L'ÉGLISE ET L'EMPIRE ROMAIN
eut trouvé la mort dans sa lutte contre Magnence et que celui-ci eut été vaincu à son tour par Constance auprès de Mursa, ce dernier s'attaqua avec plus d'ardeur au paganisme (350-361). Il défendit sous peine de mort tout sacrifice aux idoles et ordonna en 353 la fermeture des temples. Le culte païen continua néanmoins, malgré toute la sévérité des lois portées contre les fonctionnaires négligents. Constance institua lui-même de nouveaux prêtres païens et laissa renseignement entre les mains des sophistes. Inconséquent dans sa guerre contre Tidolàtrie, il montra encore plus de versatilité en soutenant les Ariens contre les vrais fidèles. Par méfiance, il fit mettre à mort son neveu le césar Gallus et causa de la sorte Félévation de Julien qui le trahit. Ce fut en marchant contre ce dernier qu'il mourut frappé d'une attaque d'apoplexie, le 3 novembre 361. L'Église avait eu beaucoup à souffrir sous son règne de sa partialité en faveur des Ariens.
3^ Sous Julien l'Apostat^ successeur de Constance, l'Église connut des épreuves plus dures encore. L'éducation semi-arienne et semi-païenne qu'avait reçue ce prince eut de tristes conséquences. Ses maîtres ariens n'avaient pu lui inculquer l'esprit intérieur du christianisme, il en résulta qu'il s'adonna de plus en plus aux mystères du paganisme et mit d'autant plus d'ardeur à étudier ces mystères qu'il ressentait une aversion croissante pour la religion du Christ. Aussi quand il osa dire au sujet du christianisme : Legiy inteUexi\ condemnaçiy les évoques purent lui répondre : Legisti^ sed non intellexisUy si enim intellexisses, non condemnasses^. Envoyé en 357 dans les Gaules comme césar, Julien sut par ses talents gagner l'armée à sa cause et se faire proclamer Auguste. La mort subite de Constance préserva l'empire d'une guerre civile. Le nouvel empereur se déclara immédiatement pour le paganisme. Il ne chercha pas positivement à répandre le sang chrétien, mais il laissa
1. p. AllarDi Julien V Apostat, 3 vol., Paris, 1903 ss. — 2. Sozom., H. E,^ V,i8.
libre cours à la haine longtemps comprimée des païens et persécuta ceux qui s'opposaient au paganisme. Il y eut des martyrs, notamment Basile d'Ancyre, Emilien àDorostorum, en Phrygie, Macédonius, ïhéoduleet Tatien; même Marc d'Aréthuse qui avait sauvé la vie à Julien fut maltraité par le peuple. Là où les païens étaient nombreux, il y eut de nombreuses atrocités, en particulier àEmesa, à Alexandrie, à Ascalon, à Gaza et à Héliopolis. A Antioche même où la presque totalité du peuple était chrétienne, Julien essaya de rétablir le paganisme. Sa tactique consistait surtout à jeter le mépris sur les chrétiens, à les couvrir de honte et de dérision, à leur défendre de donner l'enseignement ou d'occuper les places élevées dans le gouvernement ^ Il espérait amener les différents partis chrétiens (orthodoxes, ariens, semi-ariens, donatistes, etc.) à se combattre et se détruire mutuellement, aussi rappela-t-il tous les exilés ^. Il voulut en outre réformer le paganisme et lui donner même une certaine teinte chrétienne (prédication, pénitence, moines).
Il alla plus loin. Pour donner un éclatant démenti à la prophétie du Christ, il ordonna aux Juifs de reconstruire le temple de Jérusalem. Mais au témoignage de plusieurs contemporains, même païens, la terre trembla et le sol vomit des flammes qui empêchèrent les travaux ^. L'empereur alla même jusqu'à écrire contre les chrétiens un libelle satirique, divisé en sept livres. Mais Dieu veillait sur son Eglise. En 363, le persécuteur tomba blessé à mort dans son expédition contre les Perses. On raconte qu'il prit le sang qui s'échappait de sa blessure et le jeta contre le ciel en s'écriant : « Galiléen, tu as vaincu! »
4^ Jovien (363-364) fut proclamé empereur. Quoique
1. Le païen Ammien Margellin blâme lui-même celte mesure : Illud autem erat inclemens, obruendum perenni silentio, quod arcebat docere magistros rhetoricos et grammaticos ritus Christian! cuUores. Hist., XXII, 40; cf. XXV, 4. — 2. Ammien Marcel., XX, 5. — Sozom., V, 3. — 3. Ammien Marcel., Hist., XXin, 1. — Julien, ép. âS (fragm.). — Sozom., V, 32. — SOCRATE, Uist, Eccl., III, 20.
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grand homme de guerre, autant que chrétien convaincu, Ü fut réduit à demander la paix. Il mit les Ariens de côté, rendit aux chrétiens leurs droits enlevés et défendit aux païens la seule pratique de la sorcellerie. 11 mourut au bout de quelques mois, regretté de tous (364) *.
Valentinien I°' (364-375) fut choisi par Tarmée comme son prédécesseur ; il partagea malheureusement l'empire avec son frère Valens (364-378). Valentinien était orthodoxe et attaché à la confession de Nicée ; Valens au contraire était arien et, en Orient où il régnait, il accorda la liberté à toutes les religions, sauf à la vraie ^. Il combattit en même temps les anciens favoris de Julien TApostat. A la mort de Valentinien I*% topdans son expédition contre les Sarmates, la persécution ne fit qu'augmenter ^.
Valens eut pour successeurs Gratiën (375-383) et Valentinien II (375-392) ; ce dernier n'avait que quatre ans. Gratiën confia la régence de l'Orient au général espagnol Théodose. Ces trois princes étaient fermement attachés à la vraie foi. Gratiën ménagea cependant les païens, mais il rejeta les insignes de grand-prêtre [Pontifex Maximus)^ fit enlever de la salle du sénat l'autel de la Victoire et retira aux prêtres païens et aux vestales leurs subventions et leurs privilèges.
A la grande douleur de saint Ambroise et de tous les vrais chrétiens. Gratiën fut massacré en 383 par Maxime (383-388), qui avait été élu empereur en Grande-Bretagne. Valentinien II se réfugia auprès de Théodose qui marcha contre l'usurpateur, le vainquit et rétablit le jeune empereur sur le trône d'Occident (388). Soutenu par saint Ambroise, Valentinien persévéra dans sa conduite et refusa constamment de rétablir l'autel de la Victoire, malgré les représentations des principaux païens et surtout du préfet Symmaque.
5** Théodose, en Orient, se montra encore plus sévère
1. SOCRATE, R, E., III, 92-«5. — SOZOM., VT, 3, 4, 5. Cf. VI, 6. — 2. SOCIUTK, V!,6. — SozoM., iy,l. — Cf. RoriN, Hiit. EccL, II, 2. — 3. Orose, Hist.y VU, 32-33; éd. Zangembister, p. M4^I5.
à regard des païens et surtout des apostats * . L'apologie du rhéteur païen Libanius resta sans effet. En 386 on ferma les temples, en 391 Feutrée en fut interdite, en 392 ridolàtrie fut assimilée au crime de lèse-majesté ^, et en beaucoup d'endroits les idoles furent détruites.
Ici et là les chrétiens commencèrent à s'attaquer aux temples païens. A Alexandrie, l'opposition amena une révolte sanglante qui aboutît à la ruine totale des sanctuaires de l'idolâtrie. Le fameux temple de Sérapis fut ainsi détruit (392). Deux ans plus tard, on amena à Constantinople la célèbre statue de Jupiter Olympien. En 392 éclata en Occident un soulèvement redoutable : le guerrier franc Arbogaste mit à mort Yalentinien II et donna la couronne au rhéteur Eugrène, que soutenait puissamment le préfet du prétoire Flavien Nicomaque. Le culte des dieux fut immédiatement rétabli à Rome. Théodose vint attaquer l'usurpateur et le défit près d'Aquilée, le 5 septembre 394. Flavien Nicomaque et son empereur restèrent sur le champ de bataille.
Désormais le christianisme triomphant fut sans conteste la religion de l'État. Théodose devint seul maître de l'empire et mourut en 395 ^.
6® A sa mort, l'empire fut partagé pour la dernière fois. Arcadius (395-408) eut l'Orient. Il enleva aux prêtres des idoles tous leurs privilèges et leurs revenus. Théodose II (408-450) exclut les païens des emplois publics et fit brûler tous les écrits attaquant la religion chrétienne (448). D'une loi promulguée en 423 '* on pourrait conclure que le paganisme avait complètement disparu de l'Orient*. Mais ce langage est hyperbolique, car nous voyons Justinien (527-565) fermer l'école de philosophie païenne d'Athènes (529) et prendre des mesures
1. Codex Theodosianus, XVI, 7, 1-5. — 2. Cod, Theod,, XVI, 10, lO-lf. — Libanii Opera^ ed.FÖRSTER, III, p. 80 ss. — 3. H. Grisar, Histoire de Rome et des Papes, trad. fr. Ledos, t.I, Lille, 4906. — 4. Codex Theod., XVI, lo, 32. — b. A Alexandrie, une émeute contre les Juifs occasionna le meurtre de la savante Hypatbie (4i6). On a prétendu que S. Cyrille en était l'instigateur, c'est une calomnie. — Socratk., H. E,, VII, 13-1Ö.