L'ARIANISME ET LE CONCILE DE NICÉE
quent il fut un temps où Dieu n'était pas encore Père, et le Fils n'est pas éternel ^ .
Si Ton veut encore attribuer au Fils le nom de Dieu, ce n'est pas au sens propre, mais seulement parce qu'il excelle au-dessus des créatures et, pour cette raison, est adopté Fils de Dieu ^.
3° Avec cette doctrine impie qui nous rappelle le Logos de Platon et de Philon, Ârios se montra au grand jour, vers 318-320. Il la prêcha dans l'église et, dans les réunions privées, en fit le thème de ses conversations. Il allait même par la ville de porte en porte gagner des adhérents. L'évêque Alexandre, le « protecteur et le défenseur de la doctrine apostolique », tâcha de ramener le malheureux par ses instructions et ses exhortations. Comme rien n'y faisait et que cette doctrine sacrilège se répandait peu à peu, un concile de près de cent évêques tenu à Alexandrie excommunia Arius. Ce dernier ne se soumit pas, continua ses pratiques, ses exercices religieux, comme auparavant, et trouva appui chez quelques évoques égyptiens et syriens, surtout chez Eusèbe de Nicomédie qui le reçut avec bienveillance dans la communion de son Église ^. Beaucoup de prêtres et de diacres étaient déjà gagnés à son parti ^. Même parmi les religieux et le peuple, il se forma bientôt deux camps. Épiphane parle de 700 vierges consacrées à Dieu, séduites par les idées d' Arius ^. A Nicomédie l'hérétique écrivit son livre en prose et en vers^ intitulé Thalie, et en outre plusieurs cantiques pour vulgariser sa doctrine ^ ; peu après il retourna à Alexandrie. Constantin, après avoir vaincu Licinius, revint chez son ami Eusèbe de Nicomédie et y entendit parler des di-
1. 'Hv woTE ôte oOx ^v ; erat quando non erat. Socrate, U, E,, l, 6. — 2. S.Epiph. {Haeres.j c. 69, n. 6-8) donne les lettres d'Arius à Eusèbe de Nicomédie et à Alexandre d'Alexandrie. — 3. Une lettre d'Arius à Eusèbe de Nicomédie nomme parmi ses adtiérents : Eusèbe de Césarée, Ttiéodote de Laodicée, Paulin de Tyr, Athanased'Anazarbe, Grégoire deBeryte et Aècede Lydda. Cf. la lettre chez Théodoret, H. E., I, 5. — 4. Theodoret, I, 4-5, où Alexandre d'Alexandrie donne les listes. — 6. Haeres., c. 69, 3. — 6. PmLO- 8T0RGE, H.E.y II, 1.— S. Athanase {Ot. coutra Arianos^ c.5, 6, 10) dit : Esfaulem genvs dicendi molle et dissolutum.
visions d'Alexandrie. Pour apaiser l'affaire, qu'il considérait comme une vaine et oiseuse querelle, il envoya à Alexandrie Hosius de Cordoue, porteur de lettres *. Celui-ci ne réussit pas dans sa mission et conseilla probablement à l'empereur de réunir un concile.
4® Le premier concile œcuménique se réunit, l'été de 325, à Nicée en Bithynie. L'empereur avait invité tous les évoques de l'empire, et peu à peu le nombre s'éleva à 318,1a plupart de l'Église d'Orient*. Cette réunion fut très vénérable ; nombreux étaient les Pères qui portaient encore les cicatrices des supplices subis dans la persécution. Le pape Silvesü'e s'était fait représenter par le célèbre Hosius de Cordoue et les deux prêtres romains Vite et Vincent. Comme éloquents défenseurs de la vraie doctrine se signalèrent Eustathed'Antioche, Marcel d'Ancyre et surtout Athanase, encore diacre d'Alexandrie ^.
Couvert d'or et de pierreries, Constçuitin apparut dans les réunions et prit la parole à différentes reprises. Arius eut l'occasion de se défendre, mais trouva dans Athanase un éloquent adversaire. Les avis suivirent trois directions : les Égyptiens et les Occidentaux défendirent la | doctrine orthodoxe ; la majorité des Orientaux tint pour la divinité du Christ, mais hésita à reconnaître sa parfaite égalité avec le Père; environ vingt adhérents d' Arius déclarèrent le Verbe une simple créature.
Eusèbe de Nicomédie était le chef de ce dernier parti, dénommé pour cela parti des Euséblens ^. Comme ceux-ci interprétaient toutes les expressions scripturaires dans un sens arien, on proposa le mot qui devait être l'objet de tant de discussions 6(iioouatoç (consubstantialis).
1. Eusèbe, Vita Constantini, II, c. 64-72. — 2. Patrum Nicenorum nomina latine^ graece, coptiect syrictce, arabice^ armeniace^ sociata opera ^diderunt, H. Gelzer, H. Hilgenfeld, 0. Cumtz, Leipzig, 1898. Seule la liste arabe esta peu près complète : 318. Aucune autre n'en donne plus de 3â1. — Cf. Zeitschr, f. k. Theologie^ 1906, p. i7â ss. Duchesne, HisL anc, de lEglisey II, p. 143 ss. — 3. Socratb, H. £., I, 8 : € Athanasius fortiter dimicabat ». — Rupin, H,E.^ 1, 14 : (Athanasius) « Cujus suggestlonibus haereticorum doli ac fallaciae vigilanter detegebantur », — 4. Philostorge en nomme 20, Rufin et Gélase seulement 17.
L'ARIANISME APRÈS Lfi CONCILE DE NICÈE. 185
Les hérétiques et leurs complices s'y opposèrent vivement, tandis qu'Âtbanase prouvait que le vrai sens de ce mot est déduit de l'Écriture. Aussi le concile mit dans son symbole : Deum verum de Deo çero, genitum non factuniy consubstantialem (ôjxoouaiov) Patri,
Tous ne consentirent pas d'abord à signer cette déclaration très claire. Eusèbede Césarée se laissa convaincre; peu après, Eusèbe de Nicomédie, Théognisde Nicée et Maris de Chalcédoine. Deux libyens, Théonas et Secundus, refusèrent avec obstination et furent exilés avec Arius. Peu après, Eusèbe de Nicomédie et Théogpis subirent le même sort, pour adhérer à Terreur et avoir pris les hérétiques sous leur protection ^
Dans ce concile, on s'efforça de réduire le schisme de Mélèce, évéque de Lycopolis; on fixa la date de la célébration de la Pâque et on décida certaines règles ecclésiastiques formulées en vingt canons. Le pape Silvestre confirma les actes, tout au moins par son acceptation.
S 29. — L'arianisme après le concile de Nicée 2.
1^ Les Eusébiens étaient trop puissants pour s^avouer aussitôt vaincus. La sœur de Constantin, Constantia, les prit sous sa protection et, sur son lit de mort, demanda grâce pour Arius et ses adhérents. L'espoir leur revint avec la faveur impériale. Eusèbe de Nicomédie et Théognis, à peine rappelés de l'exil en 328 et rétablis sur leurs sièges, s'efforcèrent de faire revenir Arius. On craignait cependant Athanase devenu en 328 patriarche d'Alexandrie. La tentative des Eusébiens contre la légitimité de son élection et de sa consécration se brisa devant
l.Cf. aussi FcNK, Kirchengesch. Abh. u. Unterê,, 1, 87-131. — 2. Gummerus, Die homöuaianiiche Partei bis zum Todes des Constantitis^ Leipzig, i900. — DoM H. Leclercq, L'Espagne Chrétienne, Paris, 1906, p. 90 ss. — Hefele, Hist. des Conciles^ II, p. 444 ss. — S. Athanase, De morte Arii, Cf. la bibliog. du S ^' — P« Barbier, Vie de St Athanase^ Patriarche d Alexandrie, Paris, 1881. — DucHESNE, Histoire ancienne de V Église, tome II, Paris, 1908, p. 1K8 ss. -— Cavallera, Le Schisme d'Antioche, Paris, 1905.
la fermeté des évêques égyptiens. Ils eurent plus de succès au sujet de Téloignement d'Eustathe d'Antioche qui, faussement accusé par eux, fut exilé en Thrace par Constantin. Le même sort atteignit Asclépius de Gaza et Eutrope d'Andrinople. Les Eusébiens s'enhardirent avec le succès. Eusèbe de Nicomédie voulut obtenir d'Athanase 4a réintégration d'Arius dans FÉglise d'Alexandrie^ Comme le saint patriarche résistait obstinément, on s'a* dressa à l'empereur qui manda Arius à la cour. Par une confession habilement composée, ce dernier sut satisfaire le monarque. Athanase refusa de nouveau, même à la demande de l'empereur qui, pour le moment, n'insista pas. Alors EusèbedeNicomédiejurasaperte. Le saintpatriarche fut accusé de meurtre, d'impudicité, etc. En 334, on réunit un concile à Césarée contre lui, mais Athanase ne parut pas ; on se réunit de nouveau à Tyr en 335, l'accusé réfuta brillamment toutes les accusations et partit ensuite pour Constantinople chercher appui auprès de l'empereur. Sur l'ordre de ce dernier, les Eusébiens comparurent aussi, mais avec de nouveaux chefs d'accusation. Sur ce, Athanase fut envoyé en exil à Trêves \ Lorsque Arius fut conduit en triomphe dans l'église de Constantinople, il fut frappé d'une mort subite : beaucoup y virent un juste châtiment de Dieu ^.
2** Constantin mourut le 22 mai 337 ^, baptisé par Eusèbe de Nicomédie. Ses fils Constantin If, Constant et Constance firent un décret collectif pour rappeler les évêques exilés. Constantin II ne régna pas longtemps. Constant gouverna l'Occident et s'en tint au symbole de Nicée, tandis que Constance en Orient favorisait les Ariens.
Ceux-ci, ayant les mains libres, chassèrent Paul de
1. SocRATE, H, E,y n, 3. Il semblerait en résulter que Constantin mit Athanase en sûreté. -- Gf.SozoMÈNE,^. E,^ II, 28.— S.ATUAN.^iftsf. Arian. ad Mon.f c. 50. — 2. Socrate, I, 28. — Sozom., Il, 30. — Epist. ad Serapionem de morte Arii et Ep.adepiscopos Aeg, et Libyœ, c. 19. — 3. Tous les Pères en parlent avec respect et ne doutent point de son orthodoxie. — He- FELE,I, 480-481. — S. Atiian., Hi8t,Arian.adMon,, c. 50. —S.Jérôme, Chron, ad an, 340 : * Ad Arianum dogma déclinât. »