CHAPITRE III
LA flÉRARCHIB BGGLÉSI ASTIQUE.
S 39. — Les Papes et la Primauté ^
1^ Dès que les empereurs chrétiens eurent rendu la paix à rÉglise , la primaaté des Papes, qui s'était déjà manifestée clairement, apparut avec plus de force et plus fréquemment, aussi bien en Orient qu'en Occident. Déjà, au moment des dissensions ariennes, elle se déclara de suite si ouvertement, que certains auteurs inexpérimentés ont voulu placer à cette époque Forigine de la primauté. A Nicée, saint Silvestre préside par ses légats; le pape Jules, choisi pour arbitre par les hérétiques, décide en faveur de saint Athanase; de même Marcel d'Ancyre, Paul de Constantinople, Asclépias de Gaza, Lucius d' Andrinople recourent au saint-siège. Sous le pape Libère surtout, la primauté s'affirme avec éclat : « Si nous gagnons Libère, disent les évêques ariens, tous les autres céderont bientôt * », et sur ce, Constance le traîne en exil. S. Damase, après le Concile de Rimini,
1. L. DucHESKE, Le Liber Pontificalis, Texte, Introduction et Commentaire, 1. 1, Paris, 1886. — Jaffé, Regesta Rom, Pontif,, éd. II, par Lœwen FELO, KALTENBRumiER, EwALD, Lelpzlg, l88îM888. — SUF ces dcux sources, cf., H. Grisar, Analecta Romana, Rome, 1899, p. 1-35, 34-48; — Jlprimato Romano nel aecolo V secondo i detti di San Leone Magno e dei suoi con temporanei, in Analecia Rom., p. 307 ss. ; — Roma e la chiesa dei Franchi principalmente nel secolo sesto, ibidem, p. 333 ss. ; — Histoire de Rome et des Papes, l,n. 198 ss. — M. y xes, La papauté et l'Eglise franque à l'époque d saint Grégoire le Grande Rev, d'hist. ecc2., juillet-octobre 1905. — j. Wurm, Die Papstwahl, Cologne, 1902. — 2. S. Atham., Contr Arian, c. 35,
présente aux évêques d'Orient une règle de foi à signer; à Antioche seulement, 146 accèdent à cette demande et reviennent à l'unité de l'Église (378). Le même Pape se montre très énergique envers les évêques les plus puissants du monde, ceux de Milan, Constantinople, Alexandrie et Antioche. L'empereur Théodose fait confirmer Nectaire de Constantinople par saint Damase^ C'est pourquoi saint Ambroise pouvait, à bon droit, s'écrier : Ubi Petrus ibi Ecclesia^, Saint Damase lui-même donne plus clairement encore et d'un seul trait la raison d'être et l'origine de la primauté, en disant : « Quamvis uni^ çersae per orbem caiholicae diffusae ecclesiae unus thalamus Christi sit, sancta tamen romana ecclesia nullis synodicis constitutionibus caeteris ecclesiispraelata estj sed evangelica voce Domini et Sahatoris nostri prima-' tum obtinuit : Tu es Petrus, inquientisy et super hanc petram aedificabo ecclesiam meam ^. »
Bien qu'un concile de Carthage (393) eût interdit aux prêtres et aux clercs inférieurs d'en appeler à Rome, ceux-ci ne se soumirent pas tous à ce canon, et on leur donna raison. Sous le pape Zozime le prêtre Apiarius de Siccafit appel et fut entendu à Rome. Plus tard le pape Célestin I" envoya un légat pour décider cette affaire. L'appel ne fut pas favorable à Apiarius, car sa condamnation en Afrique était juste; mais du moins les papes sauvèrent le principe.
Malgré l'opposition temporaire des évêques d* Afrique (synodes de 418 et 424) ^, chacun demeura libre d'en appeler à Rome. On s'adressait avec vénération au Pape nommé : Pater patrum, Caput omnium ecclesiarum, Caput omnium, Caput episcoporum, Petra, Petra fidei, Apostolicus Universalis Ecclesiae Papa ^. De Rome vient la vérité; de Pierre, le premier droit et le pouvoir suprême. Un concile n'a pas de valeur sans la confirma-
1. Cf. le magnifique témoignage dans Jaffé, n. 365. — 2. In Psalm. 40» n. 30, P. L., XIV, 1083. — 3. Mansi, Coll. Concil., vni, 458; cf. Hefele, IU e*>^l. — 4. Hefele, II, 190-438. — 6. Pour la justification de ces titres, cf. Hergehröther, Histoire de VEglise, trad. Belet, t. II, p. 388.
LES PAPES ET Là PRIMAUTÉ. 229
tion du pape. Les papes sont les législateurs de TËglise, ils envoient leurs légats à toutes les Églises et les jugent toutes, tandis que Prima sedes a nemine judicatur.
Les papes n'avaient pas de dénomination fixe : les titres de Papa, ApostolicuSy Summus Pontifex étaient aussi portés par d'autres évéques. Au vi« siècle, on commença à réserver au pape le nom de Papa; l'humble dénomination de Serifus servorum Dei date de saint Grégoire le Grand (590-604).
2® L'élection du Pape subit alors quelques modifications : au lieu du peuple devenu trop considérable pour prendre part à l'élection, intervinrent les grands, les fonctionnaires impériaux et enfin le Sénat. Les empereurs aussi cherchèrent à faire prévaloir leur influence; il n'était pas facile d'élire quelqu'un contre leur volonté. Constance montra le despotisme le plus arbitraire, bannissant Libère et instituant Félix. On ne peut affirmer que la confirmation du choix par l'empereur fût exigée comme droit ^ ; mais il s'interposait, ^i cas de désaccord ; d'autre part les papes notifiaient leur élection à l'empereur.
L'ingérence de la Cour fut même déterminée : l'élu n'était pas consacré avant confirmation et se nommait en attendant Electus futur usque per Dei gratiam hujus apostolicae sedis antistes. Après la mort du pape Simplice (468-483) le préfet se mêla de l'élection. Théodoric institua lui-même Félix III (526-530). L'influence du souverain devint alors souvent funeste. Sous la pression des circonstances Félix III désigna lui-même son successeur ; mais sans atteindre entièrement son but, car il y eut double élection. Après lui, Boniface II fit signer par ses prêtres un décret lui conférant le droit de nommer son successeur ; mais l'opposition qu'il rencontra le contraignit, dans un synode suivant, d'annuler ce décret. Il n'est pas suffisamment prouvé que, dans certains cas particuliers, le Pape ait la faculté de désigner son suc-
1. Cf. Fdmk, Die BiSichofiwahl im christlichen AUertum und im Anfang dei Mitt€lalter8.AöhandLu, Untersn I, 31,3^— Hinschids, KirchenrecA<,lI,514.
cesseur. L'opinion affirmative a trouvé récemment plusieurs défenseurs *.
S*" Les Papes de 3ii à 692. — Il fut donné à saint Miltiade (311-314) de voir le premier empereur chrétien et la paix de F Eglise. Déjà Maxence lui avait donné le droit de reprendre les loca ecclesiastica confisqués. II fut le dernier pape inhumé dans les Catacombes.
Saint Silvestre V^ (314-335) vit commencer beaucoup de nouvelles coutumes dans l'Église qui, favorisée par la liberté, prit bientôt un grand essor. Il vit surgir la funeste hérésie arienne, mais il eut la consolation de présider par ses légats et de confirmer le premier concile œcuménique. Il fit beaucoup pour la splendeur de la maison de Dieu. Sous lui furent construits Saint-Pierre et la basilique Saint-Paul sur la voie Ostienne. Il est difficile, faute de données certaines, d'écrire l'histoire de ce pape, car il est presque impossible de discerner la vérité de la légende *.
Mare (335-336) ne régna qu'un an.
Jules V (337-352) traversa les terribles luttes contre Farianisme, défendit vigoureusement saint Athanase, rappela à l'ordre les évoques rebelles, présida par ses légats le concile de Sardique et construisit plusieurs églises, tant dans la ville qu'au dehors ^. *
Libère (352-366) subit pour la vérité la persécution et Texil. 11 n'est pas certain qu'il ait signé une formule de Sirmium, il a été dit plus haut comment on calomnia sa mémoire*. Il tint ferme contre le synode de Rimini, construisit la Basilique Libérienne, au lieu où se trouve actuellement Sainte-Marie Majeure, et restaura la basilique de Sainte-Agnès. Pendant son exil , l'antipape Félix gouverna l'Église de Rome (355-365).
1. Cf. SJlGMÜLLER, Tüb, Quartalarhr,, année 88 (1903), p. 9f ss. — G. Peries, L intervention du Pape dans Vélection de son successeufy Paris, 1903, où on trouve la bibliographie. — 2. Döllinger, Papstfabeln, 2« éd., Stuttgart, 1890, p. 61-125. — Ch. de 8MEDT, Principes de la critique hist,., Paris, 1883, p. 137 88. — Le Liber Pontif.y I, p. 170-»!. — 3. Jipfé, «• éd., n. 186. — Cf. DucHESNR, Hist, anc, de VÈglise^ II, «81 ss. — 4. Cf. S «9, 5. — Papstfabeln, 136.145.
Saint Damase (366-384), élu Souverain Pontife, eut à combattre l'usurpateur Ursin (366-367) qui fut chassé. Sous son règne, la puissance de la primauté se montra d'une manière éclatante; il fut le plus grand Pape du iv® siècle. Il institua probablement le vicariat de Thessalonique^ Saint Jérôme qui fut longtemps son secrétaire particulier le dit très versé dans la sainte Écriture, « docteur^vierge de T Église-vierge ». Personne ne fit plus que lui pour la magnificence de Rome. Il est resté célèbre jusqu'à nos jours pour le soin qu'il prit des catacombes et pour ses inscriptions^. Il fit graver ses vers sur le marbre par le célèbre Furius Dionysius Philocalus.
Sirice (384*399), connu surtout pour ses quatre Epi* stolae Décrétalea ^, les premières reconnues authentiques, restaura la basilique Saint-Paul (détruite par l'incendie en 1823).
Anastase I®' (399-401) , célébré par saint Jérôme comme un excellent pape ^, ne régna pas longtemps.
Innocent !«>' (401-417) fut un des Papes les plus illustres. Très importantes sont ses décrétales * : Ad Vic' tricium Rothamagensem sur la discipline ecclésiastique et sur des questions de droit; Ad Exuperium Tolosanum^ sur la nature de la pénitence et la liste des Livres saints; Ad Decentium Eugubienaem sur les rites ecclésiastiques ; Ad Felicem Nucerianum sur l'admission dans la cléricature. Il s'efforça d'établir la paix entre Alaric et l'empereur et défendit énergiquement l'innocence de saint Jean Chrysostome.
Saint Zozime (417-418) publia la fameuse Epistola Tractoria contre les Pélagiens ®.
Boniface I*' (418-422) eut à combattre l'antipape Eu-
1. Le Yicaire gouvernait au nom des Papes fUlyrie orientale. — 2. W. Rade, Damasus^ B.von Rom, Frib.-en-Br., 1888. Cf. P, L., XIII. — 3. Jaffé, d« éd., n. SS5 ss. — 4. Quem diu Roma habere non meruit, S. Jérôme, Ep. XYI, ad Principiam, — 5. Jaffé, 2« éd., nn. 286, 283, 311, 314. — 6. Denzimger, p. 18. — Sur le nom de Tractoria^ cf. P. L., XLVUI, 90 ss. Trois fragments qui restent ont été inscrits dans l'Àppend. aux œuvres de Zozime, P. L., XX, 693 SB.
lalius (418-419) et défendit les droits du saint-siège sur les Églises de l'illyrie orientale ^ .
Gélestin P^ (422-432) consacra S.-Marie in Trastevere et bâtit S. -Sabine. Le Liber Pontificalis dit que, le premier, il fit réciter les Psaumes alternativement à deux chœurs avant la sainte messe. M«' Duchesne y voit le commencement de l'office choral 2.
Sixte m (432»440) reconstruisit la célèbre Basilique Libérienne restée presque intacte jusqu'à nos jours [Dedicatio S. Mariae ad Niçes).
Léon I®" (440-461) fut Tun des plus grands papes. Son entrevue avec Attila qu'il fit reculer exerça une influence considérable sur l'histoire du monde {452). S'il ne put empêcher Genséric de piller Rome, du moins put-il éviter l'incendie, les tortures et le meurtre (455). Son importance historique consiste surtout en ce que, dans les jours critiques de la décadence de l'empire en Occident et de l'hérésie en Orient, il maintint vivant le principe de l'unité de l'Église. La collection de ses 143 lettres offre un grand intérêt ^.
Hllaire (461-468), pontife énergique qui maintint la discipline, construisit plusieurs oratoires et couvents et fit beaucoup pour l'embellissement de Rome.
Simplice (468-483) vécut lors de la chute de l'empire d'Occident (476). Lui et ses successeurs Félix U (III) (483-492) et Gélase P' (492-496) firent valoir leurs droits contre Constantinople. Ce dernier dressa, dans le synode de 494, une liste de libris recipiendis et écrivit des décrets importants contre les Pélagiens, Nestoriens et Monophysites *.
Anastase II (496-498) félicita Clovis de sa conversion ^. C'est une fable qu'il ait été en communion avec les hérétiques ®.
1, Zeitschr, f. kath, TheoUt *8ö8. —• Raüschen, Jahrbücher der christU Kirche, Frib., 4897, p. 469. — 2. Le Lib. Pont., I, p. 231. — 3. P. L., LIY, 5M-1913. — Cf. GiasAR, Histoire de Rome et des Papes, I, 30»-331. — 4. Roüx, Le Pape Gélase ƒ, Paris» 1880. — 6. Jaffé, n.Ttö. —6. Dölunger, Papstfabeln, 2« éd., 146 ss. — Dante, /n/erno, II, 9. — Gratiën, I, Dist. 19,
Symmaque (498-514) eut à' combattre Tantipape Laurent et dut recevoir un envoyé du roi Théodoric.
Hormisdas (514-523) et son successeur Jean P' (523- 526) subirent les embarras de la lutte monopbysite. Ca dernier alla couronner Justin I" à Constantinople et, à son retour, fut fait prisonnier par Théodoric à Ravenne où il mourut.
Félix III (IV) (526-530), institué de force par Théodoric, fut longtemps refusé, puis à la fin élu^ Il désigna, en lui ofTrant son propre pallium, Boniface pour son successeur. Dioscore, rival de ce dernier, mourut un mois après.
Boniface II (530-532) nomma également son successeur (Vigile) mais revint sur sa décision ^.
Jean II (533-535) fut le premier pape qui changea de nom, lors de son élection; probablement parce qu'il se nommait Mercure ^. Jusqu'à Jean XII il n'eut pas en cela d^imitateurs.
Ag;'apet (535-536) se rendit à Constantinople pour détourner Justinien de la guerre contre les Ostrogoths. Il plaida vainement pour Rome et Tltalie et mourut à Constantinople, après avoir institué comme patriarche l'orthodoxe Mennas à la place d'Anthime.
S. Sllvère (536-537) fut d'abord élevé à la dignité pontificale par Théodat, roi des Goths, mais plus tard^ régulièrement élu. L'impératrice Théodora, voulant venger la destitution d'Anthime, trouva l'instrument nécessaire dans le diacre/ Vigile résidant à Constantinople. Il n'est pas prouvé que celui-ci ait promis, moyennant la papauté et 700 livres d'or, de confirmer l'hérésie monopbysite. Vigile fut donc institué antipape par Bélisaire, à la place de Silvère, exilé dans l'île Palmaria, et, après la mort de ce dernier, fut reconnu par le clergé.
1. DDCHEST9E, Le Lxb. Pont,, I, p. 280. La succession du Pape Félix IV, Rome, 1883. — 2. jAFFÉ,n. 88t, — Grisar, L c, 492497. —3. Die Namensverânderung der Pàpste par le Dr. A. KnOpfler dans le Compte rendu du *• Congrès scientif, internat, des cath,, Frib., 1898, 5» sect., 158 8S. Cf. § 64, n. 2, en note.
Yigrile (537-556) se montra dès son élévation très ferme en refusant de reconnaître Anthime et de favoriser l'hérésie. Il fut conduit de force à Constantinople \ Sur sa rencontre avec les Grecs, voir § 34.
Pélagre I" (556-561), choisi probablement par la faveur de l'empereur Justinien, eut un règne difficile. Tandis que précédemment il avait écrit d'une manière très sévère contre la réprobation des TroiS' Chapitres et n'avait pas épargné Vigile , il approuva ensuite le concile de Constantinople; ce qui fut pris en mauvaise part par les défenseurs des Trois-Chapitres. Il se montra ferme. Ses successeurs Jean III (561-574), Benoît !«•• (575-579) et Pélagre II (579-590) cherchèrent en vain du secours contre les Lombards qui soumirent presque toute l'Italie, en commettant les pires atrocités 2.
S. Gpégroîpe P' le Grand (590-604) mérite l'éloge de tous les siècles. D'abord préteur, ensuite moine, abbé, diacre de l'Église romaine, légat à Constantinople. il put ^ développer dans ces diverses fonctions son talent de gouvernement. Comme Pape, il veilla constamment sur les besoins de l'Église. Dans des jours difficiles, il procura des vivres à Rome. Il favorisa la vie claustrale. Avec la reine Théodelinde, il travailla à conclure la paix avec les Lombards. L'Angleterre le nomme à bon droit son apôtre. Saint Grégoire rendit à l'Église de grands services pour le chant religieux, l'organisation du Pa^ trimoine de saint PierrCy la défense de la foi et le maintien de la discipline ecclésiastique^.
Sablnien (604-606), Boniface III (607), Boniface IV (608-615), DIeudonné (615-618) et Boniface V (619-625) gouvernèrent l'Église avec sagesse et dans une période de paix relative.
1. Grisàr, l. c, 502-507. ■— DucHESNE, Rev. des queit, hisU, 1884, t. Il, 369 ss. — 2. DuGHESNE, Ecole française de Rome, Mélanges, janv.-juin 1903 : Les évêchés d'Italie et d'invasion lombarde. — 3. C. Wolfsgrüber, Gregor der Grosse, 2« éd., Ravensberg, 1896. — F. Dudder, Gregory the Great. His place »n history and thought, 2 vol., Londres, 4905. - H. Grisar, Storia di Roma e dei papi nel medio coo, t. I, p. 3, Rome, 1899. Celte édition italienne donne une étude plus complète sur S. Grégoire le Grand.
PATRIARCHES BT METROPOLITAINS. 235
Honorins I^*" (625-638) eut des difficultés avec les Monothélites dont il ne sut pas déjouer les ruses. Il blâma les Écossais pour leur divergence dans la célébration de la fête de Pâques ^
Séverin (640), élu après une interrègne de plus d'un an et demi ne régna que (juelques mois.
Jean IV (640-642), Théodore P' (642-649), Martin I**^ (649-653) et Engrène I*^' (654-657) durent combattre les Monothélites. Martin I*** mourut même martyr.
Yitallen (657-672) reçut Tempereur Constant II (663) qui caressait le plan de rétablir Rome comme capitale de Tempire. Adéodat (672-676], Donns (676-678) régnèrent peu de temps.
A^athon (678-681), riche en vertu et en mérite, est célèbre par son Epiatola dogmatica ad Imperatores^ dont il fut dit « Pierre a parlé par Agathon ».
Léon II (682-683), Benoît II (684-685), Jean V (685- 686), Gonon (686-687), eurent un règne très c^urt. L'élection du dernier fut troublée par des factions. De même pour l'élection de Serg^ns V^ (687-701) ; deux antipapes furent élus : Théodore (687) et Pascal (687-692) ; il refusa d'approuver tous les canons du Concile Quini" sexte et lorsque, pour ce motif, il dut être emmené à Constantinople, les Romains s'y opposèrent et le Spathariua Zacharie fut obligé de s'enfuir. Le 21 novembre 695, il consacra S. Willibrord archevêque des Frisons '.
S 40. — Patriarches et Métropolitains s. 1"^ Rome, Alexandrie et Antloche possédaient
— 1. Jaffé, n. 9033 : « Ne paueitalem suam, in extremis terrae finibus constitutam, sapientiorem antiquis sivemodemis, quaeper orbem terrarum sint, Christi ecclesiis, aestiment; neve contra paschales computos et décréta synodalium totitts orbis pontificum aliud pascha célèbrent. » — 2. Le Lib. Pont,^ I, p. 383. — 3. Phillips, Kirchenrechty t. II et V, Ratlsbonne, 1846, 1857. — LCbecr, Reichseintheilung und kirchliehe Hiérarchie des Orients bis zum Ausgang des 4 Jahrh., Kirchengesch. Studiën, V, 4, Munster, 19(H. — Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris, 1Ö03, chap. i.
la préséance sur toutes les autres Églises, parce qu'elles nommaient saint Pierre leur fondateur \ mais bientôt, pour d'autres raisons, Gonstantinople réclama la même prééminence. On sait que la division ecclésiastique suivait d'assez près la division politique.
Le troisième canon du concile de Gonstantinople (381) raisonnait ainsi : Puisque l'ancienne Rome avait la primauté sur les autres églises, n'est-il pas juste qu'en Orient la nouvelle Rome possède la première dignité ? Dans le principe, le patriarcat de Gonstantinople ne fut qu'un simple titre ; mais peu à peu la juridiction s'accrut sur laquelle le cuvoSo; lv8»ifxoùffa, ordinairement réuni à Gonstantinople, eut une assez grande influence. Lorsque le concile de Chalcédoine (451) dans son 28® canon eut transféré à l'évêque de Gonstantinople la consécration des métropolitains du Pont, de l'Asie et de la Thrace, alors Gonstantinople devint, dans toute l'acception du mot, un patriarcat, auquel dans la suite les trois exarchats de Césarée, Éphèse et Héraclée durent se soumettre 2. On ne tint guère compte de l'opposition du Pape Léon P\
Jérusalem avait, dans le septième canon de Nicée^ reçu une primauté d'honneur^ mais elle resta soumise au métropolitain de Gésarée en Palestine et au patriarche d'Antioche. Juvénal de Jérusalem obtint, grâce à Théodose II, du concile de Ghalcédoine, la juridiction sur les trois provinces de Palestine, Phénicie et Arabie, et bientôt après le titre de patriarche.
L'évêque de Rome était patriarche d'Occident et, comme tel, avait sous sa juridiction trois des quatre préfectures instituées par Gonstantin. Après que l'empereur Gratiën eut cédé les provinces lUyriennes à Théo-
-— Hatsch, Die Grundlegung der Kirchenverfassung Westeuropas im frùhen Mittelalter, Deutsch von Harnacr, Giessen, 4888. — Vacandard, Études de critique et d'histoire religieuse^VdiTiBy 1905: Les élections épiscopales sous les Mérovingiens. — 3. Conc. de Nicée, can. VI. — 4. Conc. deChalcéd., can. 9f 17. Les évéques de ces Tilles se nommaient exarques. Us avaient chacun sous leur juridiction tout un diocèse civil.
PATRIARCHES ET METROPOLITAINS. 237
dose et par conséquent à Tempire d'Orient, les évéques de Constantinople s'efforcèrent de les prendre sous leur juridiction. Ce fut probablement pour y mettre obstacle que le Pape saint Damase nomma TÉvèque de Thessa- Ionique son Vicaire pour VIllyrie. Au v* siècle fut institué aussi le Vicariat (T Arles ^onr la Gaule méridionale. — L'Église entière comptait donc cinq patriarcats : Rome, Alexandrie, Antioche, Constantinople et Jérusalem. L'île de Chypre, seule exceptée, restait indépendante^.
Le titre de patriarche fut aussi quelquefois donné à d'autres évêques, simple distinction honorifique qui prenait fin avec eux. Cependant à l'occasion de la lutte des Trois-Chapitres, il fut conservé à deux églises. Pendant le schisme d'Aquilée, cette église se partagea en deux : Aquilée et Grade ; cette dernière se réconciliant avec Rome, l'autre prit, par dépit, le titre patriarcal, et pour que Grade ne fût pas au-dessous d'Aquilée, Rome lui accorda le même titre. Le patriarcat d'Aquilée, transféré à Udine, cessa d'exister en 1751 ; tandis que celui de Grade, attribué à Venise dès 1451, existe encore aujourd'hui'2.
2o Déjà avant le concile œcuménique de Nicée, l'évéque de la capitale d'une province civile avait quelques privilèges qui furent approuvés et réglés par ce même concile^. Plus tard, il surgit assez souvent des discussions de frontières, parce que les provinces civiles furent plus d'une fois remaniées. Saint Basile lutta contre AntÛme de Tyane quand l'empereur Valens partagea la Cappadoce en deux provinces. En 415, Innocent I®'' refusa d'admettre qu'une modification politique dût nécessairement être suivie d'une modification ecclésiastique^. Si l'Orient pouvait dès le iv* siècle présenter une complète ■
1. Le Qcien, Orient christianus, tomes Il-ni. — 2. Cf. plus haut, § 43. — 3. Cf. le concile d'Antioche (341), c. 9 ; celui de Turio (40l),c.3.— HEFELE,n, 85. — 4. JAFFÉ, n. 310 : « Licet divisis imperiali judicio provinciis, duae sint métropoles factae^ episcopos tamen duos metropoHtanos non esse H
creandos ». ' '"1
organisation métropolitaine, TOccident n'avait à citer en exemple que TAfrique, où cependant le plus ancien évêque consacré était métropolitain et portait le titre de Primat. L'Afrique proconsulaire seule avait un primat fixe, résidant à Carthage ; celui-ci par là même avait une haute juridiction sur les autres provinces, convoquait les synodes, confirmait les primats et visitait les provinces. En Italie, en Gaule, en Espagne, l'organisation métropolitaine se développa réellement vers la fin du IV® siècle et dans le v«. Les invasions n'y permettaient pas une formation stable.
S 41. — Le Ghorépiscopat et les autres fonctions ecclésiastiques ^,
lo On avait, dans le principe, à cause de l'accroissement des fidèles, augmenté, mais seulement dans les églises épiscopales, le nombre des clercs ; plus tard, il fallut, surtout dans les plus grandes villes, ériger plu-> sieurs églises {titulij. Néanmoins les clercs en fonction appartenaient en propre à l'église episcopale, parce que là seulement on célébrait les saints mystères. Il en était autrement dans la campagne : nous trouvons des paroisses au III® siècle'. Tout d'abord, on suivit certainement l'ancienne coutume en établissant auprès de ces églises des évéques qui portèrent le nom de chorévêqnes (évêques de campagne); ils avaient pleine autorité episcopale, mais bientôt on trouva^ que l'autorité episcopale souffrait de cette trop grande division de la
1. THOMA88IN, Vet. et nov. eccles. discipl,,] P. I, lib. II, c. 21-â3, 97- 108. — Hefele, Histoire des Conciles^ t. MI. — Dom Parisot, Les Chorévêques. Revue de l'Orient chrétien, t. VI (lÖCM), p. 157 ss. — Dr. Fr. GiLLMAMNy Dasinstitut der Chorbischdfe in Orient, Munich, i903. — Jugie, Les Charévêques enOrient, Échos d'Orient, t. VII (1904), p. 336 ss. — Bergère, Etudes sur les Chorévéques, Thèse, Paris, 1905. — St. Zorell, Entwicklung des Parochialsyttems bis zum Ende der Karolingerzeit, Heidelberg,1901. — Imbàrt DELA Tour, Les paroisses rurales du IV* au XI* siècle, Paris, 1900. — 2. Voir plus haut, 2 13. — 3. Cf. les conciles d'Ancyre (314), can. 13 ; d'Antioche (3il), can. 10. La même conBStation) découle de^ conciles de Sar dique et de Laodicée.