen, U, Paderborn, 4899, p. 1-23, pense que rimagination a beaucoup ajouté dans la suite. — Desrocbes, Le Labarum^ étude critique et archéologique^ Paris, 4894. — 4. De Kerval, Sainte AgnèSy Paris, 4902.— P. Fraxchi de* Cavalieri, Agnese nella tradizione e nella legenda, Röm. Quartalsehr.y suppl. X (1899). — H. Grisar, Das römiseke Sancta Sanctorum und sein Schatz, Frib.-en-Br., 1908.— F. Jcbaru, Sainte Agnès, vierge et martyre de la voie Nomentane, daprès de nouvelles recherches^ Paris, 1907. ~ 5. Bouillet et Servières, Sainte Foy^ vierge et martyre, Paris, 1906. Il couYient de signaler ici, quoiqu'ils remontent à des persécutions antérieures, d'autres martyrs dont s'honore la Gaule : Symphorien d'Autun, Ferréol de Vienne, Julien de Brioude, Genès d'Arles, Baudèle de Nimes, saint Quentin, etc. -- 6. De mart. Pal,, c, i ; H, E,, Vin, 3 : « Alii quoque non pauci prae ignavia fracti animis ac débilitât! primo statim impetu prae timoré conciderunt >. — 7. Voir ci-dessus S 8, n" 12.

- Duchesse, Hist. anc, de V Église, I, p. 397 ss.

ques et les prêtres ne devaient plus exercer aucune fonction ^ Déjà, sous Dioclétien, le concile d'Elvire (306) avait réglé le cas des lapsi. Ils étaient admis à la pénitence, mais très difficilement à la sainte Communion^. Le concile d'Ancyre (314) prit également une décision à ce sujet. Pour les prêtres et les diacres, il y avait des peines différentes; il ne leur était plus jamais permis d'exercer dans la suite aucun acte de leur ministère'. Dans cette dernière persécution, il y eut, parmi les apostats, beaucoup de traditores qui livrèrent les saintes Écritures, les vases sacrés ou les noms des frères. Ils appartenaient presque exclusivement au clergé; quelques-uns même étaient évêques, tels furent Purpurins de Limata, Donatus de Maxula, Victor de Rusicade, Fundanus d'Abitène. On en rencontre aussi en Espagne et ailleurs^. Contre les traditeurs, on détermina en 314 au Concile d'Arles, que ceux qui par actes officiels avaient été Aécldxés traditores seraient exclus des rangs du clergé. Si, après leur chute, ils ont fait quelque consécration, elle reste valide, d'après le concile; les accusations ne sont reçues qu'accompagnées de pièces officielles^.

20° Les persécutions romaines sont comptées ordinairement par les anciens auteurs au nombre de dix, moins d'après des recherches exactes que par analogie avec les dix plaies d'Egypte^ et les dix cornes de la bête de l'Apocalypse'^ qui figurent les dix persécuteurs de l'Église, saint Augustin^ et Sulpice-Sévère ^ ont confirmé cette tradition, sans pourtant être d'accord dans l'énumération des empereurs : le premier nomme Néron, Domitien, Trajan, Marc-Aurèle, Septime-Sévère, Maximin le

1. Ep. LU et LXVIII. — Cf. Hefkle, Hist. des Concilei,, î« éd., I, 111 8S. — 2. Cf. Gan. 1 et 46, chez Hefele, I, iîb, 116; cf. can. 92. — D. Leclercq, UEspagne chrétienne, p. 59-T7. — 3. Can. 1-9, Hefele, I, p. 22î as. — 4. P. Allard, IV, p. 19t 88. Gomment on poursuivait les clercs pour les forcer à apostasier, cf. Gesta apud Zenophilum Consularem^ P. L., XLIII, 794 ss., et parmi les œuvres (I'Optat de Mileve. — 6. Gf. can. 13, Hefele, I, allai!. — 6. Exode, c. vn ss. — 7. Apoc,, xvn, 1-14. — 8. De civxL Dei, XVIII, Ö2. — 9. Chronic, II, 29-30.

Thrace, Dèce, Valéricn, Aurélien et Dioclétien; tandis que le dernier, laissant de côté Maximin le Thrace et Aurélien, met à leur place le seul Hadrien. Lactance compte seulement six grandes persécutions de TÉglise^. 2io Le nombre des martyrs a été très grand, selon la tradition et l'histoire ; cependant pour la première fois, en 1684, s'éleva comme contradicteur H. DodwelP qui, dans une Apologie des empereurs romains, relégua au rang des fables les Bréviaires et les Martyrologes comme inventés par les moines ; en 1689, Th. Ruinart le réfuta d'une manière victorieuse^; toutefois, il ne crut pas, comme quelques auteurs, pouvoir porter le nombre à 11 millions ; bien moins encore avec Boldetti parler de 700 à marquer chaque jour, pour Rome, sur le calendrier -•. Victor de Buck au contraire évaluait à 4.000^ seulement les martyrs de Rome, tandis que le Martyrologe Romain donne pour Rome seule 13.825*. Déterminer le nombre des martyrs, même approximativement, est impossible ; car si l'on parle de plusieurs millions de martyrs parmi les premiers chrétiens, on ne pourra pas appuyer cette assertion sur des preuves certaines. Tacite parle « d'une grande multitude » sous Néron '^. Dion Cassius en mentionne « beaucoup » sous Domitien*. La rage populaire fit mourir « un grand nombre » sous Trajan, ce qui n'empêchait pas le jugement régulier de suivre son cours ^. D'« innombrables martyrs » dans le monde entier subirent la mort sous Marc-Aurèle ^^; les proconsuls et les préfets ne pouvaient suffire à toutes ces condam-

1. De mort, per sec. — Cf. au moyen âge Godefroi de Vitfrbe, Panthéon, P. L., CXCVïlI, 1012 8S. — 2. Dissert. Cyprian., IX. Depaucitate Martyrum, Oxford, 1684. — 3. Acta martyrum sincera. Ces actes ont été publiés plusieurs fois; nous citons l'éd. de Vérone, 1731. Cf. Praefatio generalis^ ^11- III. Voir aussi Mamachi, Origines et Antiquitates Christianae, Rome, 1749-Ö2. L. A. Zaccaria, Raccolta di dissertationi di Storia Ecclesiastica, Rome, 179a, t. XI. — 4. Osservazioni sopra i cimiteri dei SS. Marliri ed antichi cristiani di Roma, Rome, 1720, p. 26ö. — 5. De phialis rubricatis, quibus Mart. Rom. sepulcra dignosci dicuntur observationes, Bruxelles, 185S, p. 81 ss. — 6. Kraus, Die Blutampullen der röm. Katakomben^ Francf., 1868, p. 35. — 7. Annal., XV, 43-45. — 8. Hist. Rom., 67, 14. — 9. Eusèbe, Hist. Eccl., III, 34. — 10. EusÈBE, V, 1.

nations. Septime-Sévère fît couler le sang à flots, on crut à la venue de TAntéchrist ^. Dèce, que Lactance appelle un « monstre exécrable », n'épargna <c ni âge, ni sexe, ni condition »; « le sang coulait par torrents », dit saint Cyprien^.

Sous Gallus « une innombrable multitude » de martyrs reçurent la couronne ^. Pendant son règne si court, Valérien versa beaucoup de sang chrétien ^. La persécution de Dioclétien « dévasta pendant dix ans le peuple de Dieu » ; aucune guerre n'avait ainsi décimé la population ^. Le glaive était émoussé et les bourreaux exténués devaient se relayer. En Egypte, il n'était pas rare de voir sur une même place, « trente, soixante ou cent » mis à mort en même temps ^.

Ailleurs aussi, les chrétiens étaients conduits à la mort par multitudes. Qu'on pense, par exemple, à la Massa candida^ sous Valérien et à la Légion Thébéenne sous Maximien I Ursule et ses compagnes sont aussi de ce nombre; certains placent leur martyre sous Maximin le Thrace; la plupart le reculent jusqu'au temps de l'invasion des Huns qui, selon la légende, massacrèrent à Cologne onze mille vierges, martyres de la pudeur. Il est sûr que des vierges ont souffert le martyre à Cologne, ainsi que le prouvent les inscriptions de Clématius dans l'église Sainte-Ursule. Ce dernier restaura au iv® ou v^ siècle la basilique élevée sur le sol même « . où les Vierges saintes avaient versé leur sang pour le nom du Christ ». Mais les anciennes légendes ne citent pas le nombre"^.

1. Clém. d*Alex., Strom.^ ii. — Eusèbe, VI, 7. — 2. Ep. X. — 3. S. Cypr., De mortalitate, vers la fin. — 4. Lactance, De morte pers., v. — 5. Sdlp» SÉv., Hist. Sacr,^ II, 6, 32. — Orose, Adv, Pagan., Vil, 22. — 6. Ecsèbe, H. E.y VIII, 9. — 7. Stein, Die H, Ursula und ihre Gesellschaft, Cologne, 1879. — Hauck, Kirchengesch, Deutschlands, I, 25 s. — A. Muller, Das Mar-' tyrium der Thebanischen Jungfrauen zu Kölriy 4896. — Jaffé, Reg^ Rom, Pont.y n. 3694, — G. Morin, L'inscription de Clématius et la légende des onze mille vierges. Mélanges Paul Fabre, Paris, 4902, p. 51-64. Au ix« siècle^ Wandelbert de Prùm parle de « milliers »; au x« siècle, la phalange s'élève à onze mille ; « monasterium... in honore sanctae Dei genetricis semperque vlrginis Mariae et undecim milia virginum ». — P. Allard, Dix leçons sur le martyre, p. 134-449.

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