‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 59 sur 205 · EVAGRIÜS, E, H., Ili, 14. — a. DENZINGER, p · texte numérisé non relu

EVAGRIÜS, E, H., Ili, 14. — a. DENZINGER, p

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quoique non hérétique. Lorsque plus tard le danger d'une fausse interprétation eut disparu, Jean II, en 534, déclara la formule orthodoxe et le V* Concile général de Constantinople composa le canon suivant (10) : «c Si quis non confitetury Crucifixum carne Dominum nostrum Jesum esse Deum verum et Dominum gloriae et unum de sancta Trinitate, talis anathema sit » ^ .

6<» Théodora, Tépouse de Justinien, tenta un dernier effort pour rétablir le monophysisme. Elle trouva appui chez Anthimus, patriarche de Constantinople, qui fut bientôt déposé par le pape Âgapet. Cependant Théodora ne se découragea pas. Elle exerça son influence sur Tambitieux Vigile, diacre romain, qui, après le bannissement du pape Silvère, accepta bien illégalement la papauté, mais ensuite ne fit rien pour le monophysisme.

Le schisme se morcela en différentes sectes et dura en Orient jusqu'à nos jours. Les monophysites furent appelés plus tard Coptes en Egypte, et Jacobites en Syrie et Mésopotamie. Toute TAbyssinie resta soumise à cette erreur^.

g 34. — La lutte autour des Trois-Ghapitres etle V*' Concile générale

1<> Le premier auteur de cette lutte fut Théodore Ascidas, évêque de Césarée en Cappadoce. Il était origéniste et tâcha de détourner d'Origène l'attention de Tempereur. On peut, disait-il, ramener facilement à rÉglise les monophysites, si Ton condamne : a, Théodore de Mopsueste et ses écrits; b. les écrits de Théodoret de Cyr contre Cyrille et le Concile d'Éphèse; c. la lettre d'Ibas d'Édesse à Maris de Perse. Il donnait comme

l.DERZDfGER, p.39-40, 52.— a. Sur les écrits monophysites, cf. A.Ehrhard, chez H. Krümbacher, Gesch. der Byzant. Ltt,, 2<> éd., Munich, 1897, p. .SI ss. -- 3. Actes du F* Concile^ chez Mamsi, tome IX, p. 163 ss. — Hefele, Hiat. des Conciles j t. II. — L. Duchesne, Vigile et Pelage, Rev, des quest, hist,, t. 36 (1884), 369 ss. et 579 ss. — Cf. Ghamard, ibidem, 540 ss. — Grisar, Histoire de Rome et des Papes, n. 371 ss. — Lévêque, Étude sur le pape Vigile, Amiens, 1887. — F. Savio, Il papa Vigilio, Rome, 1904. — Cf. Civilta catt.t déc. 1903, 5-19.

raison que ces Troîs-Chapitres favorisaient les Nestoriens et excitaient la haine des monophysites. L'empereur accepta d'autant plus volontiers le conseil d'Ascidas, qu'il était en train de réconcilier avec l'Église les Acephaloi^ secte de monophysites. Il fit donc, en 543 et 544, unédit condamnant les Trois-Chapitres ^ Après quelques hésitations Mennas, patriarche de Constantin nople, signa ainsi que tous les évéques d'Orient. L'Église occidentale s'opposa à cet édit, parce que le concile de Chalcédoine avait rétabli sur leurs sièges Théodoret et Ibas après abjuration de leurs erreurs et avait sagement gardé le silence au sujet de Théodore de Mopsueste, mort dans la communion de l'Église. Les Occidentaux ne pouvaient ni ne voulaient nier que les Trois-Chapitres favorisaient le nestorianisme. Us différaient de l'Orient seulement au sujet de l'utilité et de l'opportunité de cette nouvelle condamnation.

2^ La lutte aurait été vite apaisée si Justinien n'avait pas attiré le pape Vigile dans le différend. Entraîné par l'empereur à Constantinople,lepape se prononça d'abord . très âprement contre la condamnation et fut à la suite gardé prisonnier*. Violenté et craignant un schisme, Vigile donna, le 11 avril 548, le Jadicatum qui condamnait les Trois-Chapitres* avec cette addition :

« Sains omnibus atque in sua perpétua firmitate durantibuSy quae in NicaenOy Constantmopolitano^ Ephe^sino primo atque Chalcedonensi çenerandis constat Conciliis definita^ et praedecessorum nostrorum auctO" ritate firmata, »

Tout l'Occident prit aussitôt parti contre le Pape, qui fut même excommunié par les Africains. Contre lui travailla aussi dans son entourage le diacre Rusticus

1. Les fragments qui subsistent de cet écrit se trouvent chez Facundus, Pro defensione trium capitulorum^ II,!3 ; IV,4. — P. L., LXVII, Ö66, 567, GS8. — 2. « Etsl me captivum tenetis, beatum Petnim apostolum captivum facere non potestis ». Epist. cleric, Ital, ad legatos Francorum, P. L.» LXix, 116. — 3. Les fragments qui subsistent se trouvent chez Hefelc,

II, 821-844. — jAfFÉ, «• éd., n. 922.

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et à Home le puissant diacre Pelage. Vigile commença alors à songer à un concile général et redemanda son Judicatum. Après une longue attente, Fempereur le rendit, mais se dédommagea par un nouvel édit contre les Trois-Chapitres (551) qui fut signé par les évéques orientaux contre la volonté du pape.

Lorsque Vigile protesta, il se vit menacé et se réfugia d'abord dans Téglise Saint-Pierre où il fut maltraité et le 23 décembre 551 s'en alla à Chalcédoine. La situation de Justinien devint alors très critique. Il supplia le pape de revenir à Constantinople. Quoique celui-ci consentit sur les instances de Bélisaire, il refusa absolument de prendre part au concile parce que les 151 évèques, sauf les six africains, étaient tous sous l'influence de Tempereur. Pendant ce V« GoncUe fl^énéral^. Vigile présenta le Gonstltatum^ du 14 mai 553 qui interdisait la condamnation des Trois-Chapitres. Justinien fit rayer des diptyques par l'assemblée des évéques le nom du pape, la communion avec le Saint- Siège restant sauve ^. Le Concile tint huit sessions, condamna les Trois-Chapitres et publia quatorze anathématismes dans lesquels étaient condamnées plusieurs hérésies avec leurs fauteurs*.

3<> Justinien envoya en exil les clercs latins de l'opposition. Il agit probablement aussi sur Vigile par ses menaces et ses promesses. Il est certain que celui-ci céda enfin. Dès le 8 décembre 553 et ensuite le 23 février 554, le pape confirma la décision du V« Concile général et ratifia par là même la condamnation des Trois-Chapitres. Il est pénible de constater que le Pape changeait d'avis pour la troisième fois.

1. Il devint plus tard œcuménique par Tadhésion de l'Église occidentale. — J. Bois, art. Constantinople (II* Concile de), dans le Dict, de ThéoU eath. — 2. Pablié chez Mahsi, IX, p. 61-406. — 3. L'Empereur aux évéques : « Unitatem vero ad Apostoticam sedem et nos servamus et certum est quod et vos custodiatis. • Réponse des évéques : t Servemus itaque unitatem ad apostoticam sacro-sanctae ecclesiae sedem antiquioris Romae, » Maksi, IXf 367. — HBFELEf II, 887 ss. — DccHESiiE, Rcv, dcs qucst. hist.t 1884, II, 490. — 4. Hefele, II, 892 SS.

Vigile avait passé près de neuf ans à Constantinople dans les conjonctures les plus difficiles, et avait fait tous ses efforts pour détourner les dangers de tout côté menaçants. Toujours ferme et décidé dans les questions de foi, il sembla versatile au sujet de la question d'opportunité; il douta de l'utilité ou de la nécessité de frapper de l'anathème des hommes épargnés par le concile de Chalcédoine, de prononcer une condamnation que les monophysites regarderaient comme une victoire et que les évêques occidentaux tiendraient comme un manque d'égard au concile de Chalcédoine. Que ses craintes d'un schisme fussent bien fondées, l'avenir dut le prouver^.

S 35. — Le Monothélisme et le VX'' Concile général ^^

i^ L'Empereur Héraclius (610-641) craignit que les monophysites, comme les nestoriens, ne trouvassent protection chez les Perses, et chercha un moyen de réunir à rÉglise les dissidents. Sergr^ns patriarche de Constantinople (610-638) prétendit lui en fournir le moyen. Il composa une formule de foi, d'après laquelle « après l'union hypostatique des deux natures dans le Christ, une seule volonté et une seule opération » sont professées : une seule OlXY^atc ou OlXrifAa = una volendi fàcultas^ uniusque indoUs sfolitiones^ une Ivépyeia = una operandi sfis et unius ordinis operationes. C'était la résurrection du monophysisme sous une forme un peu plus subtile. Héraclius reconnaissant accepta cette doctrine et commença dès 622 à agir sur les monophysites. Beaucoup d'évéques et surtout Cyrus d'Alexandrie obéi-

1. Hergenröther-Kirsch, I, p. 612. Pour la lUtératare, yoir A. Eiirhard, Krumbacher, Geach, der Byz» Lit,, p. 58. — Cf. aussi Diehl, Justinten et la civilisation au VI^ siècle, Paris, 1901. — 2. Mansi, Collect, Concil», t. X et XI. — Hefele, Hist. des Conciles, III, 121 ss., 328 ss. — Grisar, Analecta Romana, Rome, 1899, p. 385 ss. — Schmeemanii, Studiën ûber die Honoriusfrage, Frib.-en-Brisg.,1864. — L.Duchesne, Le Liber Pont,, 1. 1, p. 323 ss. — Harnack, Dogmengeschichte, II (2« éd.) p. 401-412. — Pargoire, L'^giZiM Byzantine de 527 à 847, 2« éd., Paris, 1905, p. 157 S8.

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rent. Ce dernier définit la doctrine en neuf chapitres et réanit ainsi à TEglise en 633 les monophysites d*Égypte. Saint Sophronius, alors moine à Alexandrie, s'opposa le premier à cette erreur. Ne trouvant pas crédit auprès de Cyrus, il s'en alla à Constantinople auprès de Sergius. Celui-ci simulant Torthodoxie, prétendit qu'on ne devait parler ni d'une ni de deux volontés; ce que Sophronius ne voulut pas promettre.

2^ Peu après, ce dernier fut élevé au siège de Jérusalem et, dès son installation, il envoya, sdon l'antique usage, un écrit synodal aux autres patriarches et au pape. Pour devancer Sophronius et fournir lui-même des explications sur ces incidents, Sei^us adressa aussi ime lettre au pape Honorius I (634). Il présenta sous un faux jour le commencement de la lutte, dénigra saint Sophronius et résuma de la sorte la controverse doctrinale : « L'expression : une seule opération semble étrange à plusieurs, offense leurs oreilles et suscite le soupçon qu'on voudrait nier ainsi la dualité de natures, ce dont Dieu nous préserve..... Mais d'un autre côté, l'expression : deux opérations est pour beaucoup un scandale, parce qu'on ne la rencontre pas chez les Pères et elle aurait comme conséquence d'admettre dans le Christ deux volontés opposées. » Dans toute sa lettre, Sergius laisse entrevoir qu'il n'admet dans le Christ qu'une volonté, mais il exprime le désir qu'on ne parle ni d'une ni de deux volontés ^

Il est regrettable qu'Honorius n'ait pas attendu, pour répondre, l'arrivée des lettres synodales de Sophronius. n écrivit sous la seule influence de l'astucieux Sergius ; U loua « la prudente sagesse » du patriarche à Tégard de Sophronius; désira qu'on évite « de nouvelles expressions » et surtout « une ou deux opérations » parce que les ignorants ou les faibles d'esprit pourraient y trouver le monophysisme ou le nestorianisme. Au sujçt de la doctrine, il était dit : « Nous confessons une volonté en

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