L'ÉGLISE ET L'EMPIRE ROMAIN
ses enfants furent élevés dans la religion nouvelle, et sous son influence de magnifiques églises furent construites. 11 commença à faire disparaître peu à peu des monnaies les symboles païens et interdit sévèrement les sacrifices privés offerts par les aruspices, surtout le culte des divinités infâmes. Certains disent môme qu'il défendit plus tard tous les sacrifices aux faux dieux. Mais une telle prohibition semble peu vraisemblable ; en tout cas, elle n'eut pas le succès désiré.
Constantin transporta le siège de Tempire à Byzance qui reçut de lui le nom de Constantinople. Cette ville fut entièrement transformée, elle devint une cité splendide, d'un caractère vraiment chrétien. La consécration en fut faite le 11 mai 330. La première suite de ce changement de résidence fut un développement plus considérable de la primauté romaine ; mais il devait en résulter plus tard une rivalité funeste entre Constantinople et Rome.
A Jérusalem, Constantin fit abattre le temple de Vénus situé au lieu du crucifiement, et construire une grande basilique avec différents bâtiments, où furent vénérés la relique de la vraie Croix et le Saint-Sépulcre. La pieuse Hélène, mère de Fempereur, entreprit un pèlerinage en Palestine et fit faire des recherches sur les lieux saints. Au mont des Oliviers et sur la grotte de Bethléem s'élevèrent bientôt de magnifiques basiliques. La bellemère de l'empereur témoigna également sa vénération pour les saints lieux et obtint de Constantin la fondation d^J^le basilique à Hébron^
A la charge de Constantin, il faut dire qu'il demeura catéchumène jusqu'à sa mort, qu'il était superstitieux, très passionné et trop souvent cruel. Ses victimes furent Licinius et son fils Licinianus, son propre fils Crispus et sa seconde femme Fausta. Les circonstances de ces morts
1. G. WiLsoN, Golgotha and the holy Sépulcre^ Londres, i906. — Germer-Durano, art. dans Echos iPOrient^ 1903 et 1904. — Louis de Combes, La vraie Croix perdue et retrouvée, Paris, 190S. — Rouillon, Sainte Hélènet Paris, 1907 ; cf. l'appendice relatif à la découverte de la vraie Croix.
158 PREinÈRE ÉPOQUE. — DEUXIÈME PÉRIODE.
sont cependant trop peu connues pour permettre d'accuser ouvertement Fempereur de meurtre. Son penchant pour rhérésie arienne, bien qu'explicable par des circonstances indépendantes de sa volonté, ne laissa pas de faire grand tort à FÉglise.
Constantin subit le sort de tous les grands hommes : loué outre mesure par les uns, il fut injustement attaqué par les autres. Il reçut le baptême des mains d'Eusèbe de Nicomédie et mourut peu après, le 22 mai 337, d'une manière très édifiante ^
2*^ D'après la volonté de Constantin, l'empire fut partagé entre ses trois fils. Constantin II eut la préfecture des Gaules (Gaule, Espagne et Grande-Bretagne) ; Constant, les préfectures d'Italie et d'IUyrie (Italie, Afrique, lUyrie, Macédoine et Dacie); Constance, la préfecture d'Orient (Thrace, Asie Mineure, Cappadoce, Pont, Syrie et Egypte) *. Par crainte de compétition, les empereurs firent mettre à mort dix de leurs plus proches parents. Celui qui deviendra plus tard Julien l'Apostat fut sauvé par l'évêque Marc d'Aréthuse. Gallus se trouvait dangereusement malade et dut à cette circonstance d'échapper à la mort.
De semblables commencements ne furent pas de bon augure pour l'Église. Constantin II fut vaincu et tué (340) auprès d'Aquilée dans sa guerre contre Constant qui resta seul maître de tout l'Occident. L'ingérence impériale dans le gouvernement de l'Église, grande déjà sous Constantin, devint encore plus oppressive et plus humiliante sous ses fils. En 341, ils édictèrent des lois sévères contre les païens. La superstition devait disparaître ainsi que les sacrifices aux faux dieux, et l'on poussa même à des mesures plus rigoureuses encore, mais il n'y fut pas donné suite immédiatement. Cependant quand Constant
1. FUNK, Abh. und Unters., II, 1-23. Zeitachr. f* wissenschaftU Theol., 1887, 1890, 1891 (Görres). — Grisa r, Zeitschr. f, kath, TheoL, 1888. — Ch. DE Smedt, Principes de la critique historique, Paris, 1883. — DOllingrr, Papstfabeln,^ éd.,61-ia5. — a. Eus., VitaConst,, IV, «1. — Socrate, Hist. EccL, I, 39.