LA. VIE RELIGIEUSE ET MORALE DES CHRÉTIENS
devait décliner sous plus d*un rapport depuis la paix de rÉglise. Les causes en sont nombreuses : d'abord le relâchement après les persécutions ; les restes des vices du paganisme ; les conversions très nombreuses et souvent peu sincères ; les hérésies, les schismes, les querelles fréquentes; enfin les invasions des barbares, qui entravèrent l'influence bienfaisante de l'Église. Il s'ensuivait qu'un grand nombre de chrétiens et d'assez nombreux clercs faisaient peu de cas des commandements de Dieu et des prescriptions de l'Église ; aussi les saints Pères se plaignaient-ils vivement de la décadence des mœurs *. 2^ A rencontre on trouvait le travail sans répit et l'influence persistance de l'Église, qui peu à peu pénétrait le monde païen et le réformait. Ce n'était pas sans raison que le christianisme avait été comparé par son divin Fondateur à un levain. L'on vit des familles entières de saints^] nombreux étaient les saints évèques, les saints moines, les saints ermites ; les cloîtres se peuplaient de plus en plus. La pureté était estimée même en dehors des déserts et des cloîtres. Tandis que l'esprit païen tolérait tout, même les vices contre nature, et condamnait uniquement l'adultère, l'tglise combattait tout péché d'impureté et éleva ainsi le niveau des mœurs à un degré inconnu jusqu'alors. L'État favorisa ce travail bienfaisant de l'Église^. La vie humaine fut considérée davantage. L'Église imposait au meurtrier une pénitence des plus dures. L'infanticide et Tavortement furent également interdits par l'État sous des peines sévères *, On privait le suicidé de la sépulture ecclésiastique. Le privilège déjà mentionné, conférant aux évêques la haute inspection des prisonniers, adoucit insensiblement les condamnations et l'emprisonnement. Par respect pour le Christ mort sur la croix, on supprima le crucifiement; le droit d'asile eut d'heureux résultats ; les jeux de gladiateurs
1. Un peu exagéré est Salvien, De Gubernatione Dei, — Isid. de Péluse, Epist, lib. III, 133, 370. — S. Jérôme, Comm. in Tit., c. i; Epist. 34 ad Nepot, etc. — 2. Gomme la famille de Basile et de Grégoire de Nysse. — 3. Cod, Theod., IX, xxiv, 1-3; XV, vu, 4,10.-4. Cod, Theod., IX, xv,l.
furent abolis (404). L'esclavage perdit beaucoup de son inhumaine dureté. Non seulement l'affranchissement des esclaves était mis au rang des bonnes œuvres, mais le prêtre prêchait constamment l'égalité de tous devant Dieu et devant l'Église; celle-ci, dans les choses purement spirituelles, ne reconnaissait d'ailleurs aucune différence de condition et élevait même l'affranchi aux honneurs ecclésiastiques. Constantin fit punir de mort les meurtriers des esclaves et Justinien conféra aux affranchis les droits civils. Auparavant déjà il avait été interdit aux Juifs d'acheter un esclave chrétien (408).
3^ La bienfaisance chrétienne ^ prit un grand essor aussitôt que l'Église eut reconquis sa liberté. Ceci apparaît entre autres par le fait que Julien l'Apostat l'enviait aux chrétiens ^. Les grands évêques adoucirent les souffrances et les désastres causés par les invasions, surtout Paulin de Noie, Eusèbe de Milan, Grégoire le Grand. On construisait en grand nombre des asiles pour les pauvres et les orphelins, les hôpitaux, les hôtelleries pour les étrangers, les refuges pour les vieillards et les enfants trouvés. Fabiola avait un grand hôpital à Rome, le proconsul Pammachius en avait un à Porto et servait même en personne les pauvres. Saint Basile fonda, selon l'expression de Grégoire de Nazianze, « une nouvelle ville » de bienfaisance. Le comte Severianus, par ses nombreuses aumônes, fit revenir à la vraie foi un nombre considérable d'hérétiques. Le concile de Tours (567) exhorte chaque ville à bien secourir les pauvres (can. 5).
1. cf. G. GoYAU, Sainte Mêlante, Paris, i908. — ànoré Bacdrillart, Saint Paulin évoque de Noie, Paris, 1905. — 2. Julien, Epist. 49 ; Grég. de Nysse» Orat. 5.