MONOPHYSISME ET IV CONCILE GÉNÉRAL
S 33. — Le Monophysisme et le IV* Concile général i«
lo Eatychès, archimandrite d'un couvent de Constantînople, lutta avec zèle contre Nestorius, mais il alla si loin qu'il tomba dans l'erreur opposée (448). Il ne comprit pas que un Iseul et même Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme, on doit cependant reconnaître en lui deux natures réellement différentes : la divine et l'humaine ^. Eutychès admettait bien que les deux natures ont existé séparément avant l'Incarnation du Verbe, mais dès que le Verbe assuma la nature humaine, elles auraient été tellement unies qu'il ne serait plus resté qu'une nature dans le Christ ^.
De là suit ou bien que le Christ n'a pas souffert ou que la nature divine est sujette à la souffrance. L'hérésie ne resta pas longtemps secrète. Flavien, patriarche de Constantinople, réunit les évêques présents dans la ville et condamna, dès l'année 448, l'erreur d'Eutychès. Celui-ci en appela au Pape et tâcha d'attirer à son parti Pierre Chrysologue de Ravenne. Flavien, lui aussi, s'adressa à Léon I«^ qui répondit par la célèbre Epistola dogmatica ad Flavianum'^ dans laquelle est excellemment déclarée la vraie doctrine.
T Eutychès chercha refuge auprès de l'empereur Théodose II qui, à sa demande, réunit un concile à Ëphèse (449). Tout y était favorable à l'hérésiarque. Le monophysite Dioscore, patriarche d'Alexandrie, prési-
1. Harsi, Collect, ConciLf t..YI-vn.— Hepele, t. II, p. 313 ss. — Lettres de S. Léon I, P. L., LIV.Cf. Grisar, Zeitschrift f. kath. Theologie, \9»% p. 191 sa. — Martin, Le pseudo-synode connu sous le nom de Brigandage d*Éphèse, étudié d*aprèsse8 actes retrouvés en syriaque, Paris, 1875. — Harnack, Dogmengeschichte, II, î, p. 348-401. — 2. 8. Léon le Grand nomme Eutychès « impmdens, nimis imperitus »; et son hérésie • error... de imperitia magis quam de Tersutia natos » {Epist, 38, 30 et 35). — 3. Ces deux natures deviennent-elles une par confusion, conversion, absorption ou composition ? Eutychès ne le détermine pas. Il semble incliner plutôt pour une absorption. — 4. Mansi, V, 1366 ss.
dait. De puissants fonctionnaires avec des soldats et des moines armés en imposèrent aux Pères. Eutychès iut déclaré orthodoxe, car il prétendit s'en tenir aux conciles de Nicée et d'Éphèse (431); Flavien avec les autres qui avaient combattu Eutychès fut condamné et déposé. Le patriarche de Constantinople fut tellement maltraité qu'il mourut trois jours après. Aussi nommet-on cette réunion le brigandage d'Epluèse [Latrocinium Ephesinum), il suscita de tous côtés l'indignation et fit grand tort au parti monophysite ^ .
3<» En 450, Théodose II eut pour successeur le noble Marcien (450-457). Celui-ci, non moins que son épouse, sainte Pulchérie, était fermement orthodoxe; la situation changea aussitôt. Anatole, le successeur de Flavien, confirma dans un concile VEpistola dogmatica; les restes de Flavien trouvèrent à Constantinople une sépulture glorieuse; les autres évêques revinrent de leur exil. Quoique Léon h"" jugeât inutile un nouveau concile, il donna son assentiment à la convocation faite par l'empereur^.
Le IV^ Concile g^énéral eut donc lieu à Chalcédoine en 451 où environ 630 évêques se réunirent et où les légats du Pape présidèrent. VEpistola dogmatica fut accueillie avec acclamation, et l'on composa un symbole, dans lequel il est dit : Nous confessons un seul et même Christ, Jésus, fils unique, que nous reconnaissons être en deux natures, sans qu'il y ait ni confusion, ni transformation, ni division, ni séparation entre elles : car la différence des deux natures n'est nullement supprimée par leur union ; tout au contraire, les attributs de chaque nature sont sauvegardés, et subsistent en une seule personne et une seule hypostase ; et nous confessons, non pas (un fils) partagé ou divisé en deux personnes, mais bien un seul et même fils, fils unique et Dieu Verbe, Notre- Seigneur Jésus-Christ^.
1. cf. Les actes syriens du Latrocinium Ephesinum, chez Perry, The second synod of Ephesus, Londres, 1877. — 2. Maksi, VI, 114 ss., «51 ss. — 3. Denzinger, Euchiridion, 9» éd., p. 34 ss. — Cf. i. Bois, ikTi,Chaleédoine
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Après que les décisions du brigandage d'Éphèse eurent été rejetées, on déposa Dioscore d'Alexandrie. Parmi les autres canons, le xxviii^ surtout est à signaler, car il ne se contente pas de placer le siège de Constantinople immédiatement après celui de Rome, en reculant les rangs et la dignité des sièges plus anciens, mais de plus il accorde les mêmes droits qu'avait Rome à Constantinople, qui est aussi bien que Rome une ville impériale. Ce n'est pas étonnant que Léon I^% en approuvant les décrets et décisions du concile, ait rejeté expressément ce canon ^ .
40 Bien du temps se passa encore avant le rétablissement de la paix. Après le concile de Chalcédoine le trouble sembla plutôt s'accroître. Les monophysites s'emparèrent même des sièges patriarcaux. Soutenu par l'impératrice Eudoxie et ses confrères palestiniens, le moine Théodose usurpa le siège de Jérusalem après en avoir chassé Juvénal. Timothée Aëlurus (atXoupoç-chat) tua Protérius d'Alexandrie pour s'emparer de son patriarcat. Martyrius d'Antioche dut céder devant Pierre le Foulon.
Les deux partis cherchèrent appui chez l'empereur Léon !•' (457-473). Ce dernier favorisa les orthodoxes et chassa aussi bien Aëlurus que Foulon. Léon II (473-474) régna peu de temps et fut remplacé par Zenon (474-491) qui fut chassé par l'intrus Basüisque (476-477). Ce dernier fut soutenu par les monophysites, rétablit Aëlurus et Foulon, composa même un Encyclicon qui rejetait YEpîstola dogmatica ainsi que les Actes de Chalcédoine et prescrivait le monophysisme. L'édit impérial fut souscrit par 500 évêques, mais rencontra une forte opposition chez les moines (Daniel le stylite) et dans le peuple auquel s'adjoignit également Acace de Constantinople. Basilisque, réduit à l'extrémité, révoqua son premier édit par YAnti-Encyclicon (477) qui condamnait à la fois Eutychès et Nestorius. Bientôt cepen-
iCoTteile de), dans le Dict. de ThéoU cath, — 1. Cf. Hefele, II, 5*1 ss,
dant Zenon fut rétabli et Basilisqne fut tué. Pierre le Foulon alla en exil et Aêlurus mourut (477-478).
Les monophysites restèrent cependant encore puissants. Deux fois ils élurent patriarche d'Alexandrie leur candidat Pierre Monge. Celui-ci séduisit le faible Acace de Constantinople et ils composèrent ensemble un symbole qui condamnait non seulement Nestorius et Eutychès mais môme le concile de Chalcédoine, et se tenait à la confession de Nicée-Constantinople, aux douze Anathématismes de Cyrille et aux résolutions d'bphèse. L'empereur Zenon, en 482, rendit officielle cette pièce fallacieuse, en fit une loi de religion sous le nom de /feno^zte/i^. Naturellement cela ne pouvait pas amener la paix désirée, mais augmenta au contraire chez les mo« nophysites Tardeur de la lutte. Le pape Félix II (483-492) condamna VHenotikon et excommunia Acace. Comme l'empereur et le patriarche s'opiniàtraient, il se produisit le schisme acacien (484-518) qui sépara l'Orient de l'Occident et dura jusqu'au règne de l'empereur Justinien P'. Ce ne fut qu'en 519 que les évêques d'Orient signèrent la Régula fidei Hormisdae papae ^, ce qui mit fin au schisme.
5** Au milieu de toutes ces disputes, s'éleva une lutte véhémente au sujet de la Communicatio idiomatum. Le patriarche monophysite d'Antioche avait ajouté au TrU' agion : « Sanctus Deus^ Sanctus fortis, Sanctus Immortalis » les mots « qui crucifixus est p^o nobis ». Quoique cette formule ne fût pas hérétique, elle fut entendue par les monophysites dans le sens de leurs erreurs au point que les orthodoxes les appelaient Théopaschites. En 519, quelques moines vinrent à Constantinople demander qu'on ajoutât à la confession de foi : « Unus ex Trinitate crucifixus est »• Comme ces mots devaient être pour ces moines l'expression du monophysisme, les légats du pape les éconduisirent et le pape Hormisdas déclara cette addition inutile et dangereuse,