LES JOURS DE FÊTE ET DE JEUNE
sorte de Quartodécimans qui célébraient au dimanche la fête pascale de la résurrection (Uifr/a «vacrradtfxov) et une autre {Uatr^oL crcaupwffifjLov) en souvenir de la passion du Sauveur au 14 nisan. Il semble que ce dernier jour à partir de trois heures de l'après-midi se changeait en fête joyeuse et qu'on y tenait des agapes solennelles, tandis qu'ailleurs le vendredi restait un jour de deuil et qu'on continuait le jeûne jusqu'au dimanche. Quoi qu'il en soit, au courant du m* siècle la coutume romaine de célébrer la fête de Pâques le dimanche se répandit de plus en plus dans toute l'Asie Mineure. Les conciles d'Arles (314) et de Nicée (325) contribuèrent beaucoup à l'uniformité. Par différents calculs, empruntés de-ci de-là aux Juifs depuis un temps immémorial, il arriva que dans la Syrie, la Cilicie et la Mésopotamie, Pâques se célébrait un dimanche avant l'équinoxe du printemps, ce qui fut appelé plus idivd Protopaschitisme, C'est à rencontre de ceci que le concile de Nicée statua que la fête de Pâques devait avoir lieu partout le même dimanche ^ .
Le Concile d'Arles (314) ordonna : « Primo loco de observatione Paschae domini^ ut uno die et uno tempore per omnem orbem a nobis obserçetur ^ » . Pour la détermination de la date, le concile de Nicée (325) prescrivit que l'Église d'Alexandrie serait chargée d'établir la Tabula paschalis et de faire connaître à Rome chaque annéelejour de la solennité pascale. Rome en donnerait avis aux autres Églises, à l'exception de celles d'Egypte, auxquelles l'évêque d'Alexandrie l'annoncerait*. Ce dernier privilège donna lieu aux célèbres lettres pascales, par lesquelles les évêques d'Alexandrie envoyaient chaque année leurs instructions et leurs exhortations aux Églises d'Egypte. L'unité ne s'établit insensiblement qu'à dater de l'époque où Denys le Petit eut corrigé le cycle pascal romain d'après les principes de celui d'Alexandrie. A la fin du viii® siècle
1. EarnacK; Geschichte der altchristL Literatur^ 1, 3, p. 595 ss. —2. Can. I, HErELE, I, 905. — 3. Hefsle, HUt. des Conciles, I, 320-343. — Duchesme, Hist. anc.de P Église, 1. 1, p. 285-291, et La question de la Pâque au concile de Nicée, dans Ja Revue des Quest, histor., juillet 1880.
on célébrait dans toute l'Église la fête de Pâques au même dimanche. Depuis ce temps elle tombe entre le 22 mars et le 25 avril.
S 19. —Vie religieuse et morale ^
' 1** Selon le mot de F Apôtre : « Conçersatio nos tra in caelis est^ », les chrétiens attachaient une grande importance à la Prière ; les plus grands docteurs ont écrit sur ce sujet de remarquables traités ^. Le Pater était très recommandé et d'un usage fréquent^' On trouve déjà des heures de prière mentionnées dans Tertullien, qui indique la troisième, la sixième et la neuvième heure, ainsi que le matin et le soir, l'heure des repas et des bains ^. Le signe de la croix était en grand honneur : « En entrant et en sortant, en nous habillant et en nous lavant, en prenant notre repas et en nous couchant, à chaque nouvelle occupation nous imprimons sur notre front le signe de la croix*. » On pouvait dire : « Ils habitent la terre, mais leur vie est au cieF. » En signe de repentir et de pénitence on priait à genoux; d'ordinaire cependant on se tenait debout les bras étendus, surtout au temps pascal^. Dans cette dernière position nous voyons les orantes des catacombes romaines, d'autre part on n'y voit que trois représentations à genoux*.
2° Il n'est pas étonnant de voir fleurir les vertus chrétiennes; les enseignements et les exhortations des Pères
1. DccHESRE, Origines du culte chrétien^ 3«éd., Paris, 1903 QiHisL anc. de l'Église, 1. 1, p. 502. — Hbfele, üeber den Rigorismus in dem Leben und den Ansichten der alten Christen, in Beitrdge zur Kirchengeschichte, etc, I, 16 SS. — Georg Gropp, KuUurgeschichte derröm, Kaiserzeit, II, Anfünge der christlichen ITu I^ur, Münicb, 1904. — Bigelmair, Die Beteiligung der Christen am Öffèntlichen Leben in vorconstantinischer Zeit, Munich, 1902. — 2. Ad Philip., III, 20. -— 3. Cf. les célèbres traités De Oratione de Tertül- UEN, Origène ets. Ctpribn. — 4. Tertcl., De Orat., c. \-% — Didachè, c. vni. — 5. De Orat; c. 25. — 6. Tertdl., De Corona, c. 3. — 7. Epist. ad Diogneturn, c.5. —8. Tertdl., De Orat., 23. — 9.J. Wilpert, Die Malereten der Katakomben Roms, Frib.-en-Br., 1903, cap. vi, p. 115-116.
VIE REUGIEÜSE ET MORALK. 107
y contribuèrent sans relâche ^ « Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute, ils sont condamnés sans être connus, mais tandis qulls meurent Us commencent à vivre », ainsi s'exprime la lettre à Diognète. d Bien que pauvres, ils enrichissent beaucoup d'autres ; ils sont dans l'abondance, alors que tout leur fait défaut. Couverts d'opprobres ils vivent honorés, l'insulte elle-même leur est un témoignage de vertu. Ils bénissent ceux qui les injurient et honorent ceux qui leur prodiguent la raillerie. » Car « les chrétiens sont au monde ce que l'âme est au corps ^ ». Cette puissance morale eut une grande influence sur le mariagre. Pour le chrétien le mariage était un symbole de l'union du Christ avec son Église, un grand mystère, un lien indissoluble'. Ce lien fut sanc« tifié par l'Église et noué sous sa bénédiction. « Comment pouvons-nous dépeindre le bonheur d'un mariage, dit Tertullien, d'un mariage contracté devant l'Higlise, pendant le saint Sacrifice, sanctifié par la bénédiction du prêtre, annoncé par les anges, agréé par le Père céleste^ ? » Les secondes noces, que saint Paul conseille* ou du moins tolère* dans certaines circonstances, ne furent pas défendues, mais étaient assez mal vues ^. Le mariage avec un païen était déconseillé et parfois interdit; l'union contractée avant la conversion était maintenue, aussi longtemps que la partie infidèle consentait à vivre en paix et sans tentative de séduction. Dans le cas contraire, le prmlège de l'Apôtre entrait en vigueur®.
La charité à l'égard du prochain et la bienfaisance était un second fruit de l'esprit chrétien. Aux temps aposto« liques tous étaient « un cœur et une âme », on vivait en
1. Cf. la Didachè, le Pédagogue de Glém. d'Alexanor., les nombreux traités d'ORioÈNE, mais surtout les ouvrages pratiques de S. CTPRiEfi ? De mortalitate, De opère et eleemosynia, De bono patientiae^ De zeto et livore. De habitu virginum, De exhortatione Martyriù — 2. Voir chap. V et surtout les derniers mots du chap. vi.— 3. Eph.,Y, Zi; I Cor,, VII, 10 ss. ; S. BfABC, X, 6-9. — 4. Ad Uxorem, II, 9. Cf. De anima, c. 11, et S. Ignace, Ep, ad Polykorp.y c. 5. — 6. 1 Cor», vu, 9. — 6. Rom., vu, 8-3. — 7. Athékag., Apol., c. 33 88.; Glém. d'ALEx., Strom., II, 23; III, IMS. -^ 8. 1 Cor,i vu, 15. — S. CypRm De Lapsis, c, 5.
communauté de biens. Le soin des pauvres était réglé, on faisait souvent des collectes pour les indigents. « Nous sommes unis d'esprit et de cœur, dit Tertullien, et nous n'hésitons pas à faire part de nos biens » ; et saint Justin : « Nos riches soutiennent les pauvres, et nous vivons toujours ensemble » ^ « (Nos frères) visitaient sans crainte les malades, qu'ils servaient pour le Christ, qu'ils soignaient délicatement et avec qui ils mouraient joyeusesement... Telle fut la fin des plus nobles de nos frères, de nos prêtres, de nos diacres et des hommes considérés comme sortis du peuple^. » Les chrétiens s'appelaient par le beau nom de frère et de sœur. Les païens disaient dans leur étonnement : « Voyez, comme ils s'aiment! » Il va de soi qu'une telle charité et un aussi beau dévouement à l'égard des plus humbles des chrétiens enlevaient à l'esclavage une grande part de sa dureté ^.
3* Dans leur vie sociale les chrétiens évitaient de se singulariser^. « Nous ne méprisons aucun fruit que Dieu a fait, dit Tertullien, mais nous le faisons avec modération pour ne pas en abuser. Nous demeurons avec vous et nous fréquentons le forum, le marché aux viandes, les bains, les boutiques, les ateliers, les écuries, les ventes annuelles et autres trafics de commerce. Nous nous adonnons à la navigation, à l'art militaire, aux travaux des champs et nous mettons en vente les produits de notre industrie *. » Ce qui n'empêchait cependant pas les chrétiens d'être appelés infructuosi in negotiis^ parce qu'ils évitaient les dangers de la vie publique païenne et qu'ils vivaient retirés. Pour les païens toute la vie de famille avait des rapports avec le culte des idoles ; on rencontrait partout leurs images, on entendait partout des formules de consécration; on ornait les maisons à l'occasion des fêtes publiques ; et sans cesse des serments étaient exigés. Les théâtres étaient pour les chrétiens l'objet d'une plus grande aversion encore, ils les nommaient : prwatum con-
1. Tertoll., ApoL, 39. — S. Jüst., Apol, I, c. 67. — 2. Denys d'Alex., chez Eus., h. E., VII, 11. — 3. Habnack, Mission und Ausbreitung^ 1. 1, tout le chap. IV. — 4, EpisL ad Diognet., c. 5. — i&,Apologeticum^c, 42,