LA PLÉNITUDE DBS TEMPS
Lorsque fut venue la plénitude des temps, le monde sentit plus que jamais la nécessité d'une réforme et d'une délivrance. Chez les Juifs et les païens régnaient Tîncrédulité, la volupté et la corruption. Mais aussi bien chez les uns que chez les autres, on était convaincu de sa misère. Les plus éclairés soupiraient après des temps meilleurs.
1. Hanovre, 1655, 9 vol. — 2. Strasbourg, 1829, 4 vol. — 3. Paris, 1858, 6 vol. — 4. Londres, 1794 ss. ; 5 vol., nouv. éd. en 1834. — 5. Londres, 1866, 4 vol. — 6. Paris, 1881-1883, 5 vol. — 7. Leipzig, 1869-72, 2 vol. ; nouv. éd., 1885 ss. ~ S. Leipzig, 1872, 2 vol. — 9. Atfiènes, 1882, 2 vol. — 10. Constantinoplc, 1886, 2 vol. — 11. Reynaud, La civilisation païenne et la morale chrétienne. Parts, 1900; La civil, païenne et la famille, — Döl- LIGGER, Heidenthum und Judenthum, Vorhalle zur Geschichte des Christenthumsy Ratisbonne, 1857; Irad. fr., 1858-1859. — Arketh, Das klassische Beidenthum und die christliche Offenbarung, 2 vol.. Vienne, 1895. — E. ScHûrer, Geschichte des jûdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi,^ vol., Leipzig., 1890-1898. — E. Beurlier, Le monde Juif au temps de Jésus-Christ et des Apôtres, 2 vol., Paris, 1900. ~ Gaston Boissier, La Religion romaine d^Auguste aux Antonins, 2 vol., Paris, 1874.
INTRODUCTION
1° Le Paganisme.
Les plus belles contrées de la terre, situées autour de la Méditerranée et formant le inonde connu, étaient réunies dans l'immense empire Romain ; cet empire renfermait environ cent millions d'habitants. Une expansion plus lointaine était difficile et certainement nuisible. Déjà Octavien avait dit que les frontières de TEmpire ne devaient pas s'étendre plus loin et la plupart de ses successeurs s'en tinrent là. L'empire Romain s'appuyait encore, comme au commencement, sur la puissante population de Rome. Cette ville n'était pas seulement le centre du gouvernement, elle était le siège exclusif de toute la force de l'État. La république n'existait plus que de nom : l'Empereur était à la fois généralissime de toute l'armée active qui s'était élevée jusqu'à 340.000 hommes, président du Sénat annihilé, censeur, tribun héréditaire, chef de la religion d'Jtî^tat; il était donc monarque dans toute la force du terme et possédait un pouvoir illimité. Le peuple était satisfait, quand il avait « du pain et des jeux » ; la noblesse, quand elle avait richesses et honneurs. Bientôt grandit un despotisme odieux qui, nourri et excité par les femmes, les adulateurs, les espions et les dénonciateurs, dégénéra trop souvent en tyrannie.
Dans les derniers temps de la République, Rome parvint à de grandes richesses et à un grand luxe, grâce aux trésors conquis ou dérobés à tout l'univers. Auguste couvrit le Champ de Mars d'édifices somptueux qui rejetèrent dans l'ombre la ville aux sept collines. Il se
1. Friedlàender, Darstellungen aus der Sittengeschichte Roms, 3 vol., 6« édit., Leipzig, 1890. — Bonetty, Docum, histor, sur la religion des Romains et sur leurs rapports avec les Juifs, ♦ vol., Paris, 1867-1878. — G. Kluth, Les origines de la civilisation moderne, 5* éd., Paris, 1903, t. I, ch. I.
INTRODUCTION. xxix
vanta d'avoir trouvé une ville de briques et de laisser une ville de marbre.
Vers la p^rande cité du Tibre, toutes les nations affluèrent; tout le monde connu y était représenté. Rome, selon la parole célèbre de Juvénal, sembla par sa langue et ses mœurs transformée en ville grecque et la rivière syrienne de l'Oronte parut se déverser dans le Tibre. La population en fut profondément corrompue aussi bien dans sa religion que dans sa morale.
La révélation première était surtout venue aux païens par les Juifs. La raison humaine avait également contribué à connaître Dieu ^ Mais à mesure que le vrai Diea fut oablié et méconnu, le nombre des fausses divinités augmenta. On adora les forces de la nature, les étoiles, la terre, les animaux, et même les images sans vie. La mythologie grecque et romaine nous révèle les viles passions et les crimes de ces dieux. Il n'est pas étonnant dès lors que le respect pour la divinité ait disparu, car les gens intelligents et instruits rejetaient les fables impudiques des dieux et se moquaient des criminels habitants de l'Olympe. Mais d'autre part ils se sentaient impuissants à réformer la religion païenne. Dans l'incertitude sur les questions les plus importantes de la vie, les philosophes eux-mêmes désespéraient d'arriver à une connaissance assurée des principales vérités métaphysiques. On entend la triste expression de ce découragement dans les écrits de Sénèque et de ses successeurs. La religion actuelle ne satisfait plus, et cette insuffisance pousse toujours à essayer de religions nouvelles, surtout celles de l'Orient. Le culte de Mithra fut en vogue. On éleva même des autels « au Dieu inconnu^ ». On s'abaissa à diviniser, malgré leur corruption, la plupart des empereurs et des impératrices.
En même temps que la connaissance du vrai Dieu, la moralité était descendue très bas. Il avait fallu accorder une récompense {femina stolata) aux familles de trois