ORIGINE DE L'ÉPISCOPAT
et aux autres Apôtres sa volonté que leur pouvoir fût transmis en tout ou en partie à d'autres. Le Christ lui-même est Tauteur du sacerdoce éternel. Par conséquent, la différence entre les fidèles laïques et les administrateurs ecclésiastiques des communautés chrétiennes est basée sur la volonté du Seigneur ^ En vertu de leur fonction, les évêques et les prêtres étaient administrateurs ; et avec eux, les diacres, d'origine apostolique^. On voit ces trois dignités ecclésiastiques clairement distinguées, dans les lettres de saint Ignace d'Ântioche : « Vos prêtres révérés, écrit-il aux Ephésiens, sont unis à Tévêque, comme les cordes à la cithare ^. » D'une façon plus précise encore dans sa lettre aux fidèles de Tralies : « Celui qui n'est pas uni à l'évèque, aux prêtres et aux diacres n'a pas la conscience pure *, » Déjà, sous saint Clément de Rome, qui, en 96 (donc vingt ans auparavant), écrivait aux fidèles de Corinthe pour les exhorter à se soumettre avec une humble docilité aux supérieurs ecclésiastiques, on constate que ce même partage de l'administration était, à Rome aussi bien qu'à Corinthe, une institution déjà reconnue comme ancienne. Dans le même temps l'apôtre saint Jean, écrivant son Apocalypse^ adressait la parole à l'ange des Églises d'Éphèse, Smyme, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée.
A Rome et à Corinthe un évêque était à la tête de l'Église ; pourquoi n'en aurait-il pas été de même pour les villes susdites de l'Asie^ Mineure? Est-il impossible de voir dans l'ange d'une Église, son évêque? Si cela n'est pas entièrement certain, c'est du moins très probable, d'autant plus qu'entre Ignace d'Antioche qui ne connaît qu'un évêque par ville et V Apocalypse^ l'intervalle n'est que de vingt ans. Déplus, une institution, ayant son nom propre et connue de tout le monde, n'a pas surgi tout d'un
1. ActeSf I, 17 88. — Clém. Rom., Epi8t. ad Cor,, cap. xl : Homo laicus praeceptis laicis constringitur. — 2. Actes, vi, 4 ss. — 3. Epist. ad Eph., cap. IV. — H. De Genouillac, UÉglise chrétienne au temps de S. Ignace d^Antioche, Paris, i907. — 4. Ad TralU, cap. vu ; cf. Ad Eph,, c. ii, 20 ; Ad Philad,, c. vii; Ad Smym*, c. vin.
coup. On peut donc sans témérité conclure de là que, dans la période qui suivit immédiatement la mort des Apôtres, chaque Église était gouvernée par un évêque assisté, s*il était nécessaire, par des prêtres et des diacres.
2"" Avant Tan 67, dans les temps apostoliques, plusieurs Apôtres furent certainement directeurs des communautés chrétiennes fondées par eux. Mais, avec la même qualité, nous rencontrons aussi d'autres appelés diaconie pas^ tores, presbyteri, episcopi. Si le premier terme est clair, les trois autres ne le sont pas. Désignent-ils seulement des prêtres, ou seulement des évoques, ou encore un seul évêque à la tête de plusieurs prêtres? Sans doute les noms de presbyter et episcopus sont synonymes à cette époque; comme nous le voyons dans rËcriture sainte ^ ; la similitude de leur charge le confirme. Les presbyteri et episcopi sont les pasteurs du troupeau; ils guident les fidèles et administrent la communauté: établis par le Saint-Esprit pour représenter le Christ, ils sont revêtus de la plus haute dignité dans TÉglise, sous la garde et Tautorité supérieure des Apôtres. En vertu de leur fonction, ils enseignent les préceptes de la foi et célèbrent les saints mystères. On leur doit honneur, obéissance et entretien. Quoiqu'ils prennent part à Timposition des mains, on n'a jamais dit, ni sujiposé qu'ils aient le pouvoir de consacrer ou d'instituer des ministres. Eux-mêmes reçoivent leur fonction des Apôtres. Les presbyteri et episcopi étaient supérieurs, administrateurs, chefs, directeurs et pasteurs. Ces dénominations ont passé sous cette acception dans la langue de l'Église.
Probablement le titre de presbyter vient de l'Église de Jérusalem, celui à' episcopus des communautés paganochrétiennes ; bientôt néanmoins les deux expressions furent employées en grec indistinctement. Il est difficile de prouver qu'une légère différence ait existé entre les deux termes eX ({Mq presbyter éveille plutôt l'idée de dignité
1 . Actes, XX, n, 28. — I Timoth.y m, 2 ; v, 7. — Tit,, l.—l Petr. v, la,