‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 56 sur 205 · L'ARIANISME APRÈS LE CONCILE DE NICÉE · texte numérisé non relu

L'ARIANISME APRÈS LE CONCILE DE NICÉE

Tàç Ypa^aç » . Les deux conciles se réunireiit en 359, Comme Constance exigeait de souscrire la formule, les orthodoxes refusèrent à Rimini, rejetèrent FArianisme et envoyèrent des légats à Constantinople, Ceux-ci ne furent pas reçus et furent amenés par les Ariens rigides à souscrire la formule prescrite, sans même le xaxà iràvTa.

A Rimini Ton fut très mécontent de la conduite des délégués et Ton continua quelque temps de rester ferme ; cependant les sollicitations, la ruse et les menaces triomphèrent peu à peu de la résistance des évêques. Ils se tranquillisèrent dans la pensée que la formule pourrait être aussi interprétée dans un sens orthodoxe, surtout lorsque le préfet Taurus ^ se plaignit, les larmes aux yeux, qu'ils porteraient la responsabilité de tout désaccord. Tous signèrent, même Restitut de Carthage, Phœbadius d'Agen et Servais de Tongres, qui avaient opposé la plus longue résistance. Ainsi 320 évêques cédèrent aux 80, qui avaient avec eux l'empereur Constance ^.

A Séleucie où les semi-ariens dominaient, on ne pouvait aboutir, à cause de leur désaccord perpétuel. Cependant Constance sut travailler leurs délégués de façon à leur faire souscrire, à la fin de 359, le même symbole qui avait été souscrit à Rimini. Alors l'empereur l'imposa à tous les évêques sous peine de bannissement. Il n'y eut que le pape Libère avec quelques autres pour refuser de souscrire. C'est en voyant cela que saint Jérôme s'écrie, avec une certaine exagération : a Tune usiae nomen abolitum est; tune Nicaenae fidei damnatio conclamata est; ingemuît totus orbis et Arianum se esse miratus est^ ».

Cependant saint Jérôme défend dans tout son livre l'orthodoxie des Pères.

7^ Cette œuvre de ruse et de violence ne dura pas long temps. Après la mort de Constance, Julien rappela d'exil

1. Celui-ci avait ordre « utcoUectos in unumnon ante dimitteret, quam in unam fidem consentirent^ promisso eidem consulatUy si rem effectui tradidisset », Sdu». Sév., Chron,^ II, 44.-2. Sulp. Sév., II, 41. ^ S. Hilare, Fragm.t VII-IX. — 3. Ad Luciferianos, c. 19, P, L., XXUI, 172.

tonales évêques. Son intention de détruire ainsi rÉglise, par des luttes intestines, fut déjouée. La plupart rejetèrent les formules souscrites sous Constance. Athanase tint un concile à Alexandrie (362) où se soumirent tous ceux qui avaient été gagnés à l'hérésie par la violence. Aussi Athanase dut-il, sous Julien, reprendre le chemin de Texil, mais il revint sous Jovien. Pour la dernière fois, TArianisme fleurit sous Valens (364-378). Cependant un grand nombre d*hommes éminents comme le Pape Damase, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Ambroise, saint Hilaire, saint Grégoire deNazianze, saint Chrysostome, etc., empêchèrent sa grande expansion. A partir du gouvernement de Gratiën et de Théodose, Thérésie se réfugia chez les peuples germains et disparut complètement au VI® siècle. .

S 30. — Schismes et hérésies iissu9 de TArianisme. II^ Concile général K

1^ Le Schisme de Mélèce naquit à Antioche en 330 et dura jusqu'à 415. En 330 Tévéque Eustathe fut déposé par les Ariens et un hérétique prit sa place. En 360 Mélèce succéda à ses prédécesseurs ariens. Comme il se déclarait toutefois catholique, il fut chassé par Constance ; il revint sous Julien. Il y eut dès lors trois partis : Eustathiens, Méléciens et Ariens. Les choses ne s'arrangèrent pas à la mort d'Eustathe. Car Lucifer de Cagliari remplaça ce dernier par Paulin. Mélèce mourut en 381 et eut comme successeur Flavien. Paulin mourut en 388 et

1. Hefele, Hist. des Conciles, t. I-II. — S. Athamask, Bpist, IV ad Serapionem, P. O., XXVI, 529 ss. — Sozom., H. E, , VI, 27. — Voisw, La doctrine trinitaire d* Apollinaire de Laodicée]{Rev. d'hisLecclé8,,i90i,p. 33-55, 239- 252) ; — VApoliinarisme, Etude hist. littér. et dogm, sur le début des controverses christoU au V* siècle, Louvain, 4901. — Lietzmann, Apollinaris von Laodicea und seine Schule, Tûbingue, 1904. — Grisar, Histoire de Rome et des papes, 1. 1. — Krûger, Lucifer von Calaris und das Schisma der Luciferianer, Leipzig, 1886. — Sur les Macédoniens, Harnack, Lehrb, der Dogmengeichichte, II (2), p. 275-301. — Duchesme, Hist. ancienne de V Eglise, t. II Paris, 1907.

fut remplacé par Evagrius qui mourut en 415. Quelques Eustathiens continuèrent à se tenir à l'écart, jusqu'à ce que Févéque Alexandre, second successeur de Flavien, prit part à leurs réunions avec toute sa communauté et ainsi la paix fut faite * .

2» Le Schisme Lociférien fut la suite de la sévérité outrée de Lucifer de Cagliari. Ce dernier n'approuvait pas la modération avec laquelle saint Athanase, dans le concile d'Alexandrie (362), admettait à sa communion quelques semi-ariens, et il se sépara de lui. Le schisme se répandit en Sardaigne et en Espagne, mais disparut au commencement du v<> siècle. C'est contre ces schisma« tiques que saint Jérôme écrivit son Altercatio Luciferiani et Orihodoxi ^.

3° Le Schisme Romain commença avec Félix qui se déclara pape, à la suite du bannissement de Libère (355). Au retour du vrai pape, Félix sévit bientôt abandonné et mourut en 365. Après la mort de Libère (f 366) les partis s'élevèrent de nouveau. Ursin fut opposé au pape légitime Damase (366-384). Le règne de ce dernier demeura troublé, quoique Ursin fût dès 367 envoyé en exil à Cologne par Valentinien. Le Liber Pontificalis a confondu plus tard l'antipape Félix avec saint Félix de la wa Portuensis et l'a dépeint très favorablement aux dépens de Libère. Les Acta Felicis ne sont qu'un extrait du Liber Pontificalis ^.

4® If arcel d'Ancyre se distingua par son zèle à combattre l'arianisme et occupa une place honorable à Nicée. Plus tard il tomba dans une sorte de Sabellianisme, où disparaît la distinction du Père et du Fils ^. Son disciple Photin donna son nom à l'erreur.

5® Pour sauver la divinité du Christ contre les Ariens,

1. Cavàllera, Le schisme â!AnHoche, Paris, 1905. — 2. P. L., xxm, 155- 182. — Saltet, Les fraudes littéraires des schismatiques Lucifériens, BuUet. de Toulouse, oct.-nov. 1906. — 3. Dughesne, LeLib, Pont,, I, cx\ ss. et 807 ss. — DöLLiifOER, Die Papstfaheln des Mittelalters, 2« éd., p. 126-145. — 4. Th. Zahn, Marcellus v, Ancyra, Gotha, 1867. — Duchesse, Hist. anc, de VÉglise, II, p. 184 ss.

Apollinaire de Laodicée en compromit l'humanité. L'homme, disait-il, est composé d'une âme, d'une intelligence et d'un corps [Trichotomie de Platon). Dans le Christ, la place de l'intelligence (vouç) est prise par la divinité. De là suit que le Christ n'est pas un homme complet. Aussi Apollinaire ne dit pas que le Christ s'est fait homme, mais qu'il s'est fait chair. Le corps du Christ n'était pas, selon lui, un corps ordinaire. Il le nommait céleste et 4ivin. L'impeccabilité du Christ consistait dans l'absence du vwç, siège du péché. L'erreur fut condamnée à Alexandrie (362) et ailleurs à différentes reprises ^

6"" L'iiérésie de Macédonius devait nécessairement sortir de l'arianisme. Car si l'on nie la divinité du Fils, on ne peut pas davantage l'attribuer au Saint-Esprit qui, selon la doctrine catholique, procède du Père et du Fils. Si le Verbe est une créature, celui qui en procède ne saurait être plus qu'une créature. Cette déduction fut tirée par le semi-arien Macédonius (-{* 362), patriarche de Constantinople. Il enseigna, croit-on, que le Saint- Esprit est inférieur au Fils : « Spiritum sanctum non ejusdem cum Pâtre et Filio honoris participem, sed utriusque ministrum ».

Ses sectateurs s'appellent Macédoniens, ou Maratho» nîensy d'après Marathon de Nicomédie son premier disciple, ou encore Pneumatomaques. Cette secte se répandit surtout en Thrace et en Bithynie; ce qui favorisa beaucoup l'expansion de l'hérésie fut la vie austère que menaient la plupart de ses adhérents. Elle rencontra cependant de puissants adversaires, tels que saint Athanase, saint Basile et saint Ambroise. Beaucoup de conciles condamnèrent cette erreur, en particulier un concile romain (374) sous le pape Damase et le IP Concile œcuménique de Constantinople (381). Ce dernier fut convoqué par Théodose P' pour élire un patriarche, pour

1. Cf. FüNK, Abh, und Unters,, II, p. 347-359. — Düchesne, Hisl» anc» de Eglise, II, p. 342, 409.

SGHISIiES ET HÉRÉSIES. 195

confirmer le concile de Nicée et pour ramener les semiariens. Il y eut 150 évéques orthodoxes et 36 macédoniens qui quittèrent bientôt la réunion. Dans le symbole que les Pères composèrent ou plutôt confirmèrent, car saint Épîphane le rapporte presque littéralement dans son Ancoratus (composé en 342), la doctrine relative au Saint-Esprit fut précisée avec exactitude. Après les mots : Et incarnatus est on flsiÇSi per Spiritu m Sanaturn ex Maria Virgine; et après avoir dit : Credimus in Spiritum Sanctum, on continua ainsi :

« Dominum et Vivificantem, qui ex Pâtre procedity qui cum Pâtre et Filiosimul adoratur etconglorificatur^ qui locutus est per prophetas » .

La divinité du Saint-Esprit fut donc pleinement défendue dans ce concile qui par l'adhésion du Pape et de rOccident tout entier devint œcuménique ^ . Les expressions relatives à la procession du Saint-Esprit restèrent différentes en Orient et en Occident. Tandis qu'on disait en Occident A Pâtre Filioque procedity on disait en Orient A Pâtre per Filium procedit. La première formule s'introduisit de bonne heure dans les symboles : à Tolède en 447 et 589, plus tard aussi dans le symbole de Nicée-Constantinople ^.

Le symbole d'Athanase^, qui développe longuement cette doctrine, se trouve pour la première fois en 633 au IV* synode de Tolède, et fut probablement composé au VI* siècle en Espagne*.

1. Mais le pape refusa de ratifier les sept derniers canons, notamment le troisième qui place le siège de Constantinople immédiatement après celui de Rome. -< 2. Pour la différence entre le symbole de Nicée et celui de Constantinople, cf. ScHERUAMif, Die Gottheit des B. Geistes nach den Griechischen Vâtem des 4 Jahrhunderts, Leipzig, 1901. — Tdrmel, Hist, de la théoL positive, Paris, 1904. — 3. P. (?., XXVIII, 1567-1604. — 4. Cf. surtout Dr. K. Kûnstle, Eine Bibliothek der Symbole und theologischer Tractate, in Forschungen zur Christl. Lit, und Dogmengesch.j 1. 1, 4« fàsc., P- 3ö-4«.

S 31. — Schismes, controverses et erreurs de la même époque.

1^ Le Donatisme ^ .

Le Donatisme commença à la mort de Mensurius, évêque de Carthage (311). Le diacre Cécilien, légitimement élu, fut consacré par Félixd'Aptonge,sans attendre les évêques de Numidie. Les intrigues de deux prêtres mécontents, Botrus et Celestius, soulevèrent bientôt contre le nouvel évêque une forte opposition. Ce parti fut soutenu par la riche Lucilla, qui avait été réprimandée par Cécilien pour son culte superstitieux des reliques. Pour justifier l'opposition contre le nouvel évêque, l'on en appela à la consécration illégale de Cécilien qui, à ce que l'on prétendait, avait été faite par un ttaditeur. Les évêques deNumic^e, déjà mécontents de Mensurius, et excités encore davantage contre l'élection faite sans attendre leur arrivée, se réunirent au nombre de 70 environ, déclarèrent invalide la consécration de Cécilien et nommèrent à sa place le lecteur Majorin (312). Donat des Cases-noires fit la consécration. Le successeur de Majorin (•{- 315), Donat le Grand, donna son nom au schisme. Bientôt l'Église d'Afrique fut divisée en deux partis, chacun tâchant de recruter des adhérent^.

Constantin se déclara pour Cécilien et fît examiner l'affaire par le pape Miltiade dans un concile romain du 1^' octobre 313. Celui-ci, ainsi que le concile d'Arles de 314, donnèrent tort aux donatistes. De plus le proconsul iElius examina les Actes et déclara Félix d'Aptonge innocent du crime de tradition. Les donatistes ne se tinrent pas tranquilles et en appelèrent de nouveau à l'empereur

1. VÖLTER, Der Ursprung der Donatisten, Frib.-en-Br., 1883. Cf. Tûb, Quartal8chr,,i9Sif p. 500 ss. — S. Optât de Milève, De Sckismate Donatistarum. — DoM H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, I, p. 335 ss. — Hefele, Hist. des. Conciles^ 1. 1. — Duchesne, Hist, anc. de VÉglise, II, 101, 1Î4, 336-241.

qui convoqua et entendit les deux partis à Milan en 316 ;. Û déclara Cécilien innocent, enleva leurs églises aux donatistes rebelles et en exila quelques-uns. L^affaire ne fit qu'empirer. Se livrant au pillage et au meurtre (C/rco/icellions), des bandes de donatistes parcoururent le pays et compromirent la sécurité de plusieurs régions. Après la mort de Constantin (f 337), Constant réprima avec vigueur les schismatiques et ramena la paix qui se prolongea sous Constance.

Julien (361-363) rendit aux exilés leur liberté et ralluma la lutte. Les donatistes se vengèrent de la persécution qu'ils avaient subie, pillèrent les églises, brisèrent autels et calices, jetèrent par les fenêtres le saint Sacrement et les saintes huiles. Le nombre de leurs évoques s'éleva à 400, car les lois sévères de Valentinien P', de Gratiën et de Théodose P' restèrent inexécutées, grâce aux connivences donatistes de certains fonctionnaires. Vers 370, Optât de Milèvc écrivit son ouvrage De Schismate Donatista^ rum ^ . Saint Augustin travailla sans relâche à les ramener et dans la fin du iv® siècle publia une série d'écrits contre les schismatiques ^. Le huitième et le neuvième conciles de Carthage (403-404) restèrent sans résultat. Alors l'empereur Honorius recommença à sévir. Les Donatistes furent soumis peu à peu, et en 411, cent ans après le commencement du schisme, on en arriva à une conférence. Il y- eut 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes. Tout dut céder devant la savante éloquence de saint Augustin : les catholiques triomphèrent et rentrèrent en possession de toutes les églises. Les donatistes en appelèrent à l'empereur qui taxa leur opiniâtreté d'infamie. Beaucoup rentrèrent dans le sein de TÉglise, d'autres restèrent hostiles aux catholiques, même sous la persécution vandale, jusqu'à la conquête de l'Afrique par l'Islam ^.

Auprès du schisme donatis te, d'autres erreurs s'étaient groupées peu à peu : — a. Seule est véritable l'Église qui

1. p. L., XI, 883-1104. — 2. p. L. XLIII, 1 ss. — 3. Cf. Mansi, CoUect, Conçu,^ t. m, p. 173, 517, 843, 8ÖÖ, 10Î3, 1336. — Hefels, I, 217 88., 2328.

n'admet pas dans son sein de pécheur public; aussi toutes les Églises, qui sont en communion avec Félix d'Aptonge etCécilien, sont souillées et exclues de la vraie Église. — b. L'efficacité des sacrements ne dépend pas seulement de l'orthodoxie , mais aussi delà moralité et de la sainteté du ministre. Seuls les donatistes possédaient toute pureté et sainteté*.

2^ Lutte contre les Origénistes^.

Le grand docteur Orlgrène ^ fut, pendant sa vie et après sa mort, l'objet de jugements très opposés. Les disputes au sujet de sa doctrine se prolongèrent du iii« au IV* siècle. De 203 à 230, Origène enseigna à Alexandrie au milieu de païens et de gnostiques. Les premiers suivaient la doctrine platonicienne, les autres prétendaient que leur système pouvait seul expliquer Pétat déplorable de l'humanité. Aussi pour satisfaire les Juifs, les païens et les gnostiques, et en même temps conserver la doctrine catholique, Origène inventa un nouveau système, dont voici le résumé :

a. Le Verbe (Koyoç,) est inférieur au Père, et de même le Saint-Esprit.

b. Toutes les âmes ont été créées par Dieu de toute éternité. Quelques-unes restèrent bonnes (anges), d'autres tombèrent (démons) ; d'autres péchèrent moins gravement et furent emprisonnées dans des corps, différents selon la gravité du péché commis. Une d'elles resta très parfaite et fut pour cela unie au Verbe incarné. Ainsi, non seulement le péché originel disparaissait, mais le récit biblique relatif à nos premiers parents et à leur chute devait être expliqué dans un sens allégorique.

1, Martroye, Revue des quest. hist., oct. 1904, janv. 1905 : Une tentative de révolution sociale en Afrique. Donatistes et Circonce liions. — 2. Chronologie de la lutte Origéniste, chez Rauscbem, Jahrbücher der Christlichen Kirche^ Frib.-en-Br., 1897, p. 552 ss. — 3. Diekamp, Die OrigenistischenStreitigkeiten im 6 Ja^r/ivndeW, Munster, 1899. —Prat, Origène^ Paris, 1907.

c. Dieu veut que toutes les âmes retournent à leur état primitif, par conséquent toutes, même les démons, seront sauvés : Apocatastasis uniçersalis.

d. Les corps ne ressusciteront pas, mais Fâme recevra dans la vie future un corps éthéré de forme ronde.

Ces erreurs se trouvent surtout dans son œuvre De Principiis. Quelques-unes furent condamnées à Alexandrie en 230 environ. On ne connaît pas de condamnation générale antérieure à Tannée 400. D'où la divergence d'opinions. Marcel d'Ancyre nomme Origène le Père de l'Arianisme. Eusèbe de Césarée, aux tendances ariennes, défendait Origène, ce qui le compromit davantage. Saint Basile, Grégoire de Nysse et Grégoire deNaziancze considéraient seulement son grand talent, se formèrent sur ses écrits et en composèrent une anthologie [Philocalia). Saint Jérôme et saint Chrysostome trouvèrent en Origène un maître d'exégèse. Les moines étaient la plupart contre Origène, Épiphane le plaça dans son catalogue des hérésies \

Versla fin du iv© siècle, les Ariens commencèrent à revendiquer Tautorité du grand docteur d'Alexandrie, d'où surgit une lutte acharnée. A Jérusalem, comme Tévêque continuait à recommander la lecture de ses écrits, saint Épiphane y vint et combattit de toutes ses forces en sens contraire. La lutte s'accentua lorsque saint Jérôme attaqua les Origénistes, et que Rufin, prêtre d'Aquilée, les défendit. Ce dernier retourna en Italie et traduisit le livre De Principiis, de manière à en faire disparaître toutes les erreurs. De son côté, saint Jérôme fit une tra* duction fidèle et l'envoya au pape Anastase P'^ (399-401) qui en 400 condamna les erreurs d'Origène ^. Après une lutte acharnée entre Jérôme et Rufin, la paix se fit.

A la même époque environ, s'éleva un désaccord entre les moines d'Egypte. Un parti, qui combattait Ori-

1. Libri adv. Haereses, P. G., XLI, 1063-1900.— 2. S. Jérôme, Lib. adv. Rufinum; Rdfin, Apol. ad Anastasium Papam; S. Jérôme, -Apo^. adv, libr. Rufini; Rufim, Apol. in Hieron., P. L., XXI et XXIII. — Cf. Brochet, S, Jérôme et ses ennemiSy Paris, 1906.

gène, se faisait de Dieu une représentation anthropomorphique*. L'autre parti était origéniste et avait de Dieu une idée plus spirituelle et plus juste. Quelques moinei^ du premier parti quittèrent leur désert et exigèrent de Théophile d'Alexandrie, avec menaces de mort, la condamnation d'Origène. Il s'avança vers les moines et les gagna en disant : « Je vois en vous la face de Dieu». Ils s'en retournèrent pleinement satisfaits, lorsque Théophile eut condamné Origène^.

Ce patriarche eut toujours contre les moines origénistes une grande aversion, tint des conciles contre eux et les chassa du désert. Ceux-ci en grande partie s'en allèrent sous la direction de Dioscore, Ammonius, Eusèbe et Euthymius, surnommés les quatre grands frères^ en Palestine, et plus tard à Constantinople, pour trouver protection auprès de saint Chrysostome et de l'empereur. Saint Chrysostome reçut les moines avec charité, mais ne les admit pas à sa communion, comme exclus par leurs évêques. L'empereur Arcadius (395-408) ordonna à Théo^ phile d'Alexandrie de venir se justifier dans un concile. Il ne vint pas tout d'abord et envoya Épiphane à Constantinople combattre les origénistes et saint Chrysostome. Saint Epiphane, trompé par Théophile, condamna les origénistes et se sépara de Chrysostome. Enfin Théophile vint lui-même et trouva une bonne occasion de faire tomber saint Chrysostome en disgrâce. L'impératrice Eudoxie se crut offensée par un discours du patriarche et s'en plaignit à l'empereur. Théophile convoqua un concile à Ad Quercum^ près de Chalcédoine, et fit déposer Chrysostome, qui fut exilé par l'empereur. Il revint sur les instances du peuple, resta quelques mois encore à la tête de son Église, puis fut exüé de nouveau et mourut en route (14 septembre 407)^. La paix ne fut

1. SÉRAPioK, « Deum corporeum esse ». — Sograte, VI, 7. —2. Socrate, VI, 7. — «SozoMÈNE, VIII, H. — 3. FüNK, Joh, Chrysostomus und der Hof von Constantinopel, Ahhandl. und Untersuch., II, «8 ss. — Puech, Saint Jean Chrysostome, Paris, 1900.

SCHISMES ET HÉRÉSIES. 20i

pas rétablie dans la ville de Constantinople avant qu'on eût ramené ses reliques (438).

La lutte s'éleva encore une fois parmi les moines de Palestine au sujet delà doctrine d'Origène (520). La dispute alla si loin que les origénistes, après la mort de saint Sabas (f 532), détruisirent les couvents de leurs adversaires. Ëphrem d'Antioche condamna alors Torigénisme (542), cependant la paix n'en fut guère rétablie. Les Sabaïtes, adversaires d'Origène, persécutés, s'adressèrent à Tempereur Justinien, qui donna, en 543, une lettre circulaire où les erreurs d'Origène étaient réfutées et rejetées. Les légats du pape et les évêques d'Orient y souscrivirent ^t de plus Mennas de Constantinople réunit la même année un concile qui condamna en 15 canons tes mêmes erreurs séparément Cette condamnation fut confirmée plus tard au Concile général de Constantinople en 553 ^

3o Le Priscillianisme ^.

A la fin du iv® siècle un certain Marc de Memphis répandit en Espagne des erreurs gnostico-manichéennes, qui furent avidement acceptées par une femme de haut rang nommée Agapé, le rhéteur Helpidius et Priscillien. Ce dernier donna son nom à la secte. Leur doctrine reconnaissait un double Être suprême, l'un de l'Ancien Testament, l'autre du Nouveau, mais ignorait la sainte Trinité ; elle n'attribuait au Christ'qu'une apparence de corps. Avec cela, on niait la création et la résurrection de la chair; l'âme humaine était nommée partie de la divinité. Le mariage et l'usage de la viande étaient interdits. On se servait de livres bibliques apocryphes et on s'occupait

1. DiEKAMP, Die Origenistieken Streitigkeiten tm,'C. Jahrhundert una das fünfte Allgem. Concil., Munster, 1899. Cf. Hist. Jahrbuch^ 1900, 743 ss* — 2. Gams, Kirchengeschichte von Spanien, U I-II. — Merkle, Der Streit \iber Priscillian, Tûb. Quartalschr,^ 1896, p. 630-649. — DOM. H. Leclercq, UEspagne chrétienne, Paris, 1906, p. 1 ^s. — Dcchesne, HisL anc, de TÉglisCt II, p. 529 sf .

beaucoup d'astrologie. Cette hérésie fit plus de bruit quand les deux évêques Instantius et Salvien y adhérèrent. Elle fut condamnée dès 380 par un concile tenu à Saragosse. La soumission n'eut pas lieu et une lutte s'ensuivit dans laquelle l'argent de Priscillien joua un grand rôle. Après la mort de Gratiën, l'affaire fut traduite devant l'usurpateur Maxime qui en prit occasion de se montrer zélé pour le bien de l'Église et fit décapiter Priscillien avec quelques-uns de ses adhérents (385). Saint Martin de Tours, saint Ambroise et le pape Sirice blâmèrent hautement cette sévérité. Malgré la mort des chefs, l'hérésie se propagea dans toute l'Espagne. A Tolède en 447 on lui opposa un symbole. Elle ne disparut complètement qu'après le concile de Braga en 563^,

k^ Sectes et erreurs de moindre importance.

Les Massaliens (Euchites) étaient une espèce de quiétistes. Chacun, disaient-ils, porte un démon avec soi, qui ne peut être chassé que par la prière. Alors on sent entrer le Saint-Esprit, et avec lui le repos complet et la connaissance de l'avenir. Point de culte extérieur et partage du temps entre la prière et le sommeil. Cette secte, fondée en Orient par le moine Adelphus, fut condamnée à diverses reprises, partiqulièrement à Éphèse (431)^. Les Gollyrldlens honoraient la sainte Vierge par l'offrande d'un pain ou d'un gâteau [Collyris] où les femmes servaient, en quelque sorte, de prêtresses. Au contraire les Antidlcomarlanltes soutenaient que Marie n'est pas restée vierge, mais qu'elle eut d'autres enfants plus tard, de saint Joseph. Cette erreur fut combattue par

1. SüLPiCE SÉv., fi. E.y II, c. 46-51. — Mansi, Coll. Conçu., IJI, 067 s.» 67^ s.» 673 ss. Priscilliani 0pp., éd. Scbbpps, Vienne, 1889. — Kûnstle, Dogmengeschichtl. Unters. und Texte ans dem Streite gegen Priscillians Xrrlehre^ Frib.-en-Br., 1905. — 2. S, Epiphawe, Haereses, 80.

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