L'ARIANISME APRÈS LE CONCILE DE NICÉE
son siège de Constantinople et y placèrent Eusèbe de Nicomédie. Athanase, accusé de nouveau, même auprès du pape Jules I®' (336-352), réunit à Alexandrie un concile de près de 100 évêques, qui rendirent témoignage à son innocence. Il se rendit à Rome où il fut absous (341). Cependant les Eusébiens le déposèrent cette même année à Antioche [Synode in encoeniis) et mirent à sa place Grégoire de Cappadoce. Eusèbe de Nicomédie mourut en 342 et Paul reprit le siège patriarcal de Constantinople.
3° Les Eusébiens cherchèrent à gagner aussi à leur cause l'empereur d'Occident, Constant. Celui-ci rebuta leurs envoyés et fit venir Athanase de Rome à Milan. De plus il demanda à Constance de réunir un concile à Sardique (Ulyrie orientale). Constance acquiesça à cette demande et, selon le désir du pape, le concile se réunit en 342 ou 343. Il s'y trouva environ 170 évêques présents. Bientôt 76 Eusébiens se séparèrent parce qu' Athanase parut dans le concile ^ Ils se réunirent alors séparément à Philippopolis, condamnèrent le pape Jules, Hosius et beaucoup d'autres évêques. — A Sardique, Hosius présidait avec deux prêtres romains. Le symbole de Nicée fut de nouveau confirmé, Athanase et quelques autres évêques furent absous, et le parti des Ariens condamné. Après six ans d'exil, Athanase retourna en 346 à sa ville episcopale, et y fut reçu avec grande joie. Le pape félicita Alexandrie ^.
Cependant l'espoir revint aux Ariens, quand Cens-» tant, le protecteur des orthodoxes, eut été tué par Magnence (350). Leur hardiesse augmenta encore, lorsque Constance défit ce dernier, et devint seul maître. Les chefs des Ariens d'Occident songèrent aussitôt à extirper la foi de Nicée ; ils se rassemblèrent en concile à Sirmium en Pannonie (351), condamnèrent Photin, qui ne distinguait pas la personne du Verbe de la personne du
. 1. Cela sur Tinvitation de Constant, qui menaça même de faire la guerre à son frère Constance. — Théodoret, H, E., II, 8. — Tillemont, Mémoires pour servir t etc.y t. VIII, note 62 sur Athanase. -^ 2. Jaffé, Reg,^ éd. II, n. 188.
Père, et composèrent la première formule 'de Sir-
miam. Ils y rejetaient l'arianisme outré, mais omirent l'expression ojxooufftoç. Non seulement l'Occident devait devenir arien, mais aussi l'Orient. Là cependant Athanase barrait la route à Terreur. Une accusation fut portée devant l'empereur et le pape, d'après laquelle Athanase aurait fait cause commune avec Magnence. Libère, qui venait de succéder à Jules P"", convoqua le concile d'Arles (353). Par crainte de Constance, les évoques et même Vincent, légat du pape, condamnèrent Athanase^. Libère refusa de sanctionner cette sentence et demanda à l'empereur un nouveau concile, qui se tint à Milan (355). Là, présida la tyrannie de Constance : « Ce que je veux sera loi de l'Église, » s'écria-t-il. Ceux qui ne voulurent pa& condamner Athanase furent déposés et exilés. Parmi ces derniers, on compte les plus célèbres évoques orthodoxes : Lucifer de Cagliari, Eusèbe de Verceil, Denys de Milan, Hilaire de Poitiers, Hosius de Cordoue, et même le pape Libère. Athanase s'enfuit et se cacha chez les moines d'Egypte^.
4® Les Ariens triomphaient et paraissaient avoir détruit tous les obstacles, mais Dieu veillait sur son Église. Des difficultés surgirent dans le sein même du parti arien et le consuma peu à peu. Aèce diacre d'Antioche et Eunomius jetèrent le masque derrière lequel les Eusébiens avaient caché jusqu'alors leur malice, et nommèrent le Verbe dissemblable en tout (avcJixoioç) au Père. On les appela les Ariens rigides, Anoméens, Hétérusiastes, Eunomiens. Beaucoup n'osaient pas aller si loin; ils cherchaient un moyen terme et disaient que le Fils de Dieu n'était pas créature, ni proprement Dieu : Semi-ariens. Ceux-ci se [divisèrent de nouveau en deux sectes : quelques-uns nommèrent le Fils semblable (^fxoio;) au Père seulement par la volonté et' se rappro-
1. Seul Paulin deTrèTeseut le courage de protester; il fut déposé et envoyé en exil; S. Hilaire, Fragm.^ î, 6. — 2. Cf. Ammien Marcel., Rer. gest., XV, 7. — SoCR., n,S6-36. — SozoM., IV, 9-li. — Sülpice Sévère, II, éd. Halm» p. 98-93. — DucHESNE, Hist, anc. de l'Eglise^ 1. 1, ch. vu.
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c&aient des Ariens rigides; d'autres au contraire reconnaissaient le Fils semblable en nature (ôfAoïouertoç] au Père. Comme chef des semi-ariens, nous trouvons Basile d'Ancyre, Auxence de Milan, etc.
En 357 les Ariens rigides se réunirent à Sirmium et composèrent la deuxième formule de Sirmium, qui rejeta les termes ojAoïotSaioç et 6fxoou<jioç [similis essentia et consubstantialis) et condamna Semi-ariens et Orthodoxes. Les Semi-ariens se réunirent de leur côté à Ancyre en 358, condamnèrent les Anoméens en dix-huit propositions ^ et attirèrent à leur cause Tempereur. Celui-ci convoqua un concile à Sirmium et fit composer la troisième formule de Sirmium qui n'employait pas le mot 6(Aooufftoç, mais est d'ailleurs orthodoxe.
5^ Peu après, en 358, Libère reçut la permission de revenir à Rome, de Bérée en Thrace. On n'est pas d'accord sur les motifs de son retour. Plusieurs écrivains des IV® et v* siècles insinuent plus ou moins clairement qu'il obtint par certaines concessions la fin de son exiP. S'il s'agit d'avoir souscrit une formule, il ne peut être question que de la troisième formule de Sirmium. A la fin du IV® siècle, Rufin ne put arriver à aucune certitude et disait : « Liberius urbis Romanae episcopus, Constan^ tio çivente^ régressas est; sed hoc utrum quod acquiepérit poluntati suae ad subscribendum, an ad populi Romani gratiam^ a quo proficiscens fuerit exoratuSy (Constantius) indulserit, pro certo compertum non ha^ beo ^ » .
Théodoret'', Socrate* et Sulpice Sévère • mentionnent que Constance céda surtout aux instances des Romains
1. Des 18 propositions, S. Hilaire en troove 12 orthodoxes.— 2. S. àthan., ApoL c. Ariano»^ c. 89; Biit, Arian, ad Monaehos, c. 41 (mais les deux liTres sont, suivant quelques-ans, écrits ^vant le retour de Libère. Cf. Aeta SS.Boll.^ VI, sept, 572 ss.). — 8. Hilaire, C. Constantium, c. H. — Phi- LOSTORGE, H, E., IV, 3 (il est Arien). — Sozom., IV, 15. — Faustiot et MarfXLLiKi libellus precumy Praefatio, — S. Jérôme. Chron. ad an. 354; De vir, illiÂ8tr,f c. 97 (mais il se contredit quelque peu), -r- F. Savio, La Questione di Papa Libéria^ Rome, 1907. — Saltet, Les lettres du pape Libère de 957, Bulletin de litt. ecclés., décembre 1907. — 3. H. £., 1, 37. — 4. fl. fi., II, 17. — 6. H, E,, 11,37. —6. Chron^ll, 39.
en rendant à Libère sa liberté. Il faut tenir compte de ce que dit Théodoret : Félix, le pape intrus, tint fermement à la formule de Nicée, mais admit à sa communion ceux qui la rejetaient. C'est pourquoi personne ne venait à l'église, quand Félix y était : aussi les Romains réclamèrent Libère et le reçurent avec grand enthousiasme ^ Socrate dit la même chose ^. Aurait-on fêté de la sorte celui qui aurait eu la faiblesse de souscrire une formule équivoque? Le pape Anastase (398-401) loue la fidélité de Libère à la foi de Nicée ^. On n'arrive pas cependant à une certitude absolue et l'on n'a pas démoli le jugement de Rufin. Nous ne sommes guère plus avancés, en connaissant VEloglum découvert par J.-B. de Rossi^, quoique selon le P. Grisar* et M^** Duchesne* il soit très probablement en l'honneur de Libère. Il n'est pas tout à fait certain mais très probable que le vieil Hosius, à la même époque, céda un instant aux exigences de Constance, à Sirmium '^. On aurait abusé de sa vieillesse et de l'affaiblissement de ses facultés. Saint Athanase assure qu'il protesta avant de mourir ®.
6* Après le IIP concile de Sirmium où les semi-ariens avaient triomphé, Constance tâcha d'amener dans son empire l'unité de foi et de convertir tous les évêques au semi-arianisme. Comme les chefs des Ariens rigides, Ursace et Valens, craignaient d'être condamnés, ils voulurent tenir séparés les semi-ariens orientaux des orthodoxes occidentaux et préparèrent un double concile à Rimini en Italie et à Séleucie en Isaurie. Avec cela, ils circonvinrent Constance et le déterminèrent à proposer aux deux conciles une même formule de foi, dans laquelle l'Arianisme rigide n'était pas condamné. Cette 1V« formule de Sirmium, composée par Marc d'Aréthuse, dit que le Fils est semblable (%otoç) au Père « xatà iravxa xaxi
1. JT. E., II, n.— 2. R, E,, II, 37. — 3. Jaffé, éd. II, Addenda, t II, p. 691- 692. — 4. Elogio anonimo d*un Papa^ Buletino, 1883. — Ö. Analecta Romana^ Rome, 1899, 1, p. 43, 661. — 6. Le Liber Pontificalis, I, p. â09. — 7. DoM H. Leclercq, L'Espagne chrétienne, Paris, 1906, p. 116 ss. — Cf. Saltet, Bulletin de litt, ecclés,y oct.-nov. 1906. — 8. Apol, c. Ar., 89.