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POLÉMIQUES CONTRE L'ÉGLISE

S 9 - Polémiques contre l'Église > .

Il devait nécessairement arriver que la civilisation païenne, après avoir usé du glaive contre TÉglise, luttât encore par la plume soit directement, soit indirectement. Si, par suite de Tédit de 448, publié par Théodose II et ordonnant de brûler les écrits contre l'Église, il nous reste peu de ces ouvrages, nous pouvons cependant juger de la haine violente qui les animait.

La tentative du rhéteur Fronton de Cirta (f 166?), précepteur de Marc-Aurèle, n'est pas suffisamment connue; mais la plus ancienne Apologie latine, VOctaçius de Minucius Félix 2, nous apprend qu'il avait fait paraître une harangue dans laquelle étaient reproduites les accusations ordinaires de repas de Thyeste et d'inceste ^.

Nous avons la satire de Lucien de Samosate : Sur lamort de Peregrinus^ de l'an 167. Peregrinus est représenté comme prêtre chrétien corrompu, ascète égyptien et philosophe cynique qui, à la fin, cherche volontairement la mort dans les flammes. L'attaque est dirigée contre les cyniques et spécialement contre Théogènes, mais en même temps Lucien cherche à ridiculiser les chrétiens, quoique son talent comique soit médiocre.

Vers 178^, le philosophe platonicien Gelse écrivit son Discours çéridique, polémique volumineuse contre les chrétiens. Bien que cet ouvrage soit perdu, on en retrouve les neuf dixièmes dans l'Apologie qu'Origène,

1. ÀRMETH, DasklassischeReidentum und die chrisHische Religion, Vienne, 1895, i-3. — H. Kellner, Hellenismut und Christenthum oder die geittige Réduction des antiken Heidenthums gegen dos Christenthum^ Cologne, 1866.— Adbé, Hist. des persécution^ de VÈglise,U H : La polémique païenne à la fin du deuxième siècle, Paris, 1878. — 2. Cap. ix, 6; xxxi, i. — 3. Cf. Hauiiack, AUchrisll, Lit,, I, 868. — 4. Funk, Kirchengesch. Abhandl. und Untersuchungen, II, 152-161, croit pouvoir placer cet ouvrage en 170-185. — F. ViGOUROux, Les Livres saints et la critique rationalistCf 3« éd., Paris, 1890, p. 133-151.

m PRËMIÈRB EPOQUE. — PRE&IIÈRE PÉRIODE.

dès le milieu du troisième siècle (244-49), écrivit contre cet auteur et qu'il intitula Contra Celsum. Le Dis^ cours çféridique comprend quatre parties : dans la première, un Juif s'efforce de démontrer que les chrétiens n'ont pas compris l'idée messianique ; dans la seconde, un païen critique l'idée messianique des Juifs et par là même frappe indirectement les chrétiens; la troisième s'élève contre l'enseignement de la foi et des mœurs chrétiennes et veut prouver qu'elle est tirée d'ailleurs et falsifiée ; tandis que la quatrième cherche à justifier le culte officiel des païens. Celse montre beaucoup d'érudition et de subtilité, il déverse ses railleries mordantes sur le christianisme dont il traite le Fondateur comme un imposteur vulgaire. On peut voir chez Origène l'esprit qui domine dans cet écrit, avec quelle absence totale de scrupule il dénature l'histoire de Jésus pour la rapprocher des contes de la mythologie païenne. Il fait dire aux chrétiens, tournant en dérision les paroles de saint Paul (I Cor., m, 18, 19) : « Mala res est in hac nia sapientia, bona autem stultitia^, »

Non moins violent et sardonique est le philosophe néo-platonicien Porphyre. 11 ne nous reste que des fragments de ses quinze livres contre les chrétiens, où sont renouvelés les reproches d'athéisme, d'impudiçité et de meurtre des enfants ; mais il connaît mieux le christianisme que les autres polémistes; ceci et quelques paroles de saint Augustin^ feraient penser qu'il était apostat. C'est en effet avec la haine d'un tel homme qu'il vomit des injures contre le Messie et sa résurrection, l'éternité des supplices de l'enfer; H raille le Rédempteur, la

1. Origène, Cow<roCctóum,P. G., XI, 1,43 et 1,32.— Th. Kkim, Celius' Wahres Wort, Aelteste Sireitschrift antiker Weltanschauung gegen dos Christentum vomJahre i78nach Chri&lus, etc., Zurich, i873. — Moth, Der Kamp f derheidn. Philosophie gegen das Christentum,^}lhy ence,l90O. — Whittamr, Apollonius of Tyana and other essays, Londres, 1906 : Celsus and Origen- — 2. De Civitate Dei, X, 28 : t Quam (virtutem et sapientiamj si vere ac fideliter amasses, Christum Dei virtutem et Dei sapientiam cognovisses, sec ab ejus saluberrima humilitate tumore inflatus vanae scientiae resiluisses. . Cf. SocRATE, HisU Eccl,, III, 23. — F. Vicourolx, U c, p. 156-188.

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Sainte Écriture et les prophéties qu'il appelle çaticinia post factum. D'autre part, il s'efforce d'épurer et de faire revivre le paganisme, bien que naturellement en vain ; comme tous ceux qui ont tenté la chose soit avant, soit après lui ^ .

Ces tentatives placent Porphyre dans les rangs de ceux qui combattirent indirectement le christianisme. Déjà, au premier siècle, Apollonius de Tyane avait essayé, sans grand résultat, de propager le Néo-Pythagorisme ; toutefois le peuple païen et Septime-Sévère luimême l'honorèrent d'un culte divin*.

Entre les années 220 et 230, et sur la demande de Julia Domna, épouse de cet empereur, Philostrate écrivit la vie d'Apollonius dont il fait un demi-dieu ayant entrepris de lointains voyages pour réformer les hommes dont il gagna les cœurs par ses paroles et ses œuvres. Philostrate compare Apollonius au Christ lui-même et donne au paganisme un thaumaturge qui disparut si mystérieusement qu'on ne put trouver son tombeau^.

Les plus vigoureux efforts pour préserver le paganisme de l'abîme vinrent de l'Ecole Néo-Platonicienne. Les âmes ne trouvant aucun apaisement dans la froideur du paganisme, cherchant la vérité et ne la trouvant pas, l'antique simplicité avec laquelle on avait accueilli les divinités mythologiques disparut de tous les esprits. Alors les philosophes du Néo-Platonisme voulurent satisfaire à ces besoins, créer un système, expliquer allégoriquement la mythologie et annoncer une sorte de tpinité panthéiste. Ce système devait aboutir à créer un nouveau et vigoureux paganisme.

Le fondateur de cette école fut Ammonius Saldkas que Ton croit être un chrétien apostat (-{• 243) ; il n'est pas le créateur de ce système. Cet honneur revient à Plotin (•f261). On peut dire qu'alors les anciens philo-

1. A. Kleffner, Porphyrius der Neuplatoniker und Christen f eind, Paderborn, 1896. — 2. Dioh Gassius, Hist.Rom,, 77, 18. — 3. J. Göttsching, Apollonius von Tyana, Leipzig, 1889. — F. Whittaker, Apollonius of Tyana^ Londres, 1906. — F. Vigouroüx, l, c, p. 19V199.

sophes mirent toute leur énergie à maintenir à flot le paganisme qui menaçait de sombrer. 11 va de soi que l'hostilité contre les chrétiens marchait de pair.

Nous avons déjà vu à l'œuvre Porphyre, le plus célèbre des Néo-Platoniciens; son maître, Plotin, combattait en même temps les gnostiques et les chrétiens ^ Ce que Porphyre, Philostrate et Celse avaient imputé aux chrétiens, Hîéroclès, gouverneur de Bithynie en 305, le résume dans ses Discours véridiques. Le persécuteur acharné du christianisme déverse d'amers sarcasmes sur le Christ que, comme Philostrate, il met en parallèle avec Apollonius de Tyane ; pour le reste, il reprend aux philosophes susnommés leurs propres pensées ^.

On se moquait aussi des chrétiens par des représentations et des images ; on leur reprochait surtout d'adorer un âne, comme on le voit par TertuUien, et par le Crucifix dérisoire de Rome trouvé par le P. C. Garrucci en 1856 sur le mont Palatin. Il représente Alexamenos en adoration devant son Dieu crucifié auquel on a donné par dérision une tête d'âne. Au-dessous on lit : Alexamenos adore son Dieu. En 1870 on découvrit dans une autre chambre l'inscription : Alexamenos est fidèle à sa loi^.

S 10. — Extension de l'Église au commencement du IV siècle ^

Le sang des chrétiens est une semence, disait Ter-

1. Harnack, Gesch, der AUchristl, LU,, I, 872 s. — 2. Eusèbe, Contra Hierocl., éd. Gaisford, 185â. — Lact., De mort, persec, c. xvi. — Harnack, p.564.— 3. Tertull., ApoLt c. xvi ; Garrucci, Il Crocisisto graffito^ Rome, 1856 — Fr. X. Kracs, Das Spottcrucifix vom Palatin, Frib.-en-Br., 4872. Une reproduction se trouve aussi cliez Grisar, Geschichte Roms, p. 608. — Kraus, Geschichte der Christl. Kunst, I, p. 173. — Les objections contre l'attribution chrétienne de ce crucifix ont paru jusqu'ici manquerde force persuasive. — 4. A. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentuins in den ersten drei Jahrhunderten, Leipzig, 2« édit., 1906. — Ugbelli, Italia sacra, 2* éd., Venise, 1717 ss. — Ducoesne, Fastes épiscopaux de V ancienne Gaule, Paris, 1894-1900, MI, — P. Gams, Kirchengeschichte von Spanien, t. I, Ratisbonne, 1862. — A. Toulotte, Géographie de V Afrique

toUien * , et saint Justin : Plus nous serons violemment persécutés, plus il y aura de croyants dans le nom de Jésus 2. Et en vérité Textensioii du christianisme était prodigieuse; il paraissait appelé à devenir le culte des cités. En effet, le nombre des chrétiens croissait pro-« portionnellement avec celui de la population. A la fin des persécutions, les chrétiens étaient en grande majorité dans quelques villes. Le christianisme avait aussi pénétré profondément dans le peuple des campagnes, en quelques provinces et notamment dans celles d'Asie Mineure, en Arménie, Syrie, Egypte, Palestine et l'Afrique septentrionale. Eusèbe nomme les chrétiens « le peuple le plus important^ ». Cependant il ne pouvait avoir en vue toutes les provinces et tous les pays, car le nombre des chrétiens variait beaucoup selon les diverses contrées.

1® Parmi les pays où la doctrine chrétienne avait été reçue par environ la moitié de la population, où le culte chrétien dominait si même il n'était pas le plus répandu, se trouvait en premier lieu l'Asie Mineure : là étaient les célèbres Églises de Nazianze, la métropole Césarée, nous voyons cinq chorévêques venir des environs de cette ville au concile de Nicée : preuve que le peuple des campagnes était chrétien^ ; Nicomédie en Bithynie, où le christianisme produisit si vite une remarquable efflorescence; la Galatie, la Phrygie et la Pisidie avec les métropoles d'Ancyre, de Laodicée et d'Iconium ; Éphèse, Smyme, Pergame et les autres Églises nommées dans \ Apocalypse, Les provinces de Syrie, de Pamphylie et d'Isaurie envoyèrent à Nicée vingt-cinq évêques. Plus loin, la Thrace en face de la Bithynie avec les sièges de

ehrétiennej 4 vol., Rennes, 1894. — F. Hadck, Kirckengeschichte von Devtschlandy 1. 1, 2« éd., Leipzig, 1898. — C. Mcrray, Christianity in England before Augustine, 1900. — H. Leclercq, VAfrique chrétienne^ Paris, 1904, l-II. — Le Qüicn, Orient christianus, Paris, 1740, l-in. —1. Apolog., cap L. — 2. Dialog. cum Tryphone, c. ex. — 3. Hist. Eccl., I, 4 : Gens ... omnium nationum populosissima. — 4. Cf. Origène, Contra Celsum, III, 9.

Byzance^ ; Héraclée la métropole, et Andrinople; l'Arménie où la famille royale était chrétienne et le culte chrétien officiel ; de sorte qu'Eusèbe parlant de la guerre de l'empereur Maximin contre FArménie, la nommait guerre religieuse^. Édesse était depuis longtemps entièrement chrétienne ^.

2<* Parmi les pays où sinon la plus grande partie, du moins une très grande partie de la population confessait le Christianisme et par sa vigoureuse influence rivalisait avec le paganisme, étaient Antioche, la plus grande cité de l'Orient dans laquelle dès le commencement du IV® siècle avaient siégé dix-neuf évêques ; puis les églises environnantes : Séleucie, Laodicée, Apamée, Raphanée, Hiérapolis, Samosate, Néocésarée et dix autres. L'île de Chypre comptait trois évêques à Nicée. L'Egypte avec son Église d'Alexandrie et sa célèbre École, posséda bientôt cent sièges épiscopaux, de sorte que l'administration ecclésiastique semblait achevée. L'Afrique Proconsulaire et la Numidie se trouvaient dans cette florissante situation : sous la métropole de Carthage, il y avait environ 250 évêchés '*. De même Rome, la basse Italie et quelques parties de l'Italie moyenne : près d'un siècle avant la paix de l'Église, on pouvait évaluer à 50.000 âmes la communauté chrétienne de Rome et à l'époque du concile de Nicée, il ne serait pas téméraire d'en compter 150.000. Assurément il existait plus de quarante basiliques; et, sous Tautorité de l'Église de Rome, environ cent évêques italiens. L'Espagne : où environ quarante évêques siégeaient en 306 au concile d'Elvire ^. De plus, le nombre des chrétiens était très considérable sur les côtes d'Achaïe, de Thes-

1. DucHESNE, Les anciens évêchés de la Grèce {Mélanges d'archéologie et d'histoire), 1895, p. 375 as. — 2. Hist, Eccl., IX, 8. — 3. Chron, Edess., AssEMANi, Bihlioth. Orient,, I, 391. — Tixeront, Les origines de l'Eglise d'Edessey Paris, 1888. — J. Lajiourt, Le Christianisme dans l'Empire perse, 2° édit., Paris, 1904. — 4. De Rossi, De christ, titulis Carthag. — Dom PuRA, Spicileg. Sol., IV, 1858. — D. Leclercq, L'Afrique chrétienne, t. I, Paris, 1904, — 5. Hefele, Hist, des Conciles, 1, 148 ss.

salie, de Macédoine et dans les tles environnantes avec les célèbres Églises de Philippes, Thessalonique , Athènes, Corinthe et Nicopolis. Le midi de la Gaule était aussi très florissant, ainsi que la vallée du Rhône \

3® Parmi les pays où le christianisme n'était pas aussi répanda, il y avait probablement la Palestine où quelques villes renfermaient bien de nombreux chrétiens, et quelques endroits étaient gagnés complètement à la foi chrétienne; mais en général, le christianisme rencontrait une vigoureuse opposition.

La Phénicie avait des communautés chrétiennes dans les villes grecques du littoral, tandis que l'intérieur le plus reculé tenait obstinément au paganisme. L^Arabie avait aussi bon nombre de chrétiens dans les villes Grecques-Latines ; de même pour quelques régions de la Mésopotamie, l'intérieur de l'Achaïe, de la Macédoine et de la Thessalie.

Dans une situation identique se trouvaient TÉpire, la Dardanie et la Dalmatie^. La Mœsie etlaPannonie reçurent, dans le troisième siècle, la foi chrétienne qui se répandit promptement. La Mauritaine et Tripoli n'avaient pas autant de chrétiens que les autres parties de l'Afrique ; le nord de l'Italie aussi en comptait moins : les évéchés étaient Ravenne, Milan, Aquilée, Brescia, Vérone, Bologne et Imola.

4® Parmi les pays où le christianisme comptait peu de croyants, étaient la Perse ^, excepté les parties occidentales, l'Inde, la Scythie, les villes des anciens Philistins, les côtes nord et nord-ouest de la mer Noire et l'ouest

1. La Provence fut évangélisée la première, comme sa situation l'y prédestinait. Arles est peut-être le premier siège épiscopal fondé dans les Gaules. (Il s'y tiendra un grand concile en 314). Mais il y en eut certainement d'autres avant le iv* siècle, car à cette époque la hiérarchie s'y trouve à un état avancé; autour d'Arles et de Marseille, l'historien rencontre tout un groupe d'Églises filiales fortement organisées. — LeBlant., Inscriptions chrétiennes de la Gaule^ a vol., Paris, 1856-4865. — 2. J. Zeil- LER, Les origines chrétiennes de la province romaine de Dalmalie, Paris, 1906. — 3. J. Labourt, Le Christianisme, dans l'Empire perse sous la dynastie sassanide (22i-63â), Paris, 1904.

de la Haute Italie. Au commencemeût du iv« siècle, le Piémont n'avait encore aucune organisation ecclésiastique * . Le centre et le nord de la Gaule étaient également en retard à ce point de vue ^ ; toutes ces contrées ne contenaient guère plus de vingt évéchés. Dans beaucoup de villes où les traditions du moyen âge plaçaient un évêché, M*^"" Duchesne n'a pu en trouver la preuve dans l'étude approfondie des catalogues épiscopaux ^. Grégoire de Tours affirme que la foi prêchée de bonne heure dans notre pays ne parvint à la connaissance que d'un petit nombre^. Théodore de Mopsueste ^ nous apprend l'usage longtemps existant de confier toute une province aux soins d'un seul évêque; ce qui explique que, d'après Eusèbe *, saint Irénée gouvernait les Églises de la Gaule entière. C'est ce genre d'organisation qui subsistait dans le nord de l'Italie et dans certaines contrées

1. Fedele Savio, Gli antichi veacovi d'Italia dalle origini al 1300 descritti per regioni, 1, Il Piemonte, Turio, 1898. — 2. Seriiis trans alpes Dei religïone suscepta^ Sclpice-Sévère, Hist. Sacra, II, 32. — 3. L'ancienneté des Églises de Gaule a suscité au siècle dernier de violentes controverses, aujourd'hui près de s'apaiser. Il est manifeste que les prétentions de certaines Églises à rapostoiicité ne sont pas fondées. Comme d'autre part le triage est aujourd'hui impossible en l'absence de documents de l'époque, la seule méthode scientifique est de signaler les données certaines, mais incomplètes, fournies par les écrivains postérieurs, tout en se gardant de nier ce que l'histoire est impuissante à prouver. Il faut d ailleurs avouer qu'une chrétienté ne possède guère d'histoire avant d'être hiérarchiquement fondée ; nous ne saurons donc jamais rien des nombreux chrétiens qui existèrent à l'état sporadique pendant plusieurs siècles dans notre pays. Ils ne figurent pas dans les annales de l'histoire qui voit apparaître l'Église de Lyon, nettement constituée au milieu du ii« siècle, les Églises de Toulouse, Vienne, Trêves, Reims moins d'un siècle plus tard, puis celles de Rouen, Bordeaux, Bourges, Paris, Sens, Âutun, etc. À partir du commencement du iv** siècle, les sièges épiscopaux se multiplient avec une rapidité prodigieuse. — 4. Hist, Franc, IX, 39. — Le passage I, 28, reproduisant la Passion de S, Saturnin, ne doit être apporté qu'avec circonspection, car il renferme des erreurs manifestes. — 6. Théodore de Mopsueste, Comment, in Bp, S. Pauli, éd. SwEETE, Londres, 4882, t. II, p. 124. — Duchesne, Fastes épiscopaux, etc., I, 36. — Réponse de M*»" Bellet, Les origines des Églises de France et les fastes épiscopaux, Paris, 1896. — 6. Eusèbe, Hist. EccL, V, 23. — Duchesse, c. h, I, p. 42. — La lettre de Faustin, évêque de Lyon, au pape Etienne, en son nom et au nom de ses collègues {tam ab eo quam a céleris coepiscopis nostris in eadem provincia constitutis), mentionnée par S. CvpareN, donne lieu à des discussions sur le sens précis qu'il faut attribuer au terme provincia.

du nord-est de l'Asie Mineure, comme il est encore pratiqué de nos jours dans les vicariats apostoliques. La Belgique dut rester également longtemps soumise aux deux évêques de Reims et de Trêves, avant que fussent fondés d'autres sièges * . Chose remarquable, de toutes les Églises du nord de la Gaule, ce sont celles des deux Germanies dont l'antiquité est le mieux établie *. Nous avons là-dessus le témoignage de saint Irénée ^. On peut donc croire qu'il y eut des évêques à Mayence et à Cologne vers 185 *. Tongres eut vraisemblablement son évêque avant Constantin *, de môme Augsbourg et Ratisbonne. L'Angleterre comptait bien quelques chrétiens au II* siècle ; sans doute on regarde comme une légende • qu'un roi Lucius ait demandé des prédicateurs de la foi au pape Éleuthère (174-189), mais au concile d'Arles de 314 assistaient trois évêques anglais ; on doit donc supposer le nombre des évêchés "^ plus grand encore.

Le christianisme avait pris une extension très rapide ; soixante-dix ans après la fondation de la première communauté de pagano-chrétiens à Antioche, Pline écrivit dans les termes les plus énergiques que, même dans la Bithynie si lointaine, le paganisme était menacé ; encore soixante-dix ans plus tard, la discussion relative à la fête de Pâques nous fait connaître une forte organisation ecclésiastique s'étendant de Lyon à Édesse, avec son centre à Rome ; encore soixante-dix ans écoidés et l'empereur Dèce préfère voir à Rome un empereur-rival plutôt qu'un évêque chrétien ; et maintenant il n'y a pas soixante-dix ans avant que Constantin place la Croix sur l'étendard romain ».

1. J. Warichez, Les origines de l'Église de Tournai^ Paris, i902. —

2. G. KcRTH, Clovis, TourB« 1896, L II, ch. i, L'Église des Gaules, —

3. Adversus haer,^ II, 10, 2. Il y atteste certainement la diffusion du christiaoisme, quand même il ne voudrait pas affirmer Torganisation ecclé< siastique. — 4. W. Kleinen, Die Einfûhrung des Christentums in Köln und Umgegendi Cologne, 1888-89. — 6. Habets, Geschiedenis van het bisdom Roermond, etc., t. I, Ruremonde, 1875. — 6. Harnack, Der Brief des brit. Kdnigs Lucius an den Papst Eleutherus, Berlin, 1904. — 7. Yen. Bède, Bist. Eccl, gent, Angl., 1,4, 6, 7. — 8. A. Har?(acr, Die Mission und Ausbreitung, etc., 2«édit., Leipzig, 1906. t. II.

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