NESTORIANISMB ET II1« CONCILE GÉNÉRAL
saint Épiphane^ et saint Jérôme^. Jovinien rejeta toute différence entre les péchés et les bonnes œuvres : tout le monde est également saint et grand pécheur; la virginité n'est pas meilleure que le mariage ; la virginité de Marie n'a pas subsisté à la naissance du Christ. Contre lui écrivit surtout saint Jérôme ^. Ce môme auteur réfuta Vigrilantius qui blâmait le culte et l'invocation des saints, qui ne mettait pas la virginité au-dessus de l'état de mariage et déclarait inutile la pauvreté volontaire, etc.^. Aërlus soutenait à peu près la même doctrine et de plus mettait sur la même ligne les évêques et les prêtres ^.
g 32. — Le Nestorianisme et le III« Concile général ^.
1^ L'union substantielle des natures divine et humaine dans le Christ n'avait pas été attaquée jusqu'alors; elle était enseignée par les premiers Pères implicitement et même explicitement : « Quoniam Jésus, qui passus est pro nobisy qui habitant in nohisj idem ipse est Verbum Dei^ ».
Les écrivains postérieurs jusqu'à Nestorius ne parlent pas moins clairement*. Pour la première fois, à la fin du IV® siècle et au commencement du v®, Théodore de Mopsaeste s'éleva contre la tradition, disant que le Verbe
1. Haeres,, 77, n. a» ss. ; 78, û. 1 ss. ; 79, 1 s. — 2. Adv, Heîvidium. — Neübert, Marie dans la Théologie anténicéenne, Paris, 1908. Cf. H. Qüiluet, art. Antidicomarianites, dans le Dict. de ThèoU cath.-^ Hefele, t. II-HI.
— 3. Adv, Jovinianum, — Duchesne, Htst. anc. de VÉglisCy n, p. S60. — 4. Contra Vigilantium,— Dom H. Leclercq, U Espagne Chrétienne, p. 210 ss.
— 6. S. Epiphàne, 75, n. 1 s. — 6, Sermons et lettres de Nestorlus chez Marius Mercator, P. L., XLVIH, 757 ss., et chez s. Cyrille, P. G., LXXVn, 44 ss. — Mansi, Collect, ConciUy t. lY-VH. — Hefele, Hist. des Conciles, H, 140 ss. — Die Christologie des H. Cyrillus von Alex, in der Römischen Kirche, Tûb, Quartalschr,, 1895, p. 411 ss. — Schwane, Histoire des dogmes f trad. A. Degert, t. II, Paris, 1903. — Harmack, Dogmengesch., t. II (II« éd.), p. 325-348» — Chabot, Synodicon orientale, ou Recueil des synodes Nestoriens ; texte syriaque et traduction, Paris, 1908. — 7, S. Iré-^ HÉE, De Haer,y I, 9, P» G., VII, 542. Cf. Symb. Apost. et Tertul., Contra Prax., II, 157, etc., etc. — 8. D. Laurent Jamssens, Tractatus de Deo homine, Frib..en-Br., 1904, 1, 107. '
habitait rhumanité de Jésus, comme dans un temple (znhabitatio).
Selon lui et ses disciples, il n'y avait dans le Christ qu'une union morale entre la nature divine et la nature humaine, et chaque nature y conservait sa personnalité ^ . A la mort de Théodore de Mopsueste (-f- 428), son disciple Nestoriuâ monta sur le siège patriarcal de Constantinople et commença bientôt à développer et à répandre son erreur.
2<* Dieu, disait-il, forma par le Saint-Esprit, dans le Hsein de Marie, un homme parfait dans lequel le Fils de Dieu descendit pour racheter le genre humain. Il se servit de cet homme comme d'un instrument, le conduisit à la mort de la croix, Téleva dans le ciel et le plaça à la- droite du Père. Le Fils de Dieu et Jésus sont deux personnes différentes, unies intimement mais non pas unies substantiellement^. La divinité demeure dans l'humanité comme dans un temple. Dans le Christ, on ne peut attribuer à l'homme aucune opération de la divinité et inversement aucune opération de l'homme à la divinité. Par conséquent, celui qui est né de la vierge Marie n'est pas Dieu, mais un homme en qui Dieu demeure. Marie ne doit pas être appelée mère de Dieu (Oeoxoxoç), mais seulement mère de l'homme en qui demeure la divinité (j^ptfftoTOxoç). Dieu n'a pas souffert et n'est pas mort pour nous, mais seulement l'homme en qui Dieu demeurait*.
3^ Cette doctrine fut d'abord prêchée à Constantinople par Anastase, prêtre que Nestorius avait emmené atec lui d'Antioche. Il nia que Marie pût être appelée mère de Dieu. Beaucoup se scandalisèrent et s'en plaignirent à Nestorius, qui approuva la doctrine de son prêtre. Luimême soutenait du haut de la chaire que Marie était, à
1. Excerpta Mopsuestena^ P.G.t XLVIII, 1051 ss. — 2. S. Thomas nomme cette union : < secundum inhabitationem, per unitatem affectùs, secundam •operationem,secundum dignitatem honoris, secundum aequivocationem », Sum, TheoUy t). III, q. 2, art. 6. — 3. F. Loofs, Nestoriana, Die Fragmente des Nestorius. Gesammelt^ untersucht und herausgegeben. Mit Beitrâgen von Stanley, Cook und Kampffmeyer, Halle, 1905. .
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proprement parler^ la Mère de rhomme Jésus (àvOpud- Ttoxdxoç) et tout au plus Mère du Christ {x^nninoxoç,). 11 y eut une grande opposition de la part des fidèles, qui, même durant les prédications, reprenaient le patriarche. Nestorius, à son tour, les traita de « misérables » et les fit châtier et incarcérer ^ L'évèque Proclus de Cyrique, se trouvant à Constantinople, s'éleva publiquement contre Nestorius qui continua, cependant, à défendre rhérésie de toute son éloquence. Ses discours furent répandus en Orient même parmi les moines qui les lurent avec avidité. Aussitôt saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, écrivit une apologie de la Mère de Dieu et admonesta les moines. 11 tâcha aussi de convaincre Nestorius mais s'en attira une réponse injurieuse. Alors Cyrille exposa Terreur à l'empereur et à Pulchérie et soumit la cause au pape Célestin I" (422-432), mais Nestorius de son côté tâcha de les gagner à son opinion. 11 y arriva tellement peu que le Pape condamna cette doctrine impie dans un concile romain (430) et menaça de déposer le patriarche s'il ne se rétractait dans les dix jours après réception de la sentence. Cyrille fut chargé de cette affaire. Il réunit donc un concile à Alexandrie, expliqua de nouveau la doctrine de rincarnation et composa douze Anathema^ tismes qu'il envoya à Nestorius. Ce dernier, irrité, au lieu de se soumettre au Pape, répondit à saint Cyrille par autant d'Anathèmes ^.
k^ Jean d'Antioche etThéodoret de Cyr s'offusquèrent de l'expression IvcDaïc <^u<nxi{ [unio naturàlis) employée par saint Cyrille et se rallièrent à Nestorius. La lutte s'accrut de jour en jour. Alors Théodose II (408-450), avec l'assentiment du Pape, convoqua le III' Concile «rénéral d'Ephèse (431). Vers la Pentecôte 200 évéques environne trouvèrent présents, Nestorius parut avec une escorte armée. Jean d'Antioche se fit attendre. Après
1. MANSt, t. y, 110388. — 2. Mansi, rv, 1021 ; cf. DEMzinger, 9« éd., p. 21 88. — Rehrmahn, Die Christologie des Cyrill von Alexandrien^ Hildesheim,
avoir reçu de lui avis qu'on pourrait commencer, le président saint Cyrille ouvrit le concile.
Dès la première session, la fausseté de l'hérésie fut déclarée et Nestorius condamné et déposé. Le peuple, ivre de joie, accompagna aux flambeaux les Pères à leur demeure. Peu après Jean d'Antioche arriva et tint, avec öes 43 évêques, un contre-synode, qui prononça à son tour la déposition de Cyrille et de Mennas d'Ëphèse. Théodose II confirma d'abord les sentences des deux conciles et envoya son chancelier Jean pour concilier les deux partis. Ce dernier, n'y arrivant pas, convoqua, sur la demande de sainte Pulchérie, des représentants des deux partis à Chalcédoine; il s'unit aux orthodoxes, révoqua la sentence contre Cyrille et Mennas, exila provisoirement Nestorius dans un couvent près d'Antioche et comme celui-ci continuait à répandre sa doctrine, il l'envoya dans une oasis en Egypte*
5*^ Mais le désaccord continua. Quelques évêques adhérèrent à l'hérésie, d'autres, comme Théodoret de Cyr, quoique orthodoxes, combattirent Cyrille et le concile d'Éphèse, tandis que Jean d'Antioche s'opposait à la déposition de son ami Nestorius. Enfin en 433 on arriva à un accord, fondé sur des concessions mutuelles* Saint Cyrille signa un Symbole orthodoxe formulé par Jean et celui-ci acquiesça en retour aux mesures prises contre Nestorius. Ce symbole fut approuvé par le pape Sixte m (432-440).
Les Nestoriens se retirèrent en Perse et dans les pays voisins. Leur chef fut Barsauma de Nisibe qui abolit le célibat, ensuite Babais sous lequel s'établit une Église nestorienne autonome. De là l'hérésie pénétra plus avant en Asie, et fleurit jusqu'au xiv® siècle, mais déclina de plus en plus à partir de l'invasion de Tamerlan K
1. cf. J. B. Chabot, Synodicon Orientale, ou Recueil de synodes Nestoriens, Paris, 1903. — W. Kraatz, Koptische Akten zum ephesin. Konzil, Texte und Unters., N. F., XI, 2 (1904). — Labourt, Le Christianisme dan» l'empire Perse, Paris, 1904, p. 131 ss«