‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 45 sur 205 · L'ÉGUSE ET L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

L'ÉGUSE ET L'EMPIRE ROMAIN

pour enlever aux païens le droit de propriété. En Occident Honorine (395-423) retira aux temples leurs derniers revenus, pendant que son ministre Stilicon faisait brûler les livres sibyllins. Déjà en 395 une loi avait paru qui prescrivait aux officiers publics de protéger les ministres de la religion chrétienne ^ Ce fut sous Honorius qu'on vit le dernier combat de gladiadeurs, défendu, désormais sous des peines sévères >.

En Occident et surtout à Rome, les anciens monuments furent conservés. Ceci ressort entre autres d^une série de lois des empereurs Valens, Gratiën, Valentinien !•% Honorius, Majorien, Justinien^ Honorius eut comme successeur Valentinien III qui, de concert avec Théodose II, exécuta la loi dont il a été parlé plus haut et livra aux flammes tous les livres contraire au christianisme. Après Valentinien III il y eut encore quelques empereurs qui n'ont laissé qu'un nom insignifiant; sous le dernier d'entre eux, Romnlus-Ang^stiile, les barbares mirent fin à l'empire d'Occident (476).

^ 7* On pourrait se demander si la jeune et puissante Eglise n'aurait pas été capable d'empêcher la chute de l'empire. La réponse est que le christianisme trouva l'empire dans un état de décadence avancée. Les finances étaient détruites à la suite de deux siècles d'une vie déréglée; depuis longtemps déjà l'esprit militaire languissait et longtemps avant la victoire du christianisme, sur tout l'empire régnait un relâchement funeste. L'empire succomba par suite de maladies dont les germes étaient antérieurs à l'Église*. Celle-ci travailla toujours à faire disparaître les mœurs païennes et vit à la fin son travail couronné de succès, mais ce fut une lourde tâche. Ses efforts furent en grande partie paralysés par l'opposition continuelle de l'empire romain. En voici les raisons :

l.Cod. Theod., XXI, 2, 29. — 2. Grisar, I, 32-34. — Analecta Boll, 1897, p. 262. -— Théoooret, H.E.j V, 26. — 3. Grisar, I, 95 ss. — Cf. Procope, De Bello Gothico^ IV, 22. — 4. Gaston Boissier, La fin du paganisme, t n, Paris, 1891, p. 418 ss. — Grisar, Histoire de Rome et des papes, l,î>7ss.

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au IVÛ et au v® siècle, les palais et les églises étaient remplis de demi-convertis. Les faveurs accordées par le pouvoir aux chrétiens, ainsi que le changement public à la suite duquel il ne restait plus d'espoir à la religion ancienne, tout poussait vers le christianisme un grand nombre d'hommes; mais ceux-ci n'ayant qu'une teinte de religion et ne possédant aucune conviction éclairée, furent par leur mauvaise. conduite un sujet de honte pour l'Église. Une autre cause était la superstition, issue du paganisme et se conservant toujours grâce à l'élément païen persistant * . Un autre grand obstacle au renouvellement religieux était l'immoralité publique fortement enracinée dans la société d'alors. Le forum, les thermes, les théâtres étaient autant de lieux où le vice régnait en maître. Il en était résulté une disparition complète de tout sentiment de pudeur. Rome était le principal centre de cette corruption. Les chrétiens la regardaient comme une Babylone dont la destruction était imminente. Le clergé désespérait d'arriver à opposer une digue à ce mal qui submergeait de sa fange chaque nouveau terrain péniblement conquis ^. Ajoutez à cela les alarmes continuelles, la crainte des révolutions, les guerres, les secousses produites par les invasions et l'on comprendra aisément dans quel état de surexcitation vivaient les malheureuses populations et combien en devaient souffrir les mœurs du temps.

Cette vie si fiévreusement tourmentée avait aussi pour conséquence de ralentir l'éducation du peuple. En des temps plus calmes, il aurait été plus facile de combattre les progrès du mal dans les âmes et de travailler d'unô façon plus suivie à la nouvelle formation des foules : la force vitale qui réside dans l'Église aurait agi plus puissamment sur ce grand malade qu'était l'État romain; les écoles chrétiennes se seraient multipliées plus rapidement et auraient acquis de plus grands suc-

1. p. L., LV, 84, 377. Preces, etc., n. 37. — 2. Cod» Theod., XV, 7, De seaenicis^ 5. — S. Ambr., De obitu Valentinianij n. 17. — Amm. Marcel., Hist, XIY, 5.

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ces ; les sciences ecclésiastiques se seraient développées avec plus d*éclat. Mais à cette époque les établissements d'enseignement étaient encore rares, une bonne formation classique manquait à la plupart des chrétiens, tandis que le paganisme au contraire se glorifiait de sa science et de sa culture, au point de considérer Télégance du style et la littérature comme son bien propre.

La civilisation païenne n'avait donc pas encore entièrement perdu sa force d'attraction. La philosophie et l'éloquence d'un Symmaque, d'un Claudien, d'un Ausone, d'un Ammien ou d'un Eutrope gardaient toujours et presque exclusivement chez eux la haute main sur les Lettres. Les écrivains païens retinrent trop longtemps le monde asservi sous la puissance de leurs talents.

Enfin la constitution intime de l'utat était le plus grand obstacle au travail du bon levain. L'État, bien que converti au christianisme, demeurait opiniâtrement attaché à bien des éléments païens : soumis en fait à la Croix, il n'en continuait pas moins à favoriser l'idée païenne de l'omnipotence des empereurs (césaropapisme). L'empereur Justinien au vi® siècle en est encore un frappant exemple, malgré ses bonnes mesures en faveur des mœurs et de la vertu. Le gouvernement, jaloux de son pouvoir illimité, était souvent un obstacle au libre exercice du culte et au travail de la puissance ecclésiastique. D'un autre c^té, il semait la discorde en faisant le schisme et l'hérésie et il empêchait la civilisation chrétienne de pénétrer au cœur de la société, là où cependant le remède était si nécessaire. Cette immixtion de l'État dans les affaires de l'Église avait commencé dès le temps de Constantin, et elle s'était accrue de jour en jour grâce aux efforts des hérétiques, sollicitant la protection des empereurs contre la condamnation de leurs erreurs.

Rien cependant ne pouvait décourager l'Église. Elle continuait toujours l'emploi des moyens surnaturels qui devaient amener insensiblement la conversion du monde. Alors, comme à l'époque des martyrs, le saint sacrifice

de la messe, les sacrements et la prière travaillaient encore puissamment. Ces moyens opéraient discrètement, silencieusement, mais sûrement. « Nolihoc solum s^idersy disait saint Augustin, quod publiée fluit; est aliquid quod quaerendo ingénias \ »

S 24. — Le Christianisme en Asie et en Afrique 2.

i» La Perse fut ëvangélisée au m® siècle, probablement vers 250. Nous y trouvons déjà la hiérarchie établie au IV' siècle. Mais bientôt, sous Saper II, s'éleva une terrible persécution. L'édit parut en 339-340, et Toppression dura presque sans interruption jusqu'à la mort de Sapor, 19 août 379. L'oraf^e sévit d'une manière plus violente pendant la gxierre contre les empereurs romains qui étaient chrétiens. Il y eut un grand nombre de martyrs. Sozomène assure que l'on connaissait les noms de seize mille d'entre eux^. Après la mort du persécuteur le calme revint et dura longtemps. L'Jiglise se remit bientôt de la secousse. En 399 monta sur le trône Isdeg'erd I®% qui favorisa les chrétiens au début de son règne. Il ac< corda la liberté à tous et se mit à reconstruire les églises des chrétiens. Mais l'extension rapide du christianisme, surtout parmi les grands du royaume, lui inspira ensuite de la crainte. La persécution commença en 420, à l'occasion de la destruction d'un temple consacré au feu, qu'un prêtre du nom de Hasu livra aux flammes, avec

1. JnPsalm. LXXX, n. 1. P. L., XXXVII, 1034. — Grisar, I, n. «6 ss. — A. de Bkoglie, L'Église et l'empire romain au IV tiècle, m* partie, t. II, Paris, 4866. — An. Thierry, Saint Jérôme et la société chrétienne à Rome, S* éd., 4875.-2. AssEMANi, Bibliotheca orienlaliSy Home, 4749, 1-III. — Rdfi», H. E., X, 9. — Sozomène, II, 9-45, «4. — Socrate, Vil , 8-48. — Théodore?, H, E,, V, 38-39.

— DrcBESNE, Autonomies ecclésiastiques ; églises séparées t 2* édit., Paris, 4905. — J. L400URT, Le christianisme dans l'empire Perse^ Paris, 1905.

— Simon Weber, Die katholische Kirche in Arménien. Jhre Entwicklung und Begrûndung vor der Trennung, Frib.-en-Br., 4903. —3. Sozom., 11,44 : ■ Cunctosejus temporis martyres tamvirosquam nmUeres^ quorum nomina recoluntur, sedecies mille numero fuisse pertiibent*. —Cf. aussi J. Labourt, Le Christianisme dans l'empire perse, p. 01-82.

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