L'AGAPE ET L'EUCHARISTIE
nue seule espèce, surtout quand les chrétiens rapportaient à leurs demeures la sainte Eucharistie, aliment de force et de consolation, pour communier tous les jours. Les enfants nouvellement baptisés étaient aussitôt communies sous la seule espèce du vin ^.
Le pain eucharistique était alors déposé sur la main et non dans la bouche. Le jeûne eucharistique est déjà mentionné par Tertullien, U est probablement aussi ancien que la célébration de la Messe au matin. D'après certains auteurs, l'usage se conserva assez longtemps pour les évèques de s'envoyer mutuellement le saint Sacrement, en signe de communion ecclésiastique '.
Bien que la Messe restât partout substantiellement la même, on ne tarda pas à voir surgir des différences se-* eondaires. On eut ainsi une forme occidentale et une forme orientale, dont sortiront au iv® siècle les nombreuses et diverses liturgies.
C'était ordinairement l'évéque qui offrait le saint sacrifice; un prêtre le remplaçait quelquefois. Les anciens auteurs nous attestent qu'on se réunissait le dimanche pour la célébration des saints mystères ; en Afrique, également les jours de stations ^. Les Actes des Apôtres semblent indiquer une fraction quotidienne du pain *.
La Foi à la présence réelle aussi bien que dans le vrai sacrifice de la Messe était commune parmi les fidèles; elle nous est témoignée par les plus anciens Pères. La Messe comme offrande est déjà enseignée par la Dida^ chèy saint Irénée, saint Justin et beaucoup d'autres^. Saint Cyprien dit que « le prêtre agit comme représentant du Christ, continue à faire ce que le Christ a ordonné, et présente à Dieu dans l'Église une offrande
1. EusÈBE, H, E.t VI, 44. — Tertull., Ad uxor,^ II, 5; De orat.^ c. xix. — S. Cyprien, De lapsis, XXIX. ~ 2. Eüsèbe, VI, 43; VII, 9; V, 24. — 3. Dida- €hè, c. XIV. — S. Justin, Apol. 1, 67. — Pline, X, Ep, 97 {stato die). — 4. Act€8t II, 46. — Cf. DOM Cabrol, Le livre de la prière antique, Paris, 1903, chap. VII. — 6. Didachè^ xiv, l. —Contra haeres,, IV, cap.xvii, n. 4-5; cap. xvm, n.i-2. — S. Justin, Dial. c. Tryph,^ xu, 70. — Cf. Batiffol, Études d'hist, et de théoLy 2« série, YEucharistie, 3« éd., Paris, 4906. ,
vraie et réelle^ ». Pour la foi en l'Eucharistie, qui n'a pas besoin de preuve, il suffit d'apporter les expressions célèbres des inscriptions d'Abercius et de Pectorius. Le premier à la fin du ii® siècle fît graver sur sa tombe : « Et la foi partout me conduisait. Partout elle me servit un poisson de source, très grand, pur, qu'a péché une vierge pure. Elle le donnait sans cesse à manger aux amis, elle a un vin délicieux, mêlé à l'eau, elle le donne avec du pain. » Le second écrivit probablement au m® siècle sur la tombe des siens : « Race de l'txôu*; divin, reçois du Sauveur des élus l'aliment doux comme le miel ; prends, mange et bois; ta main porte l'î^ôuç^. »
3*» Le Christ avait dit : Nolite Sanctum dare canibus^. C'est à cause de cette parole que les chrétiens eurent soin de tenir les saints mystères le plus secrets possible. La Disciplina arcani ne date, quant au nom, que du dix-septième siècle^, la chose elle-même remonte comme le catéchuménat à la fin du ii«. Tertullien, Irénée^ Origène et d'autres encore en font mention ^ C'est encore une preuve de son existence que l'usage de l'ancien symbolisme, comme le poisson, l'ancre, le navire, la corbeille de pains, le vase de lait, l'agneau, la colombe, etc. Les Pères disent que les non-initiés ne les comprennent pas, que les fidèles seuls en sont capables. La persécution en faisait une nécessité. Le secret s'étendait au symbole des Apôtres, aux sacrements et surtout à la sainte Eucharistie.
L'enseignement était donné de vive voix aux catéchumènes ; la doctrine des sacrements était réservée aux seuls baptisés. Que certains apologistes, notamment saint Jus- (tin^, aient parlé ouvertement de quelques mystères.
1. Ep. LXIII, n. 14; éd. Hartel, Vienne, 487i, p. 713; cf. 708, 711, 71*. -« D. Leclercq, art. Abercius^ dans Dict. d'archéol. chrét. et de lit. — p. riFFOL et G. Baueille, dans le Dict, de ThéoL cath. — D. Pitra, Spiciium soles7n., tom. I, in fine. ~ 3. S. Matth., vu, 6. — 4. Gebh. Theod. [ER, Dissertatio de recondita vet, EccU theologiay Helmstadt, 1647. — De praescript., c. xu ; Apologet,^ VU; Contra Valent,, cap. i; Adv. aer., I, 4, 3; XXIV, G ; XXV,ö; H, 44, 4. In Lev,, Hom. XIII, 3; Hom. IX^ 10. — 6. Aî>ologiaj I.
c'est une exception qui n'infirme pas la règle générale*.
S 17. — Le Sacrement de pénitence et la discipline pénitentielle. Montaniame, Novatianisme, etc. ^.
1® Jésus-Christ a institué le sacrement de pénitence^, il a donné à son Eglise le pouvoir de remettre tous les péchés. Saint Paul le prouva bientôt : il accorda le pardon à rincestueux de Corinthe^. L'apôtre saint Jean admit à la réconciliation un jeune homme qui s'était mis à la tète d'une bande de voleurs et d'assassins '. A Alexandre et Hyménée, qui « avaient subi un naufrage dans la foi » , l'Apôtre donne l'espoir du pardon •.
Ce fut toujours la pratique de l'Église. Tous ceux qui étaient bien disposés obtenaient la rémission de leurs fautes. Marcion, libertin et hérétique opiniâtre, fut deux fois reçu en gràce^ ; Cerdon reçut également le pardon à plusieurs reprises*. Les écrivains ecclésiastiques nous fournissent d'autres exemples semblables ^.
L'aveu des fautes était de rigueur dès les premiers temps ^®. Il y avait une double confession : l'une secrète
1. p. Batiffol, L'Arcane, dans Éludée d'histoire et de théologie positive^ !'• série, p. 4 ss. ; et art. Arcane^ dans le Dict, de Théol. cath. — Fuii k, Tûbing. QiiartoJscAr.,1903,69ss. etlAbhandl.und Untersuch.yPadeTbomj 190T, t. III, p. 43 ss. — 2. Frank, Die Busadisciplin der Kirehe^ Mayence, i8T7. — FüüK, Zur altchristlisehen Bus8diêciplin, Abhandl. und Unten,, Paderborn, 1897, 1, 1S5 ss. — Schanz, Die Absolutionsgewalt in der alten Kirche, in Tûbing, Quartalschrift, 1897, p. 27-69. — Funk, Die Bussatationen im Christl. Altertum^ in Abh. u. Unters,, I, p. 183 ss. — Bàtiffol, Les origines de la pénitence,, dans Études d^hist. et de théol. positive, 1'* série, 3« éd., Paris, 1904. — H. Koch, Die Bussentlassung in der alten abendL Kirche, Tûb. Quartalschr., 1900, p. 481 ss. — Boüdinhon, Revue dhist. et de litt, rel., 1903, t. VU, p. 1-30. — âdhémar d'Alés, Revue d'hist, eccl., 1906, 1, 16 ss. — s. TixERONT, La Théologie anténieéenne, 3« édit., Paris, 190». — 3, 8. Jean., xxii, 33-33. — 4. II Cor., ii, 9-11; I Cor,, v, 1 ss. -— 5. Eüsèbe, H, E., III, 24. — 6. 1 Tim., 1, 30. — 7. Tertdl., De praescript.,^. — 8.8. Irémée, Contra haer., lib. III, c. iv, n. 3. — Eusèbe, R. E., IV, 15. — 9. S. Cypr., Ep. ad Antonian., n. 19, n. 38. — Tertul., De poenit, — 10. S. JAC, v, 16. — Didachè, iv, 14; xiv, i. - S. Clém. Rom., Ad Cor,, u, 3. — Epist. Barnab., VI, 16.
au prêtre confesseur, une autre publique devant la communauté. Devant le premier, il fallait confesser tous les péchés, même ceux de pensée, et accepter la pénitence secrète imposée. L'aveu devait se faire « medico animarurriy si i^olumus apeccato relet^ari* *>. On fut toujours plus sévère pour les trois fautes canoniques, Tapostasie, l'homicide et l'impudicité (adultère). Pour ces trois fautes Tautorité ecclésiastique ouïe confesseur imposait souvent une confession publique des péchés devant toute rassemblée des fidèles. Elle ne pouvait cependant jamais avoir lieu qu'avec Tautorisation du prêtre, qui ne Texigeait que pour les fautes connues publiquement.
2* Aucune faute ne faisait irrévocablement exclure de rÉglise. Du moins il ne conste pas que telle fût jamais la pratique générale 2. Cependant les péchés canoniques indiqués ci-dessus entraînaient ordinairement une pénitence publique qui le plus souvent durait très longtemps et même jusqu'à l'heure de la mort ^. Les peines en étaient rigoureuses et comportaient des vêtements spéciaux, des jeûnes et des prières '*. Au troisième siècle, il y eut quelque adoucissement au sujet de l'impudicité et de l'apostasie ; au siècle suivant, à l'égard de l'homicide. On n'admettait jamais à une seconde pénitence. L'évéque avait la direction suprême des pénitents* En Orient la pratique des pénitences publiques se multiplia à ce point, qu'on dut instituer un prêtre pénitencier, destiné à en-
1. Origène^ Hom, III in Lev., n. 4; Hom, II in Ps, xxxvii. Cf. Hom. XVII in Luc, — 2. Quelques auteurs l'ont soutenu au xvii^ et au xvui* siè- -clés. Parmi eux Petau qui s'est rétracté plus tard : In notis ad Synesium^ 0pp. Pat., éd. 1870, t. Vill, p. 677-686. — Cf. Funk, qui tient encore cette opinion, Abh, und Untersvch., I, 174. — E. Vacandàro, La confession sacramentelle dans l'Église primitive^ Paris, i903 ; La Pénitence publique dans V Église primitive, Paris, 1903; et Rev. du Clergé français, 1898-1899. — S. Harent, Confession, nouvelles attaques, nouvelle défense. Études relig., 1899. — V. Érmoni^ La pénitence dans Vhistoire. Revue des quest, hist., janv. 1900. — Vacanoard, Tertullien et les trois péchés irrémissibles, à propos dune récente controverse, dans Revue du Clergé Français, 1«»" avril 1907. — D'Alès, La réserve des trois cas et l'édit de Calliste, suite d'une controverse, dans Revue du Clergé Français, l«'mai 1907. — Cf. Jacqcjn, Rev. des se. Philos, etThéol,, avril 1908, p. 383 ss. —.3. S. Cypr., Ep. 53, n. 21 ; Ep. 8,n. 2-3. — Cric, De Orat,, 28. — 4. Tertul., De poenit., c. i:
tendre les confessions, à déterminer la pénitence et à fixer les exercices des pénitents. Au troisième siècle on y divisa les pénitents en différentes classes. Saint Grégoire le Thaumaturge connaissait déjà les écoutants (audientes) et les prosternés (substrati) * . Le concile d' Aneyre ^ parle des consistentes. Plus tard on rencontre une classe inférieure, celle des pleurants (fientes). D'après ce qu'il semble, cette division n'existait qu'en Asie Mineure; ce qui est certain, c'est qu'elle n'était pas partout uniforme en Orient. On ne la voit nulle part en Occident 3. Là, le pénitent devait s'abstenir de la Communion et prendre place dans le vestibule de l'Eglise (in limine ecclesiae). On ne connaissait pas le renvoi des pénitents (Missa poenitentium). Le temps de la pénitence commençait par une imposition des mains et probablement après l'absolution du prêtre. Ce n'était qu'après l'achèvement de la pénitence et après une nouvelle imposition des mains, qu'on était admis à la sainte Communion '*. L'évêque accordait la rémission d'une partie ou de la totalité des peines ecclésiastiques, lorsque les martyrs ou les confesseurs avaient donné ce qu'on appelait des libelli pacis ^ également lorsqu'une persécution éclatait, ou quand il y avait danger de mort, ou encore si le pénitent montrait un repentir extraordinaire.
3° Cependant ces rigueurs salutaires de l'Église ne satisfaisaient pas encore la secte des Montanistes. Montan était un prêtre païen converti qui parut en Phrygie dans la seconde moitié du deuxième siècle, il se donnait comme prophète et s'intitulait l'organe du Paraclet ^ ; ses deux compagnes Priscilla et Maximilla étaient des prophétesses *. Ils enseignaient que la fin du monde et le jugement dernier étaient proches. Une vie austère et
^^Epistola Canonica^P. G., X. —2. Can. 25. —3. Fukk, Abh, u. Unters., l» 185-209.— D'Alès, Lmen Ecclesiae ^dajiS Rev. cThist. ecclés.y 4906, p. 16 ss. — 4. E. Vacandaro, Uorigine des prêtres pénitenciers. Revue du clergé français, t. XLII (1905), p. 361 ss. et 640 ss. — Cf. J. Stufler, Zeitschr. T'Kath. Theol,, 1907, fasc. 2-4. — 6. S. Jean, xiv,16, 26. — 6. Eusèbe, H. £., V, 19-22.
sainte devait amener le royaume de Dieu à sa maturité, à l'âge viril. La prophétie était le signe de la vérité de leurs paroles. Ils interdisaient les secondes noces et ordonnaient des jeûnes longs et rigoureux (xérophagie) ; la fuite en temps de persécution était regardée comme une déchéance dans la foi ; apostasie, meurtre et luxure n'obtenaient jamais le pardon ; toute recherche dans la parure était déclarée péché; la guerre, l'art et la science provenaient à leurs yeux de l'esprit mauvais. La secte se propagea rapidement. La crainte du jugement qui était prochain favorisait cette extension. Thémison écrivit une circulaire pour l'instruction des adhérents; Alexandre, un malfaiteur, fut honoré comme le martyr de l'hérésie ; un certain Théodote appuya également la secte \ Le montanisme trouva cependant son plus fort soutien dans TertuUien, qui y adhéra publiquement vers 205, ou selon d'autres encore plus tard. Il ne mit pas seule* ment son influence au service de la secte, mais aussi sa puissante plume ^. Un parti de tertullianistes se forma en Afrique, il ne disparut qu'à la fin du quatrième et au commencement du cinquième siècle. Les montanistes se perpétuèrent surtout en Phrygie (Pépuse), ils adoptèrent les erreurs d'autres hérétiques (millénaristes, etc.), la secte disparut au sixième siècle. Le grand danger de cette hérésie provenait de ce que les soi-disant prophètes et illuminés se plaçaient au même niveau et même au-dessus des autorités légitimes de l'Église et qu'ils prétendaient former une hiérarchie ayant droit de commander ^.
4** A l'occasion de la persécution de Dèce s'éleva à Carthage contre saint Cyprien un parti relâché, qui donna occasion à ce qu'on a appelé le Schisme de Félicis-
1. EüSÈBE, H, E.y V, 19-20. — 2. Les traités De Exhortatione caritatis. De virginibtis velandis. De corona militiSf De idololatria. De fuga in persecutione. De monogamia^ De jejunio adversus psyehicos, De pudicitia ont une couleur montaniste. — Cf. Dom Leglercq, L'Afrique chrétienne, t. I, p. 159-168. — 3. Adhemar d'àlès, La théologie de TertuUien^ Paris, 1905. — DucBEsNE, Hist, anc. de VÉglise, t. I, p. 370-284. — Cf. Eruomi, Revue des quest. hist,, juillet 1902.
simus * . Cinq prêtres avaient vu d'un œil chagrin Félévation de Cyprien à Tépiscopat (248) ^. Leur mécontentement s'accrut encore lorsque celui-ci refusa pour le bien de l'Église de prendre en considération les libelli pacis des confesseurs. On suscita contre lui tous les lapsi et tous les confesseurs. Le mouvement schismatique se développa. Cyprien, qui s'était enfui en face de la persécution et se tenait caché *, décida que les libelli pacis n'auraient de valeur pour les lapsi^ que lorsque ceux-ci seraient en danger de mort; à l'égard des autres, ce serait non les libelli pacis accordés imprudemment, mais un concile qui déciderait. On ne tint pas compte de cette décision; Novat^ et quelques autres prêtres admirent à la communion ecclésiastique tous ceux qui présentèrent des libelli pacisy ils établirent même un évêque schismatique dans la personne d'un certain Fortunat. Vers les fêtes de Pâques de 251, Cyprien revint à Carthage, il réunit un concile, y régla la question des lapsi ^, excommunia les schismatiques et envoya les décisions à Rome. Novat se rendit également dans cette ville pour y défendre son parti. Depuis le martyre du Pape Fabien, le siège apostolique était resté vacant et l'Église était gouvernée par le collège des prêtres. Un des principaux était le savant prêtre Novatien *.
5** Celui-ci se montra très mécontent de l'élection du pape Corneille (251), s'opposa à lui et devint antipape, probablement sur les instances de Novat '^.
1. K. MULLER, Die Buss-institution in Carthago unter Cypriarit Zeitschr. fur Kirchengesch,y 1895, 1-44, 187-219. — Duchksme, l, c, chap. 20. — Batiffol, Les origines de la Pénitence, p. 111-144. — 2. S. Cypr., Ep, 40. ~ 3. Calomnié à Rome au sujet de cette fuite, S. Cyprien se justifia auprès des prêtres qui gouvernaient l'Église de Rome à la suite du martyre du pape Fabien. Il le fil en envoyant quelques-unes de ses lettres {Ep, 8, 6, 7, 10-19), et il obtint ainsi l'approbation de sa conduite. Cf. Doai Leclercq, UAfrique chrétienne, t. I, p. 191 ss. — Duchesne, Hist. anc, de l'Église, I, p. 400 ss. — 4. Les Grecs confondent les noms de Novat et de Novatien (cf. P. L., IV, 861. Dissert. Lumper; Edsèbe, VI, 43). — 6. S. Cyprien écrivit son livre De Lapsis, sous forme de lettre à tout son troupeau. — 6. Ses ouvrages, P. L., III, 862-970. — Cf. Bardenhewer, Gesch. der altkirchl. Lit., II, «59 ss. — 7. Corn., ad Fab. Antioch., P. L., III, 738. — Cf. Elsèbe, H. B., VI, *3 ss.
Bien surprenante est révolution de ce dernier : après s'être opposé à la légitime sévérité de saint Cyprien, il prit alors parti pour les exigences bien plus rigoureuses, hérétiques même, de Novatien. Celui-ci enseignait qu'un chrétien tombé dans une faute grave devait être exclu à jamais de la communion des fidèles, que TÉglise serait souillée par la présence d'un pécheur et ne devait se composer que de membres purs, comme l'étaient les novatiens qui, pour cette raison, reçurent le nom de purs {Katharf) ^ . Condamné par le pape Corneille dans un concile de soixante évêques, Novatien répondit en distribuant la sainte communion à ses partisans eten exigeant d'eux le serment de rompre tout rapport avec Corneille ^. Il chercha partout des adeptes et arriva à en séduire un grand nombre, même des évêques. Dans cette lutte, l'Église de Rome doit beaucoup à Cyprien et à Denys d'Alexandrie. Le premier écrivit à cette occasion son célèbre traité De unitate ecclesiae ; le second, sa belle Lettre à No^atien et d'autres lettres à Fabius d' Antioche qui approuvait le rigorisme du schismatique ^. La faction de Novatien disparut bientôt de Rome ; mais on en trouve encore des traces au iv* et au v® siècle à Constantinople, à Alexandrie, en Asie Mineure et surtout en Phrygie où ils s'unissaient aux survivants du montanisme.
6* Le Schisme deMélèce^ est sans doute, lui aussi, relatif aux différentes questions de la discipline pénitentielle. Car saint Épiphane nous rapporte que l'excessive sévérité de Mélèce, évêque de Lycopolis, ne s'accordait pas avec les principes modérés de son métropolitain Pierre d'Alexandrie. D'autres auteurs parlent de consécrations irrégulières faites par Mélèce; quelques-uns même
1. Pagianos, Ep, III ad Symphron,^ décrti ainsi leur doctrine : < Quod mortale peccatum Ecclesia donare non possit, immo quod ipsa pereat recipiendo peccantes. > Tixeront, U e.» p. 373 ss. — - 2. Corn., ad Fab.^ U c^ 7S6. — 3. EusÈBE, H, E„ VI, 41-42, 44-48. -- Cf. Pitra, Analecta sacra, IV, 169 ss. -— Bardenhewer, II, 184-186. — 4. S. Épiph., Haeres», c 68. — Hepele, Hist. des ConcileSy I, 343-356. — Duchesme, Hist. anc. de VÈglise^ t. II, p. 97 ss.